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"Faire les meilleurs choix en matière d’infrastructures portuaires"


Rédigé par Nicole Mari le Vendredi 26 Septembre 2014 à 22:23 | Modifié le Samedi 4 Octobre 2014 - 18:46


Les 6,5 millions € d’études complémentaires et de mesures compensatoires au projet du port de la Carbonite votées, jeudi, à l’Assemblée de Corse (CTC), sont une victoire pour Gilles Simeoni. Le leader nationaliste modéré, conseiller territorial de Femu a Corsica et maire de Bastia, les demandait de façon récurrente pour éclairer les nombreuses incertitudes du dossier, laissées en suspens. Il explique, à Corse Net Infos, en quoi elles sont essentielles avant toute prise de décision finale. Il exprime sa satisfaction face au changement de position de l’Exécutif qui a admis, en séance, l’impossibilité de trancher, en l’état, sur la faisabilité du port de la Carbonite et son opportunité.


Gilles Simeoni, leader nationaliste modéré, conseiller territorial de Femu a Corsica et maire de Bastia.
Gilles Simeoni, leader nationaliste modéré, conseiller territorial de Femu a Corsica et maire de Bastia.
- Vous avez décroché les études complémentaires que vous demandiez depuis longtemps. Etes-vous satisfait ?
- Oui ! Je les avais demandées notamment pendant la campagne électorale dont le port de la Carbonite a été l’un des enjeux forts. Ma position a, toujours, été claire. Je dis que la situation actuelle n’est pas satisfaisante et que le projet de la Carbonite n’est pas abouti. Des questions très lourdes restent sans réponse et conditionnent la faisabilité et l’opportunité de ce projet. Avec l’ensemble de ma majorité municipale, nous avions promis qu’aussitôt élus, nous entrerions dans une démarche volontariste pour obtenir tous les éléments du choix et les communiquer aux Bastiais afin de prendre les meilleures décisions en termes d’aménagement portuaire pour assurer le développement de Bastia et de la Corse. C’est ce que nous avons fait !
 
- Qu’avez-vous concrètement obtenu ?
- Durant le débat, il m’a été donné acte que nombre de questions fondamentales restent en suspens, contrairement à ce qui a été dit, pendant la campagne électorale, par Jean Zuccarelli et Francis Riolacci, aujourd’hui dans l’opposition municipale. Ils disaient que le projet était bouclé ! Je tiens à souligner que si, depuis 2002, le projet n’a pas avancé, ce n’est absolument pas du fait de manœuvres dilatoires ou d’obstruction de la part de ceux qui sont sceptiques ou y sont opposés. C’est simplement parce que ce projet présente des difficultés que ceux, qui l’ont porté jusqu’à aujourd’hui, n’ont pas réussi à contourner.
 
- Comment la situation a-t-elle évolué au cours du débat de jeudi ?
- J’ai posé des questions précises en démontrant qu’elles restaient sans réponse. D’abord, l’aspect environnemental qui est fondamental. Sans même parler de la destruction des herbiers de Posidonie et des mesures compensatoires prévues, il faut mesurer l’impact sur le linéaire côtier de la construction d’un éventuel port à la Carbonite : au Nord sur Ficaghjola, au Sud sur la plage de l’Arinella, l’étang de Chiurlinu, le Lido de la Marana, la côte jusqu’à l’embouchure du Golo et même au-delà. J’ai posé, aux élus, une question claire : « Si une étude hydro-sédimentaire démontre que le port impacte de façon négative l’Arinella et le linéaire côtier, resterez-vous favorables à ce projet ? ». Tous les conseillers présents, y compris le Président de l’Exécutif, ont répondu : « Non ! ».
 
