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Paul Giacobbi : « Je n’ai pas à parrainer un candidat qui serait mon héritier ou mon héritière ! »


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 31 Mai 2017 à 20:27 | Modifié le Mercredi 31 Mai 2017 - 20:57


Après trois mandats au Palais Bourbon en tant que député divers gauche de la 2ème circonscription de Haute-Corse, le député Paul Giacobbi a décidé de ne pas se représenter. Estimant avoir pleinement joué son rôle dans ses deux domaines de prédilection, l’économie et les affaires étrangères, il a tenu, en pleine campagne des législatives, à dresser un bilan précis de son action durant ces quinze dernières années. Peu loquace sur le délitement de la gauche locale et nationale, il rejette toute implication dans la campagne en cours. Tirant à boulets rouges sur l’Exécutif régional qu’il accuse de ruiner la Corse, le toujours conseiller territorial explique, à Corse Net infos, qu’il n’est pas retiré de la vie politique et n’exclut pas de mener une liste aux élections territoriales de décembre.


Paul Giacobbi, député PRG sortant, de la 2ème circonscription de Haute-Corse, conseiller territorial et président du groupe Prima a Corsica à l'Assemblée territoriale.
Paul Giacobbi, député PRG sortant, de la 2ème circonscription de Haute-Corse, conseiller territorial et président du groupe Prima a Corsica à l'Assemblée territoriale.
- Vous ne sollicitez pas un 4ème mandat de député. Est-ce un retrait de la vie politique ?
- Non ! Ma vie politique n’est pas terminée ! J’ai estimé, qu’après trois mandats, je n’avais pas à me représenter. Je suis conseiller territorial et j’essaye de dire un certain nombre de choses utiles. On est dans le règne de la parole, de l’esbroufe et de l’inauguration de ce qui a été fait et inauguré depuis cinq ans ! Mais, il y a des réalités qui s’imposent à nous au plan territorial, comme au plan national.
 
- On ne vous a pas entendu sur l’élection législative. Prendrez-vous position sur votre circonscription ?
- Non ! Je ne prends pas de position particulière parce que je n’ai pas à parrainer une personne qui serait mon héritier ou mon héritière. Cela n’aurait aucun sens ! Je voterai comme citoyen. Ça n’intéresse personne de savoir pour qui ! Mon vote dans le secret de l’isoloir sera cohérent avec ce que je suis et ce que j’ai toujours fait.
 
- Sans adouber quiconque, n’avez-vous, quand même, pas une préférence pour un candidat ?
- Je n’ai pas à adouber quelqu’un ! J’ai des sympathies pour François Orlandi et Maria Guidicelli, tout le monde le sait. Mais ce ne sont, en aucun cas, mes héritiers ou mes filleuls ! Dans la circonscription, il y a des gens que je considère : Marie-Jeanne Fedi pour qui j’ai beaucoup d’amitié et d’admiration. Bien qu’elle ait été mon adversaire, Stéphanie Grimaldi mérite de la considération, elle défend ses idées avec sincérité et ténacité. Francis Guidici, qui est représentant d’En Marche, est quelqu’un que j’apprécie. Egalement, Jean Moghraoui, que je connais depuis longtemps, est quelqu’un de très sympathique, même si je ne partage pas ses idées.
 
- Votre repli a déchainé le chaos dans votre famille politique. Comment réagissez-vous aux dernières péripéties qui ont touché certains de vos amis ?
- Je n’ai pas à juger ! Il y a eu des tags sur la mairie de Ghisonaccia, c’est scandaleux ! On ne peut pas faire pression comme ça, mais si, d’après ce qu’a dit Francis Guidici, c’est lié à un problème local. S’il y a eu des pressions contre Pierre Guidoni, qui est un ami, c’est scandaleux aussi. D’ailleurs, ça n’a impressionné ni les uns, ni les autres ! Ensuite, on voudrait que je sois le parrain, le légataire, le léguant… Tout cela n’a aucun sens ! Des gens se présentent avec des étiquettes, les citoyens font des choix politiques. Je n’ai pas à exercer une influence envers tel ou tel.
 
- Pourquoi, alors que vous ne rempilez pas, ressentez-vous le besoin de présenter un bilan très précis de vos trois mandats ?
- Trois mandats, c’est très long ! Aujourd’hui, existe une volonté de renouveler la classe politique. Le président de la République et le mouvement En Marche considèrent qu’il ne faut pas investir une personne qui a déjà fait trois mandats et qu’il faudrait même que la loi lui interdise de se représenter. Rester 20 ans dans une position, ce n’est, effectivement, pas bon ! Faire un bilan, ça peut servir aux autres. Des tas de gens considèrent qu’être député, ce n’est rien, alors que c’est un travail immense ! Un rapport, que j’ai fait sur l’attrait de la France pour l’investissement étranger, a nécessité six mois de travail à temps plein ! Il faut humblement montrer la quantité et la qualité de travail qu’effectue un parlementaire digne de ce nom. Il y a au moins 20% de parlementaires de cet ordre-là à l’Assemblée nationale, il y en a beaucoup d’autres totalement hors sujet et il y en a au-dessous de la moyenne.
 
- Pour être un bon parlementaire, quels sont les écueils à éviter et les qualités à posséder ?
- Il faut, d’abord, parler, mais pas se faire mousser ! Les plus mauvais parlementaires sont ceux qui parlent beaucoup, à tort et à travers. En général, en dehors du Parlement, ils ne travaillent pas ! Ils disent à peu près tout et n’importe quoi, ils essayent de jouer les mouches du coche. Nous connaissons ça très bien, même en dehors du Parlement, nous le voyons tous les jours ici ! On inaugure des choses déjà réalisées depuis des années, on dit : « Regardez ce qu’on a fait ! », alors qu’on ne fait rien ! Etre un vrai parlementaire exige beaucoup de travail pour se forger une opinion. Il faut rechercher, avant tout, la considération de ses pairs pour être une voix écoutée et reconnue. Il faut, surtout, beaucoup d’humilité. Ce n’est pas simple !
 
