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Les instances nationales du Parti socialiste réaffirment leur soutien à Emmanuelle De Gentili


Rédigé par Nicole Mari le Mardi 1 Décembre 2015 à 23:51 | Modifié le Mercredi 2 Décembre 2015 - 02:13


A cinq jours du 1er tour des élections territoriales, Christophe Borgel, député de Haute-Garonne, Secrétaire national du Parti socialiste (PS) chargé du pôle « Animation, élections et vie du Parti », est venu, mardi matin à Bastia, soutenir la liste d’Emmanuelle De Gentili et de Jean-Baptiste Luccioni, « La Corse qui ose ». Sa visite, qui était prévue avant le 15 novembre en compagnie du ministre de l’économie Emmanuel Macron et du premier Secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a été repoussée en raison des attentats de Paris. Christophe Borgel a salué la volonté de la patronne du PS local de faire émerger une gauche nouvelle, réelle, réaliste et claire et déploré l’absence d’union avec Jean-Charles Orsucci qui l’aurait boosté. Il explique, à Corse Net Infos, qu’il entend favoriser, si possible, un rassemblement des forces de gauche pour le 2nd tour, et n’exclut pas une alliance avec les Nationalistes.


Christophe Borgel, député de Haute-Garonne, Secrétaire national du PS chargé des élections, entouré d’Emmanuelle De Gentili et de Jean-Baptiste Luccioni, leaders de « La Corse qui ose ».
Christophe Borgel, député de Haute-Garonne, Secrétaire national du PS chargé des élections, entouré d’Emmanuelle De Gentili et de Jean-Baptiste Luccioni, leaders de « La Corse qui ose ».
 
- Pourquoi avez-vous tenu à venir en Corse, même tardivement ?
- Oui ! C’est tardif ! Nous avions prévu de venir en Corse à la mi-novembre. Les attentats tragiques, qui ont frappé notre pays, ont décalé l’ensemble de la campagne. Les Socialistes ont décidé d’interrompre leur campagne jusqu’à l’hommage national. Il n’y a eu, jusqu’à vendredi dernier, aucun déplacement d’aucun responsable national dans quelque région que ce soit. Mais, nous tenions à affirmer le soutien du PS à Emmanuelle De Gentili.
 
- Quel est l’enjeu de cette élection pour le PS en Corse ?
- L’enjeu est d’émerger, de se structurer, d’apparaître comme un des partis qui, à l’avenir, sera structurant dans la gauche en Corse. Ce n’était pas le cas jusqu’à présent où nous étions considérés comme une force d’appoint. Nous devons devenir une gauche qui s’affirme.
 
- Vous souhaitez faire émerger une gauche « nouvelle, réelle et réaliste ». Jusqu’à présent, la gauche corse ne l’était-elle pas ?
- Non ! C’est une manière de souligner que nous voulons faire émerger une gauche nouvelle qui repose sur trois volontés : une volonté d’un autre rapport aux citoyens et à la politique, une volonté de faire du développement économique de la Corse le cœur de notre programme, enfin une volonté de clarté sur les rapports entre la Corse et la République avec la prise en compte de la spécificité corse dans toute une série de domaines, mais pas l’indépendance ! C’est essentiel ! Sans le développement économique, on pourra tenir tous les discours sur la prise en compte de la spécificité corse, les spécificités auront du mal à rayonner.
 
- L’union de la gauche corse, qui avait permis de gagner le précédent scrutin, a explosé. Regrettez-vous la multiplication des listes ?
- Oui ! Mais, il était logique qu’il y ait la liste du président sortant et celle du Front de gauche. Je regrette surtout que l’on n’ait pas pu rassembler toutes les forces qui pouvaient concourir à une gauche nouvelle. Le risque, que l’on prend dans ces cas-là, c’est que le soir du 1er tour, tout le monde soit au-dessous de 5% et que personne ne puisse plus jouer un rôle au 2nd tour. Pour faire entendre cette voix dans le débat du 2nd tour, les électeurs doivent porter leurs voix sur Emmanuelle De Gentili.
 
- Vous parlez de rassembler l’ensemble de la gauche. Même avec Paul Giacobbi, qui, outre la lourdeur du contentieux, a largement ouvert à droite ?
- Paul Giacobbi est un parlementaire qui appartient clairement à la majorité nationale. Je n’ai jamais été contre le fait que la gauche arrive au niveau local à rassembler au-delà de ses rangs. Mais le cœur des choses doit être la gauche. Au soir du 1er tour, nous écouterons les éléments de clarification que chacun apportera.
 
- Pensez-vous vraiment qu’une alliance de 2nd tour reste possible avec les tenants d’un système qu’Emmanuelle de Gentili dénonce à longueur de meeting ?
- Il est clair que, dans la nouvelle gauche que nous défendons avec Emmanuelle De Gentili, nous défendons un autre rapport aux citoyens et un autre rapport à la gouvernance des collectivités territoriales. Mais, avant un 1er tour, je ne ferme pas les portes ! On regarde un 2ème tour avec les résultats du 1er tour. Chacun mène sa campagne. Dans le moment de gravité que connaît le pays, il faut éviter les polémiques politiciennes. Dans les batailles à mener, le PS n’est pas loin de réussir un premier pari de dépasser les 5% pour être présents au 2nd tour, peut-être les 7%. Il faut cravacher pour le faire ! Il nous reste une semaine.
 
