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Jean Martin Mondoloni : « La droite corse doit renouveler ses idées, ses pratiques et ses hommes »


Rédigé par Nicole Mari le Dimanche 9 Juillet 2017 à 21:10 | Modifié le Dimanche 9 Juillet 2017 - 21:53


Peu après la fin des élections législatives et cinq mois avant les Territoriales, c’est le branle-bas politique dans les états-majors locaux, le temps des analyses, des remises en question et des stratégies à définir. La famille libérale, qui est sortie exsangue du dernier scrutin, n’a pu sauver en Corse qu’un siège sur quatre, celui d’