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Rentrée scolaire : les enseignants corses scrutent déjà l’année à venir


Léana Serve le Mardi 1 Septembre 2026 à 15:57

Alors que les enseignants corses font leur rentrée ce mardi, les syndicats d’enseignants se projettent déjà vers les mois à venir. Ils alertent sur le manque de remplacements et les conditions de travail, tout en exprimant leurs réserves sur deux nouvelles mesures qui entreront progressivement en vigueur.



Rentrée scolaire : les enseignants corses scrutent déjà l’année à venir

Avant de retrouver leurs élèves jeudi, les enseignants corses font leur rentrée ce mardi dans les écoles, collèges et lycées de l’île. Dans l’académie de Corse, 3 881 enseignants s'apprêtent ainsi à accueillir 46 115 élèves, répartis dans 248 établissements. Mais pour les syndicats, l’enjeu se situe surtout au-delà de cette journée de rentrée. « Ce qui nous intéresse, c'est de savoir s'il y aura un enseignant devant chaque élève pendant toute l'année », résume Jean-Pierre Luciani, secrétaire national du STC Éducation. Le syndicat s’inquiète notamment des difficultés de remplacement de certains professeurs malgré un recours aux enseignants contractuels. « L’an dernier, même avec les contractuels, il y a eu énormément de journées où les enfants n’avaient pas d'enseignant face à eux. »
 

Une inquiétude partagée par Charles Casabianca, secrétaire de la CGT Éduc’Action, qui redoute que le recours aux contractuels ne suffise pas à garantir un enseignant devant chaque classe tout au long de l’année. « À l’échelon national, ce sont 4 032 postes qui ont été supprimés dans le budget. Quand les postes manquent, ça se traduit toujours par une hausse des effectifs en classe, des conditions dégradées pour les élèves et, bien sûr, pour les enseignants. Ce qui nous inquiète le plus aujourd’hui, c'est de savoir dans quelles conditions de travail vont travailler les AED ou les AESH, et la partie contractuelle. Est-ce que le nombre de contractuels va être au rendez-vous pour assurer un enseignant devant chaque classe ? », s’interroge-t-il.
 

La FSU-SNUipp se montre plus nuancée. Après avoir rencontré la nouvelle rectrice Nathalie Mons lundi, le syndicat dit avoir été rassuré par sa volonté affichée de maintenir le dialogue avec les organisations syndicales. « On est rassurés de la main tendue et de la façon qu’elle a de nous avoir reçus, de dialoguer, puisqu’elle a précisé que les organisations syndicales étaient très importantes pour elle dans le dialogue social pour essayer de régler un maximum de problèmes, donc on aborde quand même la rentrée avec satisfaction », détaille Fabien Mineo, secrétaire départemental du FSU-SNUipp pour la Haute-Corse. « Maintenant, on attend la carte scolaire lundi prochain, parce qu'il va y avoir des mesures d'ajustement avec quelques ouvertures, on l'espère, et le moins de fermetures possible. Ce que l’on souhaite aussi, c'est un dialogue rapproché avec les autorités académiques pour qu’on puisse régler les soucis ensemble pour tous les élèves de cette académie. »
 

Deux nouvelles mesures qui interrogent
 

Autre sujet de cette rentrée : l’interdiction de l’usage du téléphone portable, désormais étendu aux lycées. Si le STC reconnaît les problèmes liés à l’omniprésence des réseaux sociaux chez les jeunes, Jean-Pierre Luciani estime que « la solution, c’est l’éducation, pas l’interdiction ». « On devrait éduquer les jeunes à l’utilisation des réseaux sociaux, pour qu’ils puissent être utilisés de façon positive, même si le problème concerne surtout les heures d’exposition, notamment en dehors du lycée. » La CGT et la FSU-SNUipp soulignent, elles, les difficultés pratiques de la mesure d’interdiction. « On a vu qu’il y a des exemples dans certains collèges avec des corbeilles dans les classes où tout le monde dépose le téléphone dans la corbeille, mais ça pose toujours un problème si quelqu’un oublie son téléphone ou récupère le mauvais. Il y a aussi une responsabilité de l’enseignant si le téléphone se casse… C’est un peu un écran de fumée, d’autant qu’avec Pronote, le téléphone est un outil essentiel pour que l’enfant puisse connaître ses devoirs, ses profs absents », estime Fabien Mineo. « Il faut aussi savoir que vu le manque de moyens et d'investissement dans certaines disciplines, les enseignants se servent des portables des élèves pour faire des recherches, parce qu’on n’a pas accès à l'informatique dans toutes les salles et que c'est un outil pédagogique », poursuit Charles Casabianca.
 

Des questions sur les violences sexistes et sexuelles seront également ajoutées au questionnaire annuel sur le harcèlement scolaire distribué chaque année aux élèves, de la grande section à la terminale. Pour le STC, la mesure pose surtout la question de la formation des enseignants. « Les enseignants n'ont pas été spécialement formés pour recueillir des données. On va mettre les enseignants en difficulté », estime Jean-Pierre Luciani. Des réserves partagées par la CGT. « Ça demande une formation pour la détection, et l’enseignant n'est pas préparé à ça », précise Charles Casabianca. Fabien Mineo, quant à lui, explique qu’« on en demande toujours plus à l'Éducation nationale ». « Nous ne sommes ni auxiliaires de justice, ni policiers, ni assistantes sociales. On sait que c’est un terrain très sensible, et on n'a pas reçu la formation nécessaire pour recueillir la parole de l'enfant sur ce sujet-là. Même les policiers dans ce genre d'affaires suivent des formations spécialisées pour être en capacité de recueillir la parole d'un enfant. »