(Photo : Paule Santoni)
Ils alertent sur leurs conditions de travail de plus en plus difficiles. Les sapeurs-pompiers s’apprêtent à hausser le ton. À compter du mardi 8 septembre, huit des neuf organisations représentatives de la profession appellent en effet à une mobilisation qui doit courir jusqu’au 20 octobre. Déposé le 28 août dernier, ce préavis couvre l’ensemble des personnels des Services d’incendie et de secours, quels que soient leur statut, leur filière ou leur grade. Un calendrier qui n’a pas été choisi au hasard. Le 8 septembre, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, doit en effet remettre aux syndicats les arbitrages issus du Beauvau de la sécurité civile et leur présenter un texte de modernisation attendu depuis plusieurs mois. Le 20 octobre correspond quant à lui à une échéance importante dans l’examen du projet de loi de finances pour 2027. Entre ces deux dates, l’intersyndicale veut maintenir la pression sur le gouvernement, après être ressortie très déçue d’une réunion organisée à la mi-août au ministère de l’Intérieur. Plusieurs journées de mobilisation sont notamment prévues à Paris du 27 au 29 septembre afin de réclamer un financement pérenne des SIS, un recentrage des missions sur le secours et les soins d’urgence, des recrutements de sapeurs-pompiers professionnels, une reconnaissance de l’exposition aux agents toxiques et cancérogènes, une prise en compte de l’usure physique et psychique, ou encore une revalorisation des filières. Des demandes qui interviennent alors que le nombre d’interventions a augmenté de 35 % depuis 2000, et celui des secours à personne de 114 %, selon les chiffres avancés par la CGT au niveau national.
En Corse, la CGT, Avenir Secours et le STC ont décidé de se joindre au mouvement. « Comme nos collègues du continent, nous sommes confrontés au manque de moyens dans le financement des Services d’incendie et de secours », explique Fabrice Riolacci, délégué CGT du SIS 2B. « On voit qu’il y a une augmentation des interventions et qu’en parallèle, il n’y a pas d’augmentation des effectifs en caserne », déplore-t-il en constatant que dans le même temps, le champ d’action des pompiers ne cesse de s’étendre. « On nous demande de plus en plus de missions, notamment dans les zones rurales, par carence des services publics habituels », appuie de son côté Thomas Mondoloni, délégué régional d’Avenir Secours pour la Corse.
Pour autant, les représentants syndicaux insulaires tiennent à distinguer la situation corse de celle rencontrée dans de nombreux départements continentaux. Ces dernières années, les deux SIS ont en effet bénéficié d’importants investissements de la Collectivité de Corse. « Ici, on a des collectivités locales qui nous ont accompagnés à une hauteur inimaginable », souligne à ce titre Lucien Rossini pour le STC, « Cela nous a permis de renouveler presque entièrement notre parc automobile avec des véhicules neufs, mais aussi de restaurer et de construire de nouvelles casernes. Les efforts ont été très importants ». Un constat partagé par le délégué régional d’Avenir Secours pour la Corse : « Ici, il y a quand même une prise de conscience des collectivités locales. Peu importe le groupe politique ou les personnes qui les dirigent, aujourd’hui comme par le passé, il y a toujours eu un effort qui a été fait ».
« On est des pauvres de la République »
Mais face à l’augmentation continue des dépenses, ces efforts risquent désormais d’atteindre leurs limites. « Par le passé, un camion feux de forêt coûtait 200 000 euros. Aujourd’hui, il coûte 350 000 euros », illustre Thomas Mondoloni. « Inévitablement, les budgets alloués à nos services doivent être revus. On ne peut pas toujours demander une augmentation aux collectivités locales pour des mesures qui sont nationales. Il faut que l’État comprenne que les collectivités ne peuvent pas subvenir à tous les besoins. Il faut qu’il mette la main dans la poche », martèle le syndicaliste, en appuyant sur le fait que les services de secours sont ainsi loin de disposer de moyens excessifs. « On ne peut pas considérer qu’on est dans le confort et dans l’excès. Par rapport à d’autres services publics, notamment à l’armée, on est des pauvres de la République », tance-t-il.
