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Transports maritimes : un rendez-vous manqué


Jessica Monti le Lundi 20 Février 2012 à 10:43

Très attendu, le débat sur la desserte maritime, qui s'est tenu à l'Assemblée de Corse, ce lundi, s'annonçait long et difficile, il fut virulent. Les critiques ont fusé de toutes parts, et pas seulement des rangs attendus de l'opposition, sur l'impréparation de l'exécutif, l'indigence ou l'incohérence des rapports et l'absence de propositions. Une unanimité s'est dégagée pour dénoncer la faillite d'un système et réclamer sa refonte. L'exécutif a esquissé quelques lignes du modèle à venir.



Transports maritimes : un rendez-vous manqué





"Un rendez-vous manqué". Ce mot de Jean-Baptiste Luccioni, élu de Corse social démocrate, résume le sentiment général non seulement des élus de tous bords présents dans l'hémicycle, mais aussi des marins du STC qui avaient envahi l'une des tribunes du public et des représentants des compagnies maritimes.
Un rendez-vous manqué, parce que les élus n'avaient rien sur quoi débattre. Les deux rapports proposés, le premier sur la desserte maritime de la Corse, le second, mis au vote, sur la résiliation de la convention de Délégation de service public (DSP), ne dépassant pas deux pages chacun. A la grande stupéfaction des élus qui n'avaient à se mettre sous la dent qu'un volumineux état des lieux, effectué par des cabinets conseils, qu'ils ont déchiqueté, faute de mieux, le dénonçant comme : "maigre, succinct, incohérent, truffé d'erreurs grossières, partial, amateur, contenant tout sauf l'essentiel, aucune ébauche de perspectives".
Des postures idéologiques
A défaut donc d'avoir des documents ou des propositions sur lesquels débattre, chacun s'est rabattu, au choix, sur les commentaires des derniers soubresauts judiciaires, de l'avis récemment donné par l'Autorité de la concurrence ou sur ce qu'Antoine Sindali nomme :"des postures idéologiques". Chaque groupe a donc réaffirmé ses fondamentaux en matière de transport, de service public, d'aide sociale, de compagnies privées et d'argent dépensé.
Ce sont les nationalistes qui ont ouvert le feu pour défendre avec force, sous le regard attentif d'Alain Mosconi et des représentants du STC, leur vœu d'une compagnie publique régionale et la promesse, faite en novembre 2010 et non tenue, de l'exécutif d'effectuer une étude de faisabilité de ce type de compagnie.
Un service social
"Nous voulons savoir ce qu'est le nouveau paysage maritime en Corse. Après une privatisation de la SNCM qui a été un véritable holp-up sur le patrimoine corse, nous nous félicitons du retrait de Veolia. Nous aurions aimé que la CTC se positionne à sa place. L'avenir, pour nous, c'est le public, mais le public corse. Hors de question pour nous d'avaliser le texte de Bruxelles ultralibéral qui ne correspond pas à notre service public", dégaine, d'emblée, Jean-Guy Talamoni, élu de Corsica Libera.
Son collègue Paul-Félix Benedetti va plus loin  : "Nous devons réformer tout le système car le couple choisi est dans l'incapacité de faire face à la hauteur des enjeux. Nous payons 32 millions pour 200 000 passagers en plus. Ce n'est pas un service public, mais un service au tourisme, à l'économie. Nous voulons un service social pour la Corse, pour les Corses. Il faut aller sur Toulon dans une logique de reprise de marché".
Pas de quitus
Pour Jean Biancucci, la problématique du transport ne peut être appréhendée qu'à travers "le prisme d'un modèle de développement" qui est "celui de la dépendance totale". L'élu de Femu a Corsica insiste sur l'urgence et brosse un tableau noir de la situation : "L'office des transports est fragilisé. Deux syndicats sont sur le pied de guerre. Les acteurs économiques sont inquiets et nous le font savoir. La société corse est dans le noir complet. Elle nous regarde, espère, mais doute". Il conclut, à l'adresse de l'exécutif : "Nous ne vous donnons pas quitus ni sur la forme, ni sur le fond car votre vision du dossier ne nous convient pas du tout".
Un système illégal
