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Gilles Simeoni : « Je conduirai une liste aux élections municipales à Bastia »


Rédigé par Nicole Mari le Lundi 16 Septembre 2013 à 21:27 | Modifié le Mardi 17 Septembre 2013 - 01:36


Lors de la rentrée politique de Femu a Corsica, dimanche, à Corte, Gilles Simeoni a évoqué la stratégie de son mouvement pour les prochaines échéances électorales, notamment les Municipales de mars 2014. Le leader nationaliste modéré confirme, à Corse Net Infos, qu’il sera bien candidat à Bastia. Il réagit à la dénonciation de la gouvernance autocratique de l’équipe Zuccarelli et au bilan sans concession de la mandature fait par François Tatti (cf interview par ailleurs). Et remet les pendules à l’heure.


Gilles Simeoni, conseiller territorial de Femu a Corsica, conseiller municpal et leader d'Inseme per Bastia.
Gilles Simeoni, conseiller territorial de Femu a Corsica, conseiller municpal et leader d'Inseme per Bastia.
- Lors de votre rentrée politique, quel message avez-vous lancé à vos militants ?
- Nous lançons un message aux militants afin que la mobilisation soit portée à son maximum. Nous sommes à l’heure des choix et à la veille d’échéances très importantes, d’une opportunité extraordinaire d’engager la Corse dans un chemin d’espoir. L’Assemblée de Corse (CTC) ne peut pas, seule, traiter le problème, qui exige une implication maximale de l’ensemble des Corses, de toutes les forces vives de l’île pour construire une dynamique gagnante.
 
- Au-delà des votes à la CTC, la problématique n’est-elle pas aussi électorale ?
- La problématique va bien au-delà du vote de la fin du mois de septembre, même au-delà des échéances électorales, municipales et territoriales, à-venir, certes décisives. La Corse est à un point de bascule, aussi la séquence politique d’ensemble est-elle déterminante ! Il devient possible de dégager une ou des majorités de progrès en fédérant les gens autour de valeurs, de logiques de projets et d’idées qui, hier, étaient portées par les seuls Nationalistes et qui, aujourd’hui, sont majoritaires au sein du peuple corse.
 
- Vous parlez de pacte démocratique. Jusqu’où êtes-vous prêts à aller ?
- Notre seule limite est celle qui, pour nous, fixe l’essentiel. On ne peut pas aller chercher des ouvertures vers d’autres forces politiques avec des ukases ou des à-priori. Nous plaçons, au cœur de notre engagement, la défense du peuple corse et de ses intérêts collectifs, la lutte pour la construction d’une démocratie réelle et la volonté de développer, au quotidien, les domaines économique, social et culturel. C’est par rapport à cette façon de voir les choses, aux valeurs auxquelles nous croyons et à notre volonté de construire, que nous proposerons des contrats à nos partenaires au 2nd tour. Les temps sont probablement mûrs pour agréger, autour de ce pacte, le maximum de forces vives, dans des conditions permettant, demain, des victoires au service de la Corse.
 
- Serez-vous candidat à Bastia aux prochaines municipales ?
- Tout le sens de l’action, que nous avons menée depuis 5 ans, vise, en effet, à permettre la construction d’une alternative à Bastia. Je ne crois pas surprendre quiconque en disant que, très certainement, je conduirai une liste aux prochaines élections municipales. Mais, comme la déclaration de candidature est, traditionnellement, un exercice assez formel, le moment de la formalisation officielle de cette candidature n’est pas encore arrivé.
 
- Conduirez-vous une liste d’ouverture ?
- La liste incarnera la démarche à laquelle nous croyons. Elle sera fidèle à un certain nombre de principes fondamentaux, mais, en même temps, ouverte. Aujourd’hui, Bastia a besoin d’une démarche d’ouverture et d’une respiration qui lui permettent de retrouver la place, l’identité et le rôle qu’elle mérite d’avoir.
 
- Eric Simoni, candidat de Corsica libera, se dit prêt à discuter avec vous d’une alliance au 2nd tour. Y êtes-vous favorable ?
- Je prends acte de cette position. Pour l’instant, nous n’avons pas eu de discussions formelles avec Corsica Libera et U Rinnovu. De toute façon, les discussions, que nous aurons avec toutes les forces politiques, qu’elles soient nationalistes ou autres, seront dans la ligne de la stratégie que nous avons définie.
 