Plus loin que la seule hausse des dépenses, c’est la structure même du financement des SIS qui inquiète, en ce qu’il repose en grande partie sur les contributions locales. « Dans une région pauvre comme la Corse, c’est un effort considérable qui est demandé aux contribuables. Nous estimons que cela atteint ses limites », prévient Lucien Rossini. « Ici, pour avoir une prestation et des secours de qualité, cela coûte beaucoup plus cher que sur le continent. Quelque part, les Corses paient plus cher pour avoir ce service », développe-t-il en indiquant que le STC propose de facto de trouver de nouvelles recettes à travers une taxe ou une contribution sur l’activité touristique, qui pourrait notamment être assise sur la taxe de séjour ou sur les moyens de transport. Car durant plusieurs mois, les pompiers doivent répondre aux besoins d’une population bien supérieure à celle qui vit dans l’île à l’année, sans disposer pour autant de ressources supplémentaires. « C’est la population locale qui paye le secours pour le flux touristique », pointe de son côté Thomas Mondoloni. « Il faut trouver une solution pour que ce ne soit pas elle qui paye seule le secours de la personne qui vient se baigner l’été ou qui se perd en montagne », avance-t-il en relevant que cette fréquentation occasionne de surcroît un « double risque » estival. « Il y a un risque de feux de forêt, puis un risque touristique qui fait que le personnel volontaire est sous tension ». En conséquence, Avenir Secours réclame donc des recrutements de pompiers professionnels dans les zones particulièrement sollicitées comme l’Extrême-Sud, alors qu’aujourd’hui seulement 20 % des pompiers sont professionnels. « Lorsque 80 % du système repose sur sur l’engagement citoyen des volontaires, cela crée des difficultés. Et même ici, ce n’est pas évident de conserver des personnes qui ont d’autres activités, de parvenir à les détacher et de garder des jeunes qui donnent de leur temps pour compléter les gardes », note Lucien Rossini pour le STC en précisant que son syndicat demande également de mieux considérer les volontaires, de revoir leurs indemnités, mais aussi de renforcer la professionnalisation des services.
« Une simple cagoule en textile qui ne filtre rien du tout »
Par ailleurs, la santé des agents constitue un autre point central de la mobilisation des pompiers qui alertent notamment sur leur exposition répétée aux fumées. Si lors des incendies urbains les soldats du feu peuvent porter un masque relié à une bouteille d’air permettant de protéger leurs voies respiratoires, la contrainte physique liée à cet équipement ne permet en effet pas d’utiliser ce matériel durant les longues heures de lutte contre un feu de végétation. « Pour les feux de forêt, nous avons une simple cagoule en textile qui ne filtre rien du tout alors que parfois on peut passer une journée entière sur un feu, en plein milieu des fumées. On s’en met plein les poumons », déplore le représentant de la CGT du SIS 2B. Alors que les incendies se déclarent de plus en plus tôt et que la saison à risque s’allonge, les pompiers regrettent donc que cette problématique ne soit toujours pas mieux prise en compte. « On veut bien mener nos missions parce que c’est notre métier et que souvent, c’est un métier auquel on est arrivé par passion. Mais on sait qu’on va y laisser une partie de notre santé », souffle Fabrice Riolacci qui pointe également la nécessité de mieux reconnaitre la technicité du métier. « Un sapeur-pompier est en catégorie C de la fonction publique territoriale, avec énormément de technicité à appréhender pour mener à bien les missions. Et tout ça, ce n’est jamais pris en compte ».
Une colonne territoriale et la maîtrise des moyens aériens
En parallèle des revendications nationales, le STC entend porter plusieurs demandes spécifiques à la Corse. Dans le cadre de la régionalisation des deux SIS, il réclame notamment la création d’une colonne territoriale composée de véhicules et de personnels dédiés. Celle-ci pourrait intervenir sur l’ensemble de l’île lors de grands incendies, d’inondations ou d’autres catastrophes liées au changement climatique, sans dégarnir les centres de secours existants. « L’idée serait qu’en plus de la défense de chaque bassin de vie, il y ait une force supplémentaire qui défendrait la Corse dans son ensemble », détaille Lucien Rossini. Une colonne qui pourrait également être projetée à l’extérieur et servir de point de départ à une coopération à l’échelle méditerranéenne. « Nous avons la Sardaigne à côté. On pourrait déjà commencer par créer un partenariat pour faciliter l’entraide en cas de problème sur l’une ou l’autre des îles ».
