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"Pudemu", une start-up en politique qui s'inspire du Partit Demòcrata catalan


le Vendredi 5 Mai 2017 à 00:48 | Modifié le Samedi 6 Mai 2017 - 00:18


Marc-Antoine Campana est le président de "Pudemu" et coordinateur local du parti européen centriste de l'Alliance des Libéraux et des Démocrates pour l'Europe - ALDE. "Pudemu" a décidé désormais de se faire entendre. Son président répond aux questions que vous vous posez à son propos


"Pudemu", une start-up en politique qui s'inspire du Partit Demòcrata catalan
- En quelques mots, pouvez vous nous présenter votre mouvement ?
- PUDEMU est une start-up en politique qui a été créé il y a déjà plus d’un an, le 18 novembre 2015, soit 260 ans jour pour jour après l'adoption de la Constitution de 1755 établissant en Corse les bases de la première démocratie libérale à l’issue du processus d'indépendance de l’île. Dans la continuité de cette trajectoire libérale-démocrate initiée par Paoli au XVIIIe siècle, il s'est agi de constituer une convergence de bonnes volontés sur la base d'un projet réaliste et ambitieux de changement par la démocratie participative, d'autonomie par le régionalisme fédéraliste et de développement par l'économie collaborative. A titre de comparaison, notre positionnement s'inspire du Partit Demòcrata qui est majoritaire au sein de la coalition indépendantiste catalane du Junts Pel Sì. Autrement dit, PUDEMU n’est pas un mouvement nationaliste en tant que tel ; c’est un mouvement ouvert à tous les degrés de régionalisme, de l’autonomisme à l’indépendantisme, dont acte, mais libéral, entre la gauche socialiste et la droite conservatrice. Résolument engagé en faveur de la construction européenne, c’est donc un mouvement centriste, issu de la société civile, à l’initiative d’étudiants, de militants associatifs et d’entrepreneurs de toutes générations confondues dont c’est pour beaucoup le premier engagement en politique.
 
- L'indépendance de la Corse n'est donc pas un tabou pour vous ?
- Disons que nous nous projetons dans la perspective d'une Europe fédérale de régions autonomes, c’est-à-dire une Europe des Peuples bâtie sur les ruines des États-Nations. A notre époque, ce serait dérisoire de parler d'indépendance - de la Corse comme de celle de n'importe quelle entité politique régionale, nationale ou continentale - alors que même les plus grandes puissances mondiales sont liées par des rapports d'interdépendance en vertu des lois de la mondialisation. D'ailleurs cela rend caduque la distinction entre autonomistes et indépendantistes dans la mesure où nous sommes tous plus ou moins favorables à une autonomie de la Corse au sens large que d'aucuns pourraient qualifier d'indépendantiste à l'égard de la France, certes, mais dans le cadre du fédéralisme européen. D'où l'importance d'obtenir l'inscription de la Corse dans la Constitution et la reconnaissance de la notion de peuple corse dans le cadre d'un accord semblable à celui de Nouméa sur la citoyenneté néocalédonienne de façon à ce qu'à l'avenir nous ayons des marges de manœuvre pour moduler notre appartenance à la France dans une Europe en pleine recomposition.
 
- Votre démarche centriste et régionaliste n'est-elle donc pas proche de celle, à gauche, d'Emmanuelle De Gentili ou de celle, à droite, de Jean-Martin Mondoloni ?
- Nous ne nous reconnaissons pas dans le double discours de cette gauche et de cette droite qui se prétendent régionalistes en Corse mais qui se comportent en parfaits républicains à Paris. Nous admettons qu’il puisse y avoir des régionalistes de gauche et de droite mais il n’y aura de gauche ou de droite véritablement régionalistes que le jour où le régionalisme cessera de n’être qu’un adjectif sur une étiquette politique. Cela étant dit, je nous trouve plus d’atomes crochus avec la démarche d'ouverture de Léo Battesti, de même qu'avec Jean Charles Orsucci au centre gauche ou Henri Malosse au centre droit plutôt qu'avec Emmanuelle De Gentili qui se contente de convertir au régionalisme la fédération corse du Parti Socialiste après avoir soutenu Manuel Valls ou qu’avec Jean Martin Mondoloni qui, il y a encore un an, justifiait son soutien à Alain Juppé en expliquant qu’en Corse toute sortie de crise impliquait de passer par Paris. Nous appartenons à une génération qui a fait sécession avec ces reflexes partisans et parisiens. Je suis quelqu'un de pragmatique. Pour moi, quand il y a un problème, il y a une solution. S'il y a un « problème corse », comme on aime à nous le rappeler à chaque élection présidentielle, alors c’est bien qu’il doit y avoir une solution et cette solution ne peut venir que des corses eux-mêmes.
 
