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« Pasquale de’Paoli : un mythe romantique » s’expose au musée de Bastia


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 27 Janvier 2016 à 23:59 | Modifié le Jeudi 28 Janvier 2016 - 01:02


Du 28 janvier au 5 mars, le musée de Bastia présente « Pasquale de’Paoli : un mythe romantique », une exposition temporaire bilingue, consacrée à la construction, dès la fin du 18ème siècle et pendant tout le 19ème siècle, du mythe du père de la patrie corse. La vague romantique s’empare de la figure de Paoli et la place au cœur de l’affirmation d’une identité corse fondée sur la création littéraire et les beaux-arts. Près d’une vingtaine d’œuvres d’art, documents et objets ont été réunis pour mettre en lumière la transformation de l’homme des Lumières en modèle romantique et en emblème de la Storia Patria. Explications croisées, pour Corse Net Infos, de Philippe Peretti, adjoint au patrimoine de la ville de Bastia et Sylvain Gregori, nouveau conservateur du musée et organisateur de l’exposition. Suivies d’une visite guidée en vidéo par Philippe de Peretti. Entrée gratuite.


Ariane Jurquet, responsable de la conservation du musée de Bastia, Sylvain Gregori, nouveau conservateur du musée, et Philippe Peretti, adjoint au patrimoine de la ville de Bastia, devant le fameux tableau du Général Paoli, peint par Thomas Lawrence, vers 1788.
Ariane Jurquet, responsable de la conservation du musée de Bastia, Sylvain Gregori, nouveau conservateur du musée, et Philippe Peretti, adjoint au patrimoine de la ville de Bastia, devant le fameux tableau du Général Paoli, peint par Thomas Lawrence, vers 1788.
- Pourquoi une exposition temporaire sur Pasquale Paoli ?
- Philippe  Peretti : Elle a, pour nous, deux intérêts. C’est, d’abord, l’occasion pour le musée de Bastia de montrer des objets qu’il conserve dans ses réserves et de les mettre en valeur. Ensuite, nous ne voulons pas célébrer une personnalité, un personnage, un moment de l’histoire, mais commémorer, c’est-à-dire donner du sens. Nous remercions tous ceux qui nous ont aidés dans cette exposition et qui, de toute la Corse, nous ont prêté des œuvres.
 
- Quelles œuvres, par exemple ?
- Philippe  Peretti : Les visiteurs découvriront le fameux portrait de Pasquale Paoli peint par Thomas Lawrence, à la fin de sa vie quand il était en exil à Londres. Ce magnifique tableau romantique nous a été prêté par le musée départemental. Egalement des œuvres et des documents importants provenant des ressources de la bibliothèque Prelà, la bibliothèque patrimoniale de la ville de Bastia. Enfin, les fameux pistolets de Pasquale Paoli qui n’étaient plus montrés depuis longtemps.

- Pourquoi avez-vous opté pour ce parti-pris romantique ?
- Sylvain Gregori : Le but du musée est de faire réfléchir le visiteur. L’intérêt n’était pas de présenter une nouvelle exposition sur Pasquale Paoli, cela a déjà été traité ailleurs et bien des fois, mais plutôt de présenter l’iconographie d’un personnage, d’un mythe, par le biais du romantisme. L’idée était de voir comment un phénomène international, européen, culturel et artistique qu’était le romantisme s’était emparé d’un personnage corse, comment il l’avait traité et quelle image il en avait donnée dans notre imaginaire collectif insulaire, et même européen, du 19ème siècle jusqu’à nos jours.
 
- En quoi Pasquale Paoli est-il un mythe romantique ?
- Sylvain Gregori : Pasquale Paoli est vraiment un opérateur symbolique qui a été pris en charge par la vague romantique. Celle-ci l’a utilisé à différents moments du 19ème siècle, principalement pour ce qui nous intéresse, à travers le mouvement de la Storia Patria. Ce mouvement historiographique de redécouverte de l’histoire de la patrie, en l’occurrence de la patrie corse, se retrouve, également, dans les arts, notamment la peinture et la sculpture à travers quelques unes des œuvres que nous présentons dans cette exposition. La plupart datent de la période romantique du 19ème siècle et quelques-unes de la période préromantique, fin 18ème siècle.
 
- Lesquelles ?
- Sylvain Gregori : Notamment le buste de Pasquale Paoli exécuté par Ignace-Louis Varese qui est le grand peintre et sculpteur bastiais de la première moitié du 19ème siècle. Ce buste date de 1840. Il est assez précoce et correspond à la vague romantique. Egalement un tableau de ce même artiste qui représente Pasquale Paoli et Napoleon dans une scène complètement inventée, anachronique, sans aucun fondement historique. On y retrouve pleinement la thématique du romantisme puisque les deux gloires du panthéon national corse se rencontrent dans une œuvre. C’est d’autant plus intéressant que se met en place, à cette époque-là, toute une reconstruction identitaire corse qui est une sorte de réponse au processus de francisation très amorcé à partir du Second Empire.
 
- Philippe  Peretti : Elle est due aussi à des grands auteurs italiens, qui ont participé au Risorgimento, et dont certains ont vécu en Corse en exil.
 
- Quels auteurs ?
- Sylvain Gregori : Francesco Domenico Guerrazzi, pour ne citer que lui, a écrit l’une des plus importantes biographies, romanesque certes et romantique, de Pasquale Paoli. Avec toujours ce double regard que l’on retrouve dans l’iconographie de Pasquale Paoli ! Ce regard ambivalent a servi aussi bien les tenants de la francisation que les opposants et les italophiles qui ont participé à la résistance culturelle face à ce processus.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 

Visite guidée de l'exposition par Philippe de Peretti.





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