- Quels ont été les points saillants de votre action ?
- J’en retiens deux, indépendamment de tout ce que j’ai pu faire pour la Corse où j’ai dessiné bien des combats institutionnels et constitutionnels. Ils n’ont pas réussi sur le plan constitutionnel, mais ça se fera un jour. Ils ont réussi sur le plan institutionnel, notamment la Collectivité unique. Le premier sujet saillant est la crise économique. J’ai été, de très loin, à l’Assemblée nationale, le premier, dès octobre 2007, à dire que la crise allait démarrer et durer 10 ans. Je suis souvent intervenu sur ces sujets, directement, indirectement, par influence, dans des discours publics ou des sessions d’enseignement dans différentes institutions universitaires ou autres… Le deuxième sujet concerne les Affaires étrangères, notamment l’Asie du Sud-Est, en particulier l’Inde où j’ai tout fait pour faciliter les relations avec la France, notamment à travers des voyages, des messages passés et des contacts très importants.

- Avez-vous un regret, un travail inachevé ?
- Non ! J’ai fait mon travail. J’aurais pu faire mieux, mais je constate qu’il n’y a pas beaucoup qui ont fait mieux ! De l’avis général, je suis considéré comme un parlementaire important qui ne s’est pas souvent trompé, qui a été excessif parfois, mais qui, dans l’ensemble, a été écouté. Il me reste encore beaucoup de travail à faire dans ce domaine et dans d’autres.

- Quel regard portez-vous sur l’état de la gauche qui, en Corse, a explosé aux dernières territoriales, idem au niveau national lors de ces présidentielles ?
- Je ne vois pas ce qui a explosé aux élections territoriales ! Il y a eu des divisions, mais nous sommes, néanmoins, arrivés en 2nde position avec 28% des voix. Ce n’est quand même pas si mal ! Au plan national, un ancien membre du Parti socialiste, qui a été ministre et soutien du gouvernement de François Hollande, est président de la République. Il y a, c’est clair, une recomposition avec un Premier ministre qui vient de la famille libérale, mais qui a appartenu à la Gauche en son temps, et une volonté de réformer. Ce n’est pas facile ! Il faut changer le code du travail, réformer les retraites, diminuer la dépense publique, faire des économies et être plus efficace. Tout cela ne se fera pas sans bousculer un certain nombre d’habitudes.
 
- Comment vous positionnez-vous par rapport à cette nouvelle manière macroniste de faire de la politique ?
- Tout le monde se réclame du macronisme qui, j’espère, n’existe pas ! J’ai été, de très loin, le premier, en Corse, à soutenir Emmanuel Macron et je l’ai parrainé. Avant même que son mouvement En Marche soit constitué, il savait qu’il pouvait compter sur moi. A l’époque, il n’y avait pas beaucoup de monde, les parlementaires se comptaient sur les doigts d’une main. Ça a marché, il a été élu président de la République. Il est maintenant à l’épreuve de la vie politique en responsabilité. Ce n’est pas facile ! Il a la volonté claire de redresser le pays, de réformer, de recomposer la vie publique, d’avoir d’autres priorités et de rassembler pour faire des réformes qui seront extrêmement désagréables, mais qu’il est indispensable de faire. Ou alors, on fait le Venezuela, comme le veut Mr Mélenchon, ou on verse dans un autoritarisme démagogique avec des idées rétrogrades et conservatrices, comme veut le faire Mme Le Pen.
 
- Pour revenir aux contingences locales, vous étiez considéré comme le grand patron de la gauche corse. Pensez-vous avoir conservé votre leadership ?
- Je n’ai jamais été le grand patron de quoi que ce soit ! Je n’ai jamais revendiqué de l’être ! Aujourd’hui, nous avons, en Corse, un gouvernement de la parole. L’action n’existe pratiquement pas. C’est le contraire de tout ce que j’ai toujours prôné dans ma vie ! On ne fait que continuer, en réduction, ce qui se faisait précédemment. Le programme d’investissements routiers, qui vient d’être voté, est le même que précédemment, ça fait des années qu’il s’exécute. Les gens commencent à s’en rendre compte d’autant qu’ils s’aperçoivent qu’entre temps, on a emprunté 270 millions € pour ne pas faire grand chose ! Alors qu’en 5 ans, on n’a emprunté que 30 millions €. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est la Cour des comptes ! On verra bien, aux élections territoriales, dans quel état sera la CTC (Collectivité territoriale de Corse). Je redoute qu’elle soit dans un triste état. Elle l’est déjà !
 
- Serez-vous candidat aux élections territoriales ?
- On verra ! Oui ! Sûrement ! Peut-être ! Sans doute ! Je n’en sais rien ! Tout peut arriver ! Et puis, il faut en avoir envie ! D’abord, dans l’état où sont les choses en Corse, un état de décrépitude ! Il y a un contraste entre un discours flamboyant et une réalité sordide. Ensuite, quand on a goûté à la liberté, a-t-on envie de retrouver des chaînes ? Ce n’est pas sûr ! Enfin, il faut que les électeurs en aient envie. Ils ont peut-être assez vu ma tête et ils ont besoin de renouvellement. La fonction élective ne devrait pas être une carrière ! Je constate que beaucoup de collègues parlementaires, et non des moindres comme le président de l’Assemblée nationale, des gens de talent, ont décidé de ne plus se représenter. Cela prouve qu’il y a un vrai besoin de renouvellement !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.

 



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