- Est-ce un soulagement ?
- Oui ! D’autant plus que l’expertise, dont nous disposons, précise, elle-même, que le modèle utilisé pour sa réalisation est insuffisant et que, par conséquent, ses conclusions ont simplement valeur de probabilité, en aucun cas de prédiction ! J’ai sollicité une nouvelle mesure d’expertise confiée à un organisme indépendant de renommée internationale. Cette nouvelle étude sera d’autant plus utile et efficace que la technique, ayant évoluée, fournit des données plus précises. Nous pourrons, ainsi, obtenir des renseignements plus éclairants sur l’impact environnemental.
 
- Vous avez également abordé la question du financement. Qu’est-ce qui vous chiffonne ?
- C’est un point fondamental, surtout dans le contexte actuel. Là aussi, j’ai rappelé que ce projet restait, pour l’instant, dans un flou artistique très inquiétant. On est, d’abord, parti sur un projet de 215 millions €, porté, en 2012, à 515 millions €, et qui serait, aujourd’hui, reconfiguré, dans une taille beaucoup plus modeste, à 300 millions €. Même dans cette hypothèse, aucune étude de financement n’a été communiquée à la CTC. C’est une lacune qu’il faut combler rapidement !
 
- Autre incertitude : la plage de l’Arinella. Quelles précisions exigez-vous ?
- Toujours dans le souci de défendre l’intérêt de Bastia, j’ai demandé qu’une étude soit commandée sur la compatibilité de l’éventuelle construction du port avec la préservation, la mise en valeur et le développement de l’Arinella dans une perspective balnéaire et touristique. Bastia ne peut pas être privée de sa dernière grande plage qui est un atout indispensable à son développement.
 
- Pensez-vous réellement qu’il soit possible de conserver une plage à côté d’un grand port de commerce ?
- C’est une question de bon sens, fondamentale ! Pour l’instant, nous n’avons aucun élément de réponse ! J’ai insisté pour que toutes ces expertises fassent l’objet de lots séparés afin de garantir leur indépendance. On ne peut pas demander au même bureau d’ingénierie technique d’envisager de construire le port de la Carbonite et de dire, en même temps, si celui-ci aura un impact sur l’environnement et le développement touristique. Etant, à la fois, juge et partie, il est évident qu’il occultera les conséquences négatives.
 
- Certains élus ont mis en doute l’impartialité des études déjà effectuées. Souscrivez-vous à cette critique ?
- Je ne veux pas polémiquer. Je souhaite, seulement, qu’à partir d’aujourd’hui, puisque je suis en situation de responsabilité, les choses s’accomplissent dans des conditions de transparence totale qui garantissent l’indépendance des experts sollicités et permettent aux citoyens bastiais et corses de se forger une opinion éclairée.
 
- Comment avec un port à l’extérieur de la ville, faire venir les touristes à Bastia ?
- C’est une autre question qui préoccupe les Bastiais. L’actuel port de commerce génère un flux passager qui arrive directement en ville. Si, demain, le port est transféré à la Carbonite, ce flux sera dérouté vers le Sud. Il faut, dans cette hypothèse, réfléchir aux moyens de transports à mettre en œuvre pour rabattre et orienter les flux touristiques vers Bastia et le Nord. C’est une question de multi-modalité. Des moyens de transports routiers, comme les bus, ou maritimes, type navettes ou vaporetto, doivent être mis en œuvre, donc pensés et chiffrés.
 
- Pourquoi avez-vous sollicité une 4ème étude de réactualisation des données ?
- Cela me paraît indispensable ! On a pensé le port en 2002 ou en 2006, au moment du débat public, sur des projections qui portaient, de façon linéaire, l’augmentation du trafic passagers de 2 à 5, puis à 9 millions. Depuis, l’environnement a changé. Le flux de transport passagers est resté stable. Il a, même, quelque fois, légèrement diminué. La taille des unités de navigation s’est modifiée. Le marché de la croisière et celui de la plaisance ont évolué. La Corse est en train, à la fois, de repenser sa politique de transports maritimes et de définir ses orientations en matière de développement économique et touristique. Il est impensable de concevoir les futurs aménagements portuaires de Bastia sans les relier à la vision stratégique de développement de la CTC. Cette étude et cette réflexion font, aujourd’hui, cruellement défaut.
 