Le syndicat souhaite par ailleurs obtenir la pleine maîtrise des moyens aériens stationnés dans l’île durant l’été. Malgré l’installation à Ajaccio du CCASC, leur engagement doit encore être validé depuis le continent avant chaque intervention. « Il n’a pas de pouvoir décisionnel sur place et le CCASC sert uniquement de courroie de transmission pour les demandes », dénonce Lucien Rossini, « Même lorsque les deux Canadair sont posés à Ajaccio et que les deux hélicoptères sont posés à Corte, il faut remonter au continent, justifier la demande et attendre une autorisation ». De quoi perdre de précieuses minutes lorsqu’un incendie se déclare.
Durant les six semaines couvertes par le préavis, les trois organisations pourraient mener des actions ponctuelles dans l’île. Le mouvement n’aura toutefois aucune conséquence sur la prise en charge de la population. « Même lorsque nous sommes en grève, on répond présents 24 heures sur 24 », rappelle Fabrice Riolacci en concluant : « Nous voulons simplement sensibiliser la population à notre quotidien ». Un signal d’alarme pour un corps de métier aujourd’hui proche de l’asphyxie.
En Corse, la CGT, Avenir Secours et le STC ont décidé de se joindre au mouvement. « Comme nos collègues du continent, nous sommes confrontés au manque de moyens dans le financement des Services d’incendie et de secours », explique Fabrice Riolacci, délégué CGT du SIS 2B. « On voit qu’il y a une augmentation des interventions et qu’en parallèle, il n’y a pas d’augmentation des effectifs en caserne », déplore-t-il en constatant que dans le même temps, le champ d’action des pompiers ne cesse de s’étendre. « On nous demande de plus en plus de missions, notamment dans les zones rurales, par carence des services publics habituels », appuie de son côté Thomas Mondoloni, délégué régional d’Avenir Secours pour la Corse.
Pour autant, les représentants syndicaux insulaires tiennent à distinguer la situation corse de celle rencontrée dans de nombreux départements continentaux. Ces dernières années, les deux SIS ont en effet bénéficié d’importants investissements de la Collectivité de Corse. « Ici, on a des collectivités locales qui nous ont accompagnés à une hauteur inimaginable », souligne à ce titre Lucien Rossini pour le STC, « Cela nous a permis de renouveler presque entièrement notre parc automobile avec des véhicules neufs, mais aussi de restaurer et de construire de nouvelles casernes. Les efforts ont été très importants ». Un constat partagé par le délégué régional d’Avenir Secours pour la Corse : « Ici, il y a quand même une prise de conscience des collectivités locales. Peu importe le groupe politique ou les personnes qui les dirigent, aujourd’hui comme par le passé, il y a toujours eu un effort qui a été fait ».
« On est des pauvres de la République »
Mais face à l’augmentation continue des dépenses, ces efforts risquent désormais d’atteindre leurs limites. « Par le passé, un camion feux de forêt coûtait 200 000 euros. Aujourd’hui, il coûte 350 000 euros », illustre Thomas Mondoloni. « Inévitablement, les budgets alloués à nos services doivent être revus. On ne peut pas toujours demander une augmentation aux collectivités locales pour des mesures qui sont nationales. Il faut que l’État comprenne que les collectivités ne peuvent pas subvenir à tous les besoins. Il faut qu’il mette la main dans la poche », martèle le syndicaliste, en appuyant sur le fait que les services de secours sont ainsi loin de disposer de moyens excessifs. « On ne peut pas considérer qu’on est dans le confort et dans l’excès. Par rapport à d’autres services publics, notamment à l’armée, on est des pauvres de la République », tance-t-il.
Plus loin que la seule hausse des dépenses, c’est la structure même du financement des SIS qui inquiète, en ce qu’il repose en grande partie sur les contributions locales. « Dans une région pauvre comme la Corse, c’est un effort considérable qui est demandé aux contribuables. Nous estimons que cela atteint ses limites », prévient Lucien Rossini. « Ici, pour avoir une prestation et des secours de qualité, cela coûte beaucoup plus cher que sur le continent. Quelque part, les Corses paient plus cher pour avoir ce service », développe-t-il en indiquant que le STC propose de facto de trouver de nouvelles recettes à travers une taxe ou une contribution sur l’activité touristique, qui pourrait notamment être assise sur la taxe de séjour ou sur les moyens de transport. Car durant plusieurs mois, les pompiers doivent répondre aux besoins d’une population bien supérieure à celle qui vit dans l’île à l’année, sans disposer pour autant de ressources supplémentaires. « C’est la population locale qui paye le secours pour le flux touristique », pointe de son côté Thomas Mondoloni. « Il faut trouver une solution pour que ce ne soit pas elle qui paye seule le secours de la personne qui vient se baigner l’été ou qui se perd en montagne », avance-t-il en relevant que cette fréquentation occasionne de surcroît un « double risque » estival. « Il y a un risque de feux de forêt, puis un risque touristique qui fait que le personnel volontaire est sous tension ». En conséquence, Avenir Secours réclame donc des recrutements de pompiers professionnels dans les zones particulièrement sollicitées comme l’Extrême-Sud, alors qu’aujourd’hui seulement 20 % des pompiers sont professionnels. « Lorsque 80 % du système repose sur sur l’engagement citoyen des volontaires, cela crée des difficultés. Et même ici, ce n’est pas évident de conserver des personnes qui ont d’autres activités, de parvenir à les détacher et de garder des jeunes qui donnent de leur temps pour compléter les gardes », note Lucien Rossini pour le STC en précisant que son syndicat demande également de mieux considérer les volontaires, de revoir leurs indemnités, mais aussi de renforcer la professionnalisation des services.