- C’est-à-dire ?
- D’abord, la fidélité à nos fondamentaux puisque notre démarche s’inscrit dans le fil historique de la lutte du peuple corse pour son droit à la vie. Cet ancrage comporte, à l’évidence, des convergences importantes sur nombre de points et de dossiers cruciaux avec les autres Nationalistes. En même temps, on ne peut pas prétendre construire la Corse uniquement entre Nationalistes parce que le peuple corse n’est pas composé uniquement de Nationalistes. D’autant que les idées, que nous défendions, hier, souvent seuls, sont, aujourd’hui, largement partagées et reprises, y compris par des forces politiques non-nationalistes ou par des gens non-militants.
 
- Vos adversaires vous accusent d’être ambigus parce que vous livrez un combat contre la droite à Porto-Vecchio et contre la gauche à Bastia. Que leur répondez-vous ?
- Ils disent que nous sommes ambigus, que nous nous battons contre le système Zuccarelli à l’étiquette PRG à Bastia, quand Jean-Christophe Angelini se bat, lui, contre l’UMP à Porto-Vecchio. Nous considérons qu’il n’y a aucune contradiction puisque, à Bastia, le refus de toute avancée au profit de la Corse, le conservatisme, le clanisme, le clientélisme et l’immobilisme sont incarnés par un système qui se revendique de la gauche. Ces mêmes non-valeurs sont incarnées à Porto-Vecchio par un système qui se revendique de la droite. Il est normal et logique que nous cherchions à construire des alternatives à Bastia et à Ajaccio. L’ambiguïté n’est pas de notre côté, mais plutôt du leur.
 
- Pourquoi ?
- Il est beaucoup plus ambigu de s’affirmer publiquement en faveur de la coofficialité, du statut de résident, d’un PADDUC qui défend les intérêts du peuple corse, tout en réussissant à intégrer des majorités, qu’elles soient municipales ou territoriales, aux côtés de partenaires qui, eux, sont foncièrement et irréductiblement hostiles à toute évolution. Cette ambiguïté n’est, politiquement, pas tenable et devra évoluer. Aujourd’hui, la Corse est en pleine recomposition politique. Dans les forces traditionnelles, à droite, comme à gauche, des gens s’inscrivent dans une logique progressiste. Nous leur demandons de faire preuve de lucidité et de courage politique pour se détacher des ukases parisiens et des positions archaïques caricaturales de certains ténors de la vie publique française. Le courage de dire qu’en Corse, un peuple a des intérêts spécifiques et a besoin de respiration démocratique, de justice sociale, de construire son économie, de parler sa langue et de s’ouvrir à son environnement méditerranéen et européen.
 
- Que vous inspire la mise en cause par François Tatti de la gouvernance Zuccarelli, d’un autocratisme que vous avez toujours dénoncé ?
- De la satisfaction et de la surprise. La satisfaction de voir que, sur nombre de critiques fondamentales, François Tatti nous rejoint parfaitement. Notamment, l’absence de fonctionnement démocratique, la concentration et la cooptation du pouvoir, les pressions sur la gestion du parc HLM et sur l’attribution d’emplois…, pressions que nous dénonçons avec constance et de façon argumentée depuis des années, et dont, aujourd’hui, il se fait l’écho.
 
- Que pensez-vous du bilan qu’il tire de la mandature ?
- Il dénonce l’absence de vision stratégique et dit que Bastia a appauvrit la Communauté d’agglomération (CAB) et défendu des intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général. Cette critique va très loin. Il explique, aussi, sur la base d’indicateurs économiques qui ne peuvent pas mentir, que Bastia est une ville pauvre et qu’elle a, donc, complètement manqué le tournant du développement économique ! C’est une mise en cause très sévère quand on sait que la majorité municipale a eu 50 ans pour mettre en place son projet, sa vision stratégique et ses perspectives de développement. Nous sommes satisfaits qu’aujourd’hui, François Tatti semble nous rejoindre sur une analyse que nous faisons depuis longtemps.
 