- La fracture de la gauche est très profonde. Croyez-vous qu’il soit possible de la surmonter ?
- On m’avait déjà dit ça en 2010 ! J’ai été, au plan national, un des artisans du rassemblement autour de Paul Giacobbi qui a permis à la gauche de conquérir la collectivité territoriale. Il a fallu, à ce moment-là, de la détermination et une volonté de rassemblement. Cela reste possible dans des conditions différentes. Nous verrons avec nos représentants locaux. J’aurai, dimanche soir, un échange avec Emmanuelle De Gentili, de la même manière que j’aurai un échange avec les têtes de listes socialistes de toutes les autres régions, pour envisager le 2nd tour.
 
- Vous ne fermez pas les portes, sauf celles des Indépendantistes. Accepteriez-vous une alliance avec le mouvement nationaliste dans son ensemble ?
- Il faut être clair ! La prise en compte de la spécificité corse dans la République, la dimension d’autonomie dans la République, oui ! L’indépendance, non ! A chaque fois que la République a été au rendez-vous de la prise en compte de la spécificité régionale de la Corse, c’est quand la gauche était au pouvoir. Encore récemment avec les efforts sur le bilinguisme. Mais, toute majorité qui ferait de l’indépendance de la Corse un de ses éléments structurants, nous n’en serons pas ! Mais on peut renoncer, dans une majorité, à poser la question de l’indépendance. Par exemple, au Portugal, pour construire une majorité de gauche, la gauche radicale s’est dit prête à renoncer à ses exigences sur les traités européens. Ce n’est pas rien dans leur marque de fabrique ! On peut construire une majorité avec des gens qui font des pas.
 
- Le gouvernement de gauche, depuis le début de sa mandature, est resté très sourd aux revendications et aux votes de l’Assemblée de Corse. Est-ce un changement d’attitude ?
- Très sourd ! Cela ne me paraît pas évident quand je regarde la collectivité unique, les efforts en faveur du bilinguisme ou l’établissement public foncier ! Ce n’est pas parce qu’on ne dit pas oui à tout qu’on est sourd ! Entre ceux qui font des avancées et ceux qui avaient fermé toutes les portes, les Corses doivent voir la différence.
 
- Vous avez prononcé le mot « autonomie ». L’autonomie de la Corse est-elle envisageable pour le Socialiste que vous êtes ?
- Je ne veux pas me lancer dans un débat institutionnel au moment où l’on a fait une avancée sur la collectivité territoriale unique. Je n’ai pas pour habitude, avant de l’avoir fait vivre, de tout de suite sauter à l’avancée d’après. Pour le moment, faisons vivre cette collectivité unique, réfléchissons au développement économique, y compris en ne fermant pas la porte à un éventuel débat sur des évolutions fiscales, prolongeons les efforts sur le plan de la langue et de la culture… et nous aurons fait avancer les choses. Je crois à la prise en compte de la spécificité de la Corse dans la République. Ce n’est pas, pour moi, une question nouvelle. Je me suis occupé des langues régionales quand j’étais au cabinet ministériel de Jack Lang. Nous avions œuvré pour le développement des langues régionales, en particulier de la langue corse.
 
- Vous demandez aux électeurs de faire le geste citoyen d’aller voter. Pourquoi dites-vous que c’est une mobilisation contre les attentats ? Craignez-vous un fort taux d’abstention ?
- On sait que l’abstention progresse dans notre pays, élection après élection. Même s’il y une réalité particulière en Corse où le taux de participation est toujours supérieur à ce qu’il est sur le continent. Malgré tout, l’abstention progresse aussi en Corse. Ces élections interviennent dans un contexte très particulier. Des Barbares ont attaqué la République avec l’idée de nous faire peur, de nous mettre à genoux et de nous diviser en essayant, avec ces attentats commis au nom de la religion, de retourner la République contre tous ceux qui, dans notre pays, ont cette culture ou pratiquent cette religion. Il faut aller voter pour montrer, premièrement que nous n’avons pas peur, deuxièmement que la République est debout, troisièmement que nous refusons de donner la main à ceux qui portent cette division et répondent en écho aux terroristes. Ceux-là, comme le Front national, veulent nous démontrer que certains n’ont pas leur place dans la communauté nationale. Nous voulons, dans cette élection, réduire toute division de la République.
 
- Le score du FN flambe partout, même, pour la première fois, en Corse. Cela vous inquiète-t-il ?
- Oui ! Bien sûr ! Le vote Front National est le vote de la peur ! Il se nourrit des peurs. La peur vis-à-vis du terrorisme, la peur vis-à-vis du déclassement de la France, la peur vis-à-vis de l’incapacité de l’Europe à protéger ses frontières… Le FN ne cherche pas à y répondre par des solutions, mais à diviser la communauté nationale. A l’Assemblée nationale, il a refusé de voter la loi sur le renseignement qui renforçait les moyens de nos services dans la lutte contre le terrorisme. Au plan européen, il refuse de soutenir la mise en place du fameux PNR (Passenger Name Record, registre des noms de passagers). Ce fichier, qui permet de suivre le déplacement des voyageurs dans l’ensemble de l’Europe, est indispensable pour repérer ceux qui partent dans des zones, comme la Syrie ou l’Irak, où les foyers terroristes sont particulièrement actifs. Nous avons besoin que tous les Français montent à bord de la bataille contre le terrorisme. Nous avons besoin que, dans les lieux de culte musulman, on ne laisse passer aucun propos. Si nous disons à nos compatriotes de confession musulmane : « vous n’appartenez pas à la communauté nationale », comment voulez-vous qu’ils s’engagent ! Cette attitude de division, que porte le FN, est indigne et irresponsable ! Elle n’est pas conforme aux valeurs de la République !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 


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