- Estimez-vous que la pertinence du projet n’est pas établie ?
- Au moment de prendre des décisions très lourdes au plan financier, de faire un investissement qui sera certainement le plus important qu’ait connu et que connaîtra la Corse pendant des décennies et qui influera durablement sur le visage de Bastia et le sort des générations à-venir, il est indispensable d’être complètement informés. C’est une exigence de responsabilité ! Elle est totalement compatible avec une politique volontariste cherchant à mettre en œuvre, le plus rapidement possible, la meilleure solution. Y compris la construction du port de la Carbonite si celle-ci apparaît, au terme de la réflexion d’ensemble, comme la meilleure solution !
 
- Est-ce, à cause de cette incertitude latente, que vous proposez de réfléchir à un plan B ?
- A partir du moment où tous les élus ont admis en séance que personne ne pouvait savoir si ce port allait être réalisable et, donc, réalisé, il est indispensable de réfléchir à ce que nous ferions s’il s’avère que l’option de la Carbonite n’est pas la meilleure. Nous ne pourrons pas rester dans le statu-quo actuel !
 
- Tout cela ne prendra-t-il pas du temps, or vous parlez d’urgence ?
- Il y a, incontestablement, urgence puisque le port de commerce actuel fonctionne dans des conditions précaires et, même quelques fois, inquiétantes du point de vue de la sécurité. J’ai demandé que la CTC diligente une étude afin que, le plus rapidement possible, nous ayons des éléments qui nous permettent de sécuriser et d’optimiser le fonctionnement du port actuel pour les passagers, pour les Bastiais et pour les personnes qui y travaillent.
 
- Vous avez également soulevé la problématique de la requalification du port actuel en cas de construction du port de la Carbonite. Des études ont-elles été réalisées ?
- Non ! Là aussi, comme je l’ai dit pendant la campagne électorale, aucune étude n’a été réalisée sur le coût de cette requalification. Il n’y a pas, non plus, d’études économiques sur les marchés éventuels que nous pourrions conquérir en matière de grande plaisance. Aurons-nous les moyens de remplir ce port ? Si oui, comment le remplir ? De façon peu cohérente, la CTC a voté, il y a quelques mois, 30 millions de travaux sur l’actuel port de commerce sans que l’on sache si ces travaux de réduction du bassin seront compatibles avec l’éventuelle évolution du port.
 
- Dénoncez-vous un manque de rationalité dans les choix faits ?
- Oui ! Il faut introduire de la rationalité dans tous ces choix. C’est ce que nous avons commencé à faire avec le vote de ces différentes études. Il faudra continuer à avoir une attitude très volontariste sur ce dossier pour nous donner collectivement les moyens de prendre la meilleure décision.
 
- Au bout du compte, le projet, que l’on disait abouti, ne s’avère-t-il pas mal ficelé et précipité ?
- On nous a martelé pendant des années que le port de la Carbonite était, primo, la meilleure solution, secundo, quasiment réalisé. On se rend compte, en fait, que l’on n’a pas beaucoup avancé sur le terrain de la réflexion d’ensemble. Il reste encore beaucoup à faire. Il faut nous donner, sans délai, les moyens de le faire parce que nous avons, déjà, perdu trop de temps.
 
- Affirmez-vous que personne ne peut dire, aujourd’hui, si le port est faisable et sera fait ?
- Ce n’est pas moi qui le dit, mais le président du Conseil exécutif  et les conseillers territoriaux présents au débat qui, de fait, en ont convenu ! Il me semble qu’avec mon groupe, Femu a Corsica, nous avons démontré que nous avons une attitude responsable et volontariste. Nous n’avons pas d’à priori. Nous avons la conviction qu’il faut faire avancer Bastia et la Corse en améliorant nos infrastructures portuaires. Nous allons nous donner les moyens de faire les meilleurs choix le plus rapidement possible.
 
Propos recueillis par Nicole MARI



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