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Fin des contrats aidés : Les maires du rural inquiets pour la rentrée scolaire


Rédigé par Nicole Mari le Mardi 22 Août 2017 à 22:34 | Modifié le Dimanche 3 Septembre 2017 - 15:08


Trop, c’est trop ! Avec la réforme imposée de l’intercommunalité, les baisses récurrentes des dotations publiques et la suppression de la taxe d’habitation…, la mort en catimini des contrats aidés de type CAE-CUI est, pour les maires, le nouveau coup de Jarnac qui fait déborder le vase ! La révolte, partie des territoires d’Outre-mer, gagne la Corse où les petites communes du rural ont un besoin vital de ces contrats, ne serait-ce que pour faire fonctionner cantine et garderie. Mis devant le fait accompli à trois semaines de la rentrée, les maires insulaires montent au créneau. En tête de la fronde, Marie-Thérèse Mariotti, maire LR de Tagliu-Isulaccia en Haute-Corse, et conseillère territoriale du groupe Le Rassemblement, explique, à Corse Net Infos, les conséquences d’une telle décision gouvernementale. Elle lance un appel à la mobilisation.


Marie-Thérèse Mariotti, maire LR de Tagliu-Isulaccia en Haute-Corse, et conseillère territoriale du groupe Le Rassemblement.
Marie-Thérèse Mariotti, maire LR de Tagliu-Isulaccia en Haute-Corse, et conseillère territoriale du groupe Le Rassemblement.
- Quel est le problème ?
- Depuis quelques semaines, l’Etat a gelé, du jour au lendemain, sans prévenir et en toute confidentialité et opacité, les signatures des contrats d’aides à l’emploi CAE-CUI, que ce soient les nouveaux contrats ou les prolongations des contrats existants. Ceci, pour des raisons budgétaires sans avoir mesuré les conséquences d’une telle décision ! Les communes et associations, qui avaient recours à ce dispositif, se retrouvent dans une situation très délicate qui pourrait, à terme, remettre en cause certains services, comme la cantine et la garderie. Ce qui mettrait les élèves et les parents dans l’embarras. Il n’y a eu aucune communication claire sur le sujet, aucune information en amont qui aurait permis aux communes de s’organiser ! C’est au fil de l’eau et au gré des refus que nous nous sommes rendus à l’évidence à 15 jours de la rentrée scolaire ! Les départements d’Outre de mer ont été les premiers à tirer la sonnette d’alarme … En vain !
 
- De quel contrat s’agit-il exactement ?
- Le Contrat unique d’insertion CUI-CAE, pour ne citer que lui, est souscrit pour une durée hebdomadaire de travail d’au minimum 20 heures. Il est ouvert aux personnes au chômage rencontrant des difficultés d’accès à l’emploi. Sa durée totale, après renouvellement, pouvait atteindre 2 ans, voire 5 ans si la personne était en situation de handicap. Les aides de l’Etat pouvaient aller de 70% du SMIC à 80%. Ce contrat était moins contraignant que le contrat d’avenir puisqu’il était ouvert également aux seniors qui ont souvent le plus de mal à trouver un emploi.
 
- Avec quels arguments, le gouvernement justifie-t-il sa suppression ?
- La Ministre du travail vient de déclarer que les contrats aidés sont couteux et inefficaces. Elle préfère, je la cite, « investir dans la formation, dans le développement des compétences » plutôt que dans « l'emploi court terme précaire en contrat aidé ». Je ne connais pas le bilan de ce type de contrat sur le secteur marchand, mais concernant le secteur non marchand, surtout celui des petites collectivités, cette déclaration prouve une méconnaissance totale de notre mode de fonctionnement. Les contrats aidés ne règlent, peut-être, pas tous les problèmes d’emploi, mais sans eux, c’est pire !
 