Si les nationalistes ont porté la voix du STC, Michel Stefani, élu du groupe communiste, s'est fait, tout aussi naturellement, le porte-parole des revendications de la CGT. Il redit la nécessité "d'un service public pour garantir toute l'année le transport de passagers et de marchandises". Constatant "le gâchis de cette politique qui a dilapidé les fonds territoriaux au profit d'entreprises privées", il se prononce contre la desserte de la ligne de Toulon par la SNCM, qui n'obéit qu'à "la volonté de maintenir à n'importe quel prix le système illégal de l'aide sociale". Il préconise, comme la majorité des élus, d'engager une "remise à plat" de tout le dispositif.
Une aubaine
Tout remettre à plat, c'est également l'avis de la droite et de Marie-Antoinette Santoni-Brunelli qui, à son habitude, tire à boulets rouges sur l'exécutif qu'elle accuse de venir "les mains dans les poches", pour "gagner du temps". Pour l'élue de la Nouvelle Droite, la décision de la Cour d'appel administrative est "un coup d'aubaine", à l'instar des conclusions de l'Autorité de la Concurrence. "Elle pose d'abord la question : de quoi les Corses ont-ils besoin ? et propose de définir le mode de gestion des transports maritimes en fonction. Or, ici, on fait l'inverse". S'inquiétant des finances de la CTC, l'élue prône un régime OSP (Obligation de service public) généralisé à tous les ports ou une DSP réduite à son strict minimum avec des cargos mixtes transportant fret et passagers.
Un revirement surprenant
A sa suite, Camille de Rocca Serra insiste sur la nécessité de "fermer des portes pour faire des choix stratégiques. Nous sommes à la fin d'un système qui a montré ses limites". L'élu UMP crée la surprise en déclarant qu'il n'était "pas opposé à l'étude d'une compagnie régionale", l'important étant de déterminer "la meilleure compagnie pour la Corse et dans quel périmètre". Un revirement d'autant plus surprenant que l'ancien président de la CTC a toujours refusé d'effectuer cette étude quand il était aux commandes !
Antoine Sindali vient néanmoins remettre les pendules à l'heure de la droite en qualifiant le projet d'une compagnie régionale de "solution de facilité". Invitant les politiques à "se dégager des postures idéologiques", il plaide pour que le nouveau modèle prenne en compte "les exigences des socio-professionnels et de la population pris en otage".
Une enquête du Sénat
Le président de l'exécutif, Paul Giacobbi, n'appréciant pas le déluge de critiques, va s'employer à répondre, point par point, à chacune d'elle. Il affirme que l'étude de faisabilité de la compagnie régionale sera présentée lors du vrai débat sur les transports, qui aura lieu les 29 et 30 mars prochains. Tout en précisant que la région PACA y est opposée, ainsi qu'à la constitution d'une SEM, qui exigerait "un capital colossal" que la CTC n'a pas.
Il esquisse les grandes lignes qui seront alors soumises à l'appréciation des élus. "Nous ne maintiendrons pas le service complémentaire. Nous n'en avons ni le droit, ni les moyens. Nous n'avons plus l'argent. C'est un système anti-économique, anti-financier, anti-écologique. Nous souhaitons transformer le mécanisme extravagant de l'aide sociale". Il explique que la DSP sera limitée et que la ligne de Toulon ne sera pas incluse dans la nouvelle DSP. Il annonce qu'il a convaincu le Sénat d'ouvrir une enquête parlementaire sur les conditions de la privatisation de la SNCM.
Taxer les importations
Le président de l'Office des transports vient appuyer et étayer ces propos. Il appelle à une "vigilance maximale sur la capital de la SNCM car les jeux sont loin d'être faits", la Caisse des dépôts, remplaçant Veolia, n'est pas très enthousiaste à se lancer seule dans l'aventure. La prochaine DSP devrait durer de 12 à 15 ans, tout en laissant " libres, les ports d'escale sur le continent ". Souhaitant "faire revenir le fret à Marseille",  Paul-Marie Bartoli crée la polémique quand il propose de "taxer plus les produits à l'importation pour favoriser la production locale". Il conclut en espérant un vote unanime de la CTC lors du prochain débat afin que "ce vote ait du poids".
Rien n'est moins sûr, d'autant que le seul intérêt du débat de lundi a été de cristalliser les divergences.
Le vote, intervenu en fin de séance, sur le second rapport concernant la résiliation de la DSP, s'est soldé par la non-participation des 11 élus de Femu a Corsica et l'abstention des 4 élus de Corsica Libera.
Augure-t-il du vote final sur la desserte maritime ? Réponse fin mars.
                                                                                                                                 N. M.