« Une simple cagoule en textile qui ne filtre rien du tout »
Par ailleurs, la santé des agents constitue un autre point central de la mobilisation des pompiers qui alertent notamment sur leur exposition répétée aux fumées. Si lors des incendies urbains les soldats du feu peuvent porter un masque relié à une bouteille d’air permettant de protéger leurs voies respiratoires, la contrainte physique liée à cet équipement ne permet en effet pas d’utiliser ce matériel durant les longues heures de lutte contre un feu de végétation. « Pour les feux de forêt, nous avons une simple cagoule en textile qui ne filtre rien du tout alors que parfois on peut passer une journée entière sur un feu, en plein milieu des fumées. On s’en met plein les poumons », déplore le représentant de la CGT du SIS 2B. Alors que les incendies se déclarent de plus en plus tôt et que la saison à risque s’allonge, les pompiers regrettent donc que cette problématique ne soit toujours pas mieux prise en compte. « On veut bien mener nos missions parce que c’est notre métier et que souvent, c’est un métier auquel on est arrivé par passion. Mais on sait qu’on va y laisser une partie de notre santé », souffle Fabrice Riolacci qui pointe également la nécessité de mieux reconnaitre la technicité du métier. « Un sapeur-pompier est en catégorie C de la fonction publique territoriale, avec énormément de technicité à appréhender pour mener à bien les missions. Et tout ça, ce n’est jamais pris en compte ».
Une colonne territoriale et la maîtrise des moyens aériens
En parallèle des revendications nationales, le STC entend porter plusieurs demandes spécifiques à la Corse. Dans le cadre de la régionalisation des deux SIS, il réclame notamment la création d’une colonne territoriale composée de véhicules et de personnels dédiés. Celle-ci pourrait intervenir sur l’ensemble de l’île lors de grands incendies, d’inondations ou d’autres catastrophes liées au changement climatique, sans dégarnir les centres de secours existants. « L’idée serait qu’en plus de la défense de chaque bassin de vie, il y ait une force supplémentaire qui défendrait la Corse dans son ensemble », détaille Lucien Rossini. Une colonne qui pourrait également être projetée à l’extérieur et servir de point de départ à une coopération à l’échelle méditerranéenne. « Nous avons la Sardaigne à côté. On pourrait déjà commencer par créer un partenariat pour faciliter l’entraide en cas de problème sur l’une ou l’autre des îles ».
Le syndicat souhaite par ailleurs obtenir la pleine maîtrise des moyens aériens stationnés dans l’île durant l’été. Malgré l’installation à Ajaccio du CCASC, leur engagement doit encore être validé depuis le continent avant chaque intervention. « Il n’a pas de pouvoir décisionnel sur place et le CCASC sert uniquement de courroie de transmission pour les demandes », dénonce Lucien Rossini, « Même lorsque les deux Canadair sont posés à Ajaccio et que les deux hélicoptères sont posés à Corte, il faut remonter au continent, justifier la demande et attendre une autorisation ». De quoi perdre de précieuses minutes lorsqu’un incendie se déclare.
Durant les six semaines couvertes par le préavis, les trois organisations pourraient mener des actions ponctuelles dans l’île. Le mouvement n’aura toutefois aucune conséquence sur la prise en charge de la population. « Même lorsque nous sommes en grève, on répond présents 24 heures sur 24 », rappelle Fabrice Riolacci en concluant : « Nous voulons simplement sensibiliser la population à notre quotidien ». Un signal d’alarme pour un corps de métier aujourd’hui proche de l’asphyxie.
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