- C’est-à-dire ? Quelles sont les conséquences sur les activités des associations et des communes ?
- Concernant les associations, certaines d’entre elles ne survivent que grâce au travail des salariés sous contrats aidés car elles n’ont pas les moyens de mettre en place des CDD ou des CDI (contrats à durée déterminée / indéterminée). Concrètement, cela veut dire qu’elles ne pourront pas maintenir certaines activités et certains services. Les impacts sur les petites communes, qui ont une école, sont très significatifs. Ces contrats concernent surtout les personnes qui travaillent dans les garderies municipales et les cantines. A titre d’exemple, sans ces contrats, la commune de Taglio-Isolaccio n’aurait pas pu mettre en place les activités périscolaires imposées par la réforme des rythmes scolaires pendant les 2 années de son existence. 120 élèves sont scolarisés dans notre école, plus de la moitié fréquentent la cantine et la garderie. C’est une équipe motivée de 6 personnes, toutes en contrat CAE-CUI, qui encadre les enfants et fait un travail quotidien essentiel et remarquable.
 
- Que deviennent les bénéficiaires de ces contrats ?
- Des centaines de personnes en Corse vont se retrouver au chômage, ce qui veut dire perte de revenus et de lien social dans un contexte déjà très précaire. Le gouvernement préfère donc le chômage à l’activité ! C’est surprenant et inquiétant pour l’avenir !
 
- N’y-a-t-il pas moyen de conserver ces emplois ?
- Comment ! Où les petites communes vont-elles trouver les moyens financiers d’embaucher sans aides de l’Etat, alors que les dotations sont en baisse et que la réforme de la taxe habitation nous fait craindre le pire ? Qui se soucie des milliers d’euros que les mairies ont dû investir pour avoir des infrastructures de qualité, des cantines aux normes dotées d’un plan de maitrise sanitaire, alors que, dans certains cas, le maintien de la cantine et de la garderie est compromis ? Qui se soucie des parents qui travaillent ?
 
- La rentrée scolaire est-elle compromise ? Qu’allez-vous faire concrètement pour qu’elle se fasse dans les meilleures conditions ?
- Face aux incertitudes, j’avais anticipé le problème et demandé le renouvellement des contrats très en amont. En vain ! J’ai signé un contrat d’apprentissage et un CDD, mais l’équipe n’est pas au complet puisque le cas de deux personnes n’est pas tranché. C’est un vrai casse-tête à trois semaines de la rentrée scolaire. J’ai programmé une réunion de crise avec la mairie voisine de Talasani dont les enfants sont scolarisés chez nous pour examiner les solutions. Je ne sais pas encore si nous pourrons accueillir tous les enfants à la cantine et à la garderie parce qu’en aucun cas, je ne transigerai sur les normes de sécurité.
 
- Que faudrait-il faire selon vous ?
- La France croule sous des programmes d’aides à l’embauche depuis 30 ans. Or, il serait tellement plus simple de rationaliser le tout, en prenant réellement en compte les besoins des communes, surtout les petites, dans une convention gagnant-gagnant pérenne. Le travail des équipes de Pôle Emploi et Cap Emploi n’est pas remis en cause. Elles font de leur mieux car elles doivent annoncer les mauvaises nouvelles aux employeurs et salariés et appliquer des directives aussi incompréhensibles qu’incohérentes du gouvernement Macron/Philippe. Les maires sont des gens responsables et la pression, qu’ils subissent, devient difficilement supportable. Avec les baisses des dotations, la réforme de la taxe d’habitation et les pertes de recettes et maintenant la mort des contrats aidés… Trop, c’est trop !
 
- Lancez-vous un appel à la mobilisation ?
- Oui ! Il est temps de se mobiliser et de mettre l’Etat face à ses responsabilités et à ses contradictions. En tant que maire, je vais demander aux associations des maires de Haute-Corse et de Corse du Sud de prendre le relais. En tant qu’élue territoriale, je vais demander à l’Assemblée de Corse de se saisir également du sujet. Au moment où tout le monde se gausse de revitalisation des communes de l’intérieur et plus généralement du rural, personne ne semble se soucier des risques de voir des services de proximité disparaître ! A l’heure où l’on parle de précarité, voilà un bon moyen de prouver que l’on met des actes face à des maux…
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 




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