- Quel est votre regard sur la présidentielle ?
- Au premier tour, nous avions pris acte de ne pas nous prononcer en faveur d’un candidat à la présidentielle. Déjà parce que les clivages nationaux nous divisent depuis trop longtemps au détriment de l'émancipation de la Corse mais surtout parce que nous cultivons la diversité d’opinions de nos militants. En effet, c’est tout à notre honneur d’avoir su réunir au sein de PUDEMU des régionalistes venus de tous les horizons politiques. C’est la preuve que l’on peut faire émerger une majorité de consensus en suivant la méthode de la coalition telle qu'elle a fait ses preuves en Catalogne par exemple. Mais la configuration du second tour de l'élection présidentielle nous a engagé à prendre nos responsabilités et à voter en stratège pour Emmanuel Macron même si, dans son approche de la question corse, il n'a pas su se montrer à la hauteur de Michel Rocard dont il était pourtant désigné comme l'héritier politique. Pour autant, la victoire de Marine Le Pen signifierait un coup d'arrêt dans la construction européenne et une régression sans commune mesure dans le processus de régionalisation.
 
- Du coup, qu'est-ce qui vous distingue des nationalistes ?
Dans notre projet, il n’est pas question de co-officialité de la langue corse, de statut de résident ou d’amnistie des prisonniers politiques pour la simple et bonne raison que nous soutenons telles quelles ces revendications historiques des nationalistes. Notre démarche n’aurait aucun sens si nous nous contentions de reprendre à notre compte ou d’aménager les idées que d’autres défendent depuis plus longtemps que nous et mieux que nous ne le ferons jamais. Il s’agit plutôt de diversifier l’offre régionaliste, à la fois pour s’y implanter durablement mais aussi pour se démarquer de ce qui s’y fait déjà. Dans nos propositions, cela se traduit par la constitution de la Corse en circonscription européenne à part entière, par l'élaboration d'un plan de modernisation de notre administration et de rationalisation de nos finances publiques, par la construction d’infrastructures financières, technologiques et agricoles d'économie collaborative ou encore par la création d’institutions autonomes qui intègreraient la représentation proportionnelle intégrale, la reconnaissance du vote blanc et des mécanismes de démocratie participative comme les référendums d’initiatives populaires. Sur tous ces sujets nous sommes précurseurs à l’échelle de la Corse, de même que nous y avons été le premier mouvement à soutenir l’idée d’un système de redistribution des richesses fondé sur le revenu de base de façon à nous émanciper de la complexité administrative actuelle qui accentue notre dépendance au pouvoir central de l’État.
 

- Quels sont vos objectifs pour les semaines et les mois à venir ?
- Dans moins d'un mois, le 28 mai prochain, nous organisons une réunion constitutive à Corte qui marquera la transformation définitive de ce qui était au départ un simple cercle de réflexion en véritable mouvement politique. Nous souhaitons occuper ce désert idéologique qui relève de l'articulation entre libéralisme et régionalisme car il y a une défiance réciproque vis-à-vis de l'État français, pas tant parce qu'il est français que parce que c'est un État centralisé, interventionniste et colonialiste. Nous nous posons donc en allié objectif de l'actuelle majorité territoriale et en partenaire potentiel de toutes celles et de tous ceux qui, comme nous, sont résolument et démocratiquement engagés en faveur de l’émancipation de la Corse dans le cadre de la construction européenne. Aujourd'hui, le tiers nationaliste de l'électorat insulaire ne suffit pas à engager la Corse sur la voie de l'émancipation que nous appelons de nos vœux. Il faut donc sortir du tripartisme traditionnel entre gauche, droite et nationaliste et le remplacer par un clivage constructif qui oppose sans ambiguïté les républicains de gauche et de droite contre des régionalistes de toutes sensibilités confondues. Mais pour que cette recomposition ait lieu, il faut éviter que les appels des nationalistes à élargir le projet autonomiste ne se limitent pas à des effets d'annonce.




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