- Qu’est-ce qui vous surprend ?
- Nous sommes surpris, comme tous ceux qui ont découvert ses déclarations, qu’il ait fallu, à François Tatti, autant de temps pour s’en rendre compte ! Il connaît bien le système pour en être issu et pour y avoir contribué pendant 15 ou 20 ans. Sans esprit polémique, nous sommes obligés de souligner qu’à chaque fois, que nous avons dénoncé, y compris de façon argumentée, ce qu’il dénonce aujourd’hui, nous n’avons jamais reçu son soutien, ni celui de quiconque au sein de la majorité municipale, y compris jusqu’à des périodes très récentes ! Les esprits chagrins diront que cette position nouvelle lui est dictée par la promesse, qu’on lui aurait faite et qu’on n’a pas tenue, de le désigner comme maire. Nous attendons de voir, dans les semaines et les mois à-venir, si cette dénonciation du système va véritablement s’adosser à une rupture totale et définitive de ces pratiques, de ces logiques antidémocratiques et de cette absence de souffle et d’ambition pour Bastia.
 
- Que lui reprochez-vous exactement ?
- On pourrait multiplier les exemples. Quand, au niveau du recrutement d’emplois saisonniers et d’emplois d’avenir, nous avons demandé, conformément à la délibération de la CTC, la mise en place de commissions de recrutement transparentes et que cette demande nous a été refusée, François Tatti et son groupe ont voté avec la majorité municipale. De la même façon, quand, contre tous les usages démocratiques, Emile Zuccarelli a décidé de ne pas laisser l’opposition accéder à la CAB, François Tatti n’a jamais rien dit alors même que la majorité, à laquelle il appartient, nous privait de représentation au sein d’un outil déterminant. L’opposition représentant près de 45% des voix, cela veut dire que près d’1 Bastiais sur 2 n’est pas représenté au sein de la CAB par une décision autocratique qui a été cautionnée par l’ensemble de la majorité municipale.
 
- François Tatti insinue, aussi, que vous n’avez pas été une opposition constructive. Comment prenez-vous ce coup de griffe ?
- S’il ne nous avait pas décoché un tel coup de griffe, cela aurait paru suspect ! Ceci étant, il est de mauvaise foi. Nous sommes une opposition active, qui a su s’opposer de façon argumentée lorsqu’il le fallait. Chaque fois que nous l’avons fait, nous avons trouvé une majorité parfaitement homogène pour traiter, systématiquement, nos légitimes demandes avec un mépris total. Jusqu’à aujourd’hui, malheureusement, il n’y avait aucune voix dissonante au sein de la majorité municipale pour critiquer l’absence de fonctionnement démocratique. Ce qui ne nous a pas empêché d’être très constructifs, de faire des propositions, de présenter des projets alternatifs et d’avoir beaucoup d’idées pour Bastia.
 
- Que pensez-vous du programme de François Tatti ?
- Nous notons avec intérêt que certaines de nos idées ont été reprises dans son projet. Dès le début de cette mandature, nous insistions, par exemple, sur la nécessité de désengorger la circulation par la mise en place d’un train-tram. Nous avons toujours demandé une piétonisation beaucoup plus large du centre ancien. Si, aujourd’hui, la majorité municipale se dispute la paternité de la piétonisation de la rue Napoléon, il faut, quand même, se rappeler que la liste nationaliste « Réhabiliter Bastia » avait déjà proposé cette piétonisation en 1983 ! De la même façon, en termes de démocratie participative, nous avons toujours insisté sur la nécessité d’aller à la rencontre des gens dans les quartiers. Nous avons, d’ailleurs, mis en place des comités de quartiers et nous sommes heureux que, de ce côté-là aussi, nos idées séduisent ceux qui, aujourd’hui, ont décidé de conduire une liste à côté ou contre celle de la majorité sortante.
 
- Le maire de Bastia doit-il être, selon vous, président de la CAB ?
- Vue l’ampleur des compétences respectives, de la ville et de la CAB, et vue la lourdeur de chaque tâche, il est de bonne politique que chacune de ses fonctions soit exercée par une personne différente. Encore faut-il que la CAB soit repensée, qu’elle traite de façon équitable l’ensemble des communes et leurs citoyens ! Plus globalement, je pense que la vie politique corse a tout à gagner d’une respiration démocratique plus affirmée qui passe, notamment, par le refus du cumul des mandats et par l’interdiction d’exercer plus de deux mandats successifs. Ceci conduira de façon naturelle à un renouvellement de la classe politique, comme a pu le faire, en son temps, l’institution de la parité homme/femme.
 
Propos recueillis par Nicole MARI




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