(Photo : Paule Santoni)
Elle avait annoncé au lendemain du premier tour des municipales que son départ de l’union de la gauche ne marquerait pas la fin de son engagement politique. Six mois plus tard, Charlotte Cesari entend désormais passer à l’étape suivante. Dans une déclaration diffusée en cette fin de semaine, l’ancienne candidate à la mairie d’Ajaccio appelle à construire une nouvelle force de gauche « populaire, autonomiste et sociale » à l’échelle de la Corse.
Pour rappel, lors des dernières municipales, Charlotte Cesari avait conduit la liste La Gauche unie – A Voci di u Populu, qui rassemblait notamment le Parti communiste, le Parti socialiste, le mouvement Debout ! et plusieurs candidats non encartés, et avait obtenu 8,09 % des suffrages au premier tour. Mais dès le lendemain du scrutin, elle avait décidé de claquer la porte de cette union, en invoquant des « divergences profondes » avec ses partenaires. C’est donc dans le prolongement direct de cette rupture que s’inscrit son initiative actuelle. « Les élections municipales ont marqué un tournant dans le paysage politique insulaire », affirme-t-elle aujourd’hui en estimant qu’elles ont fait surgir de nouvelles volontés et déplacé des lignes que beaucoup croyaient immobiles. Pour autant, ajoute-t-elle, « une impression demeure, tenace : celle que rien, ou presque, n’a véritablement changé ». « Une rupture électorale ne suffit pas si elle ne débouche pas sur une rupture politique plus profonde », insiste-t-elle en indiquant que les échanges engagés depuis les municipales ont conforté une conviction : « La gauche, chez nous, en Corse, ne peut être qu’un courant né de sa population, de ses besoins, de ses colères, de sa dignité et de son espérance ».
Pour donner corps à ce projet, Charlotte Cesari travaille depuis plusieurs mois avec Sacha Bastelica. Après avoir obtenu 6,44 % des suffrages lors des municipales de Bastia, le jeune leader de Via Citadina avait lui aussi annoncé son intention de poursuivre son engagement au-delà de sa ville. Lors de sa rentrée politique organisée le 28 août dernier, il avait ainsi appelé à construire un mouvement de gauche à l’échelle de l’île, aux côtés d’Ecologia Sulidaria et de Ghjuventù di Manca. Une démarche que partage l'ex-candidate aux élections municipales d'Ajaccio. « Nous sommes en discussion avec Sacha Bastelica depuis déjà un petit moment. Petit à petit, les choses ont pris forme, on s’est mis d’accord sur notre façon de voir les choses et sur la suite des événements », explique-t-elle.
Si les trois partis participent à la construction du nouveau mouvement, Charlotte Cesari prévient qu’il ne s’agit simplement réunir plusieurs structures sous une bannière commune. « L’idée, ce n’est pas que ce soit une association de différents partis. Ce qui nous intéresse c’est que nous arrivions à en créer un autre, avec évidemment un investissement citoyen », souligne-t-elle. Un nouveau mouvement qui devra aussi tirer les leçons des expériences passées de ses membres. « On va essayer de ne pas reproduire ce qui nous a fait quitter nos différentes écoles », glisse Charlotte Cesari en précisant que l'appel s’adresse ainsi aux personnes déjà engagées dans une organisation politique, mais surtout aux citoyens qui se sont mobilisés autour des listes conduites par les deux anciens candidats lors des dernières municipales.
Une gauche ancrée dans son territoire
Sur le fond, Charlotte Cesari assume pleinement la volonté de rompre avec les formations traditionnelles de la gauche qui existent aujourd’hui dans l’île et qui se sont avérées « extrêmement jacobines lors des dernières élections ». À l’inverse, le mouvement qu’elle souhaite construire aux côtés de ses partenaires se veut « plus moderne », ancré dans le territoire et clairement autonomiste. « On serait dans une gauche vraiment tournée vers les questions de justice sociale, bien sûr, mais aussi vers l’écologie et le féminisme. Ce sont des choses que l’on ne retrouve pas dans les partis de gauche actuels tels qu’ils sont représentés en Corse », estime-t-elle. Dans sa déclaration, elle pointe ainsi « les ravages d’un État central qui décide loin de la terre qu’il prétend administrer », en évoquant notamment « le foncier livré au désordre et à la spéculation », « la culture rendue invisible » ou « l’écologie reléguée aux marges ». Alors que l’échelle de la Corse pourrait faire de la proximité un outil de solidarité et de débat, elle dénonce aussi des décisions prises « au profit de quelques-uns », une parole populaire étouffée et une terre livrée « à l’uniformisation, aux logiques marchandes et à la prédation ». Des constats face auxquels Charlotte Cesari considère que « l’émergence d’une gauche autonomiste n’est plus seulement une intuition » mais qu’elle est désormais devenue « une nécessité, un devoir ». Elle appelle donc à ouvrir un espace politique « populaire, social, écologiste, féministe et anticolonialiste », avec « la justice sociale pour boussole, la lutte contre le clanisme pour exigence, et l’anticolonialisme, l’écologie et le féminisme pour fondations ».
Deux ans pour préparer les territoriales
Si le mouvement n’a pas encore de nom, ses premiers contours ont commencé à se dessiner au cours des dernières semaines. « Nous avons déjà quelque chose de concret, nous avons une charte et plusieurs choses sont établies », dévoile-t-elle en précisant qu’avec Sacha Bastelica ils ont décidé de s’appuyer, dans un premier temps, sur leurs ancrages respectifs à Ajaccio et Bastia avec l’ambition d’étendre ensuite la démarche à d’autres territoires de l’île au cours des deux prochaines années. Avec comme cap assumé l'objectif d’être en mesure de présenter une liste lors des élections territoriales de 2028. « De par nos expériences respectives lors des dernières élections, Sacha Bastelica et moi, nous nous sommes rendus compte qu’il était impossible que l’on puisse s’allier avec les partis de gauche - tout autant qu’avec les partis nationalistes - présents en Corse sans renoncer à une partie de nos convictions. Donc il fallait absolument que l’on fasse quelque chose », précise Charlotte Cesari.
Mais plus que cette seule échéance électorale, elle assure avant tout vouloir construire un mouvement capable de durer. « Notre idée, c’est surtout d’avoir quelque chose de très structuré, un vrai mouvement qui prendra de l’ampleur petit à petit », soutient la jeune femme, « On voit qu’il y a beaucoup de gens qui sont dans la même posture que nous, avec une sensibilité de gauche évidente, mais qui ont aussi une sensibilité autonomiste. Nous allons donc essayer de les représenter au mieux ».
Reste désormais à transformer cet appel en une dynamique concrète. Le futur mouvement « ne pourra pas naître d’un appareil fermé, ni d’un mot d’ordre descendu d’en haut », prévient Charlotte Cesari et insiste sur le fait qu'il devra au contraire se construire dans les villages, les quartiers, les lieux de travail et d’étude, au contact de ceux qui ne se reconnaissent plus dans l’offre politique actuelle. Dans ce droit fil, Charlotte Cesari indique être actuellement à l’œuvre afin d’organiser de premières rencontres prochainement avec tous ceux qui le souhaitent de rejoindre la démarche. Avant de conclure : « Nous ne voulons pas d’une Corse décor, d’une Corse vitrine, d’une Corse carte postale abandonnée aux logiques de rente, aux intérêts privés et aux vainqueurs d’un jour. Nous voulons une terre vivante, populaire, digne, indocile. Le travail commence maintenant
Pour rappel, lors des dernières municipales, Charlotte Cesari avait conduit la liste La Gauche unie – A Voci di u Populu, qui rassemblait notamment le Parti communiste, le Parti socialiste, le mouvement Debout ! et plusieurs candidats non encartés, et avait obtenu 8,09 % des suffrages au premier tour. Mais dès le lendemain du scrutin, elle avait décidé de claquer la porte de cette union, en invoquant des « divergences profondes » avec ses partenaires. C’est donc dans le prolongement direct de cette rupture que s’inscrit son initiative actuelle. « Les élections municipales ont marqué un tournant dans le paysage politique insulaire », affirme-t-elle aujourd’hui en estimant qu’elles ont fait surgir de nouvelles volontés et déplacé des lignes que beaucoup croyaient immobiles. Pour autant, ajoute-t-elle, « une impression demeure, tenace : celle que rien, ou presque, n’a véritablement changé ». « Une rupture électorale ne suffit pas si elle ne débouche pas sur une rupture politique plus profonde », insiste-t-elle en indiquant que les échanges engagés depuis les municipales ont conforté une conviction : « La gauche, chez nous, en Corse, ne peut être qu’un courant né de sa population, de ses besoins, de ses colères, de sa dignité et de son espérance ».
Pour donner corps à ce projet, Charlotte Cesari travaille depuis plusieurs mois avec Sacha Bastelica. Après avoir obtenu 6,44 % des suffrages lors des municipales de Bastia, le jeune leader de Via Citadina avait lui aussi annoncé son intention de poursuivre son engagement au-delà de sa ville. Lors de sa rentrée politique organisée le 28 août dernier, il avait ainsi appelé à construire un mouvement de gauche à l’échelle de l’île, aux côtés d’Ecologia Sulidaria et de Ghjuventù di Manca. Une démarche que partage l'ex-candidate aux élections municipales d'Ajaccio. « Nous sommes en discussion avec Sacha Bastelica depuis déjà un petit moment. Petit à petit, les choses ont pris forme, on s’est mis d’accord sur notre façon de voir les choses et sur la suite des événements », explique-t-elle.
Si les trois partis participent à la construction du nouveau mouvement, Charlotte Cesari prévient qu’il ne s’agit simplement réunir plusieurs structures sous une bannière commune. « L’idée, ce n’est pas que ce soit une association de différents partis. Ce qui nous intéresse c’est que nous arrivions à en créer un autre, avec évidemment un investissement citoyen », souligne-t-elle. Un nouveau mouvement qui devra aussi tirer les leçons des expériences passées de ses membres. « On va essayer de ne pas reproduire ce qui nous a fait quitter nos différentes écoles », glisse Charlotte Cesari en précisant que l'appel s’adresse ainsi aux personnes déjà engagées dans une organisation politique, mais surtout aux citoyens qui se sont mobilisés autour des listes conduites par les deux anciens candidats lors des dernières municipales.
Une gauche ancrée dans son territoire
Sur le fond, Charlotte Cesari assume pleinement la volonté de rompre avec les formations traditionnelles de la gauche qui existent aujourd’hui dans l’île et qui se sont avérées « extrêmement jacobines lors des dernières élections ». À l’inverse, le mouvement qu’elle souhaite construire aux côtés de ses partenaires se veut « plus moderne », ancré dans le territoire et clairement autonomiste. « On serait dans une gauche vraiment tournée vers les questions de justice sociale, bien sûr, mais aussi vers l’écologie et le féminisme. Ce sont des choses que l’on ne retrouve pas dans les partis de gauche actuels tels qu’ils sont représentés en Corse », estime-t-elle. Dans sa déclaration, elle pointe ainsi « les ravages d’un État central qui décide loin de la terre qu’il prétend administrer », en évoquant notamment « le foncier livré au désordre et à la spéculation », « la culture rendue invisible » ou « l’écologie reléguée aux marges ». Alors que l’échelle de la Corse pourrait faire de la proximité un outil de solidarité et de débat, elle dénonce aussi des décisions prises « au profit de quelques-uns », une parole populaire étouffée et une terre livrée « à l’uniformisation, aux logiques marchandes et à la prédation ». Des constats face auxquels Charlotte Cesari considère que « l’émergence d’une gauche autonomiste n’est plus seulement une intuition » mais qu’elle est désormais devenue « une nécessité, un devoir ». Elle appelle donc à ouvrir un espace politique « populaire, social, écologiste, féministe et anticolonialiste », avec « la justice sociale pour boussole, la lutte contre le clanisme pour exigence, et l’anticolonialisme, l’écologie et le féminisme pour fondations ».
Deux ans pour préparer les territoriales
Si le mouvement n’a pas encore de nom, ses premiers contours ont commencé à se dessiner au cours des dernières semaines. « Nous avons déjà quelque chose de concret, nous avons une charte et plusieurs choses sont établies », dévoile-t-elle en précisant qu’avec Sacha Bastelica ils ont décidé de s’appuyer, dans un premier temps, sur leurs ancrages respectifs à Ajaccio et Bastia avec l’ambition d’étendre ensuite la démarche à d’autres territoires de l’île au cours des deux prochaines années. Avec comme cap assumé l'objectif d’être en mesure de présenter une liste lors des élections territoriales de 2028. « De par nos expériences respectives lors des dernières élections, Sacha Bastelica et moi, nous nous sommes rendus compte qu’il était impossible que l’on puisse s’allier avec les partis de gauche - tout autant qu’avec les partis nationalistes - présents en Corse sans renoncer à une partie de nos convictions. Donc il fallait absolument que l’on fasse quelque chose », précise Charlotte Cesari.
Mais plus que cette seule échéance électorale, elle assure avant tout vouloir construire un mouvement capable de durer. « Notre idée, c’est surtout d’avoir quelque chose de très structuré, un vrai mouvement qui prendra de l’ampleur petit à petit », soutient la jeune femme, « On voit qu’il y a beaucoup de gens qui sont dans la même posture que nous, avec une sensibilité de gauche évidente, mais qui ont aussi une sensibilité autonomiste. Nous allons donc essayer de les représenter au mieux ».
Reste désormais à transformer cet appel en une dynamique concrète. Le futur mouvement « ne pourra pas naître d’un appareil fermé, ni d’un mot d’ordre descendu d’en haut », prévient Charlotte Cesari et insiste sur le fait qu'il devra au contraire se construire dans les villages, les quartiers, les lieux de travail et d’étude, au contact de ceux qui ne se reconnaissent plus dans l’offre politique actuelle. Dans ce droit fil, Charlotte Cesari indique être actuellement à l’œuvre afin d’organiser de premières rencontres prochainement avec tous ceux qui le souhaitent de rejoindre la démarche. Avant de conclure : « Nous ne voulons pas d’une Corse décor, d’une Corse vitrine, d’une Corse carte postale abandonnée aux logiques de rente, aux intérêts privés et aux vainqueurs d’un jour. Nous voulons une terre vivante, populaire, digne, indocile. Le travail commence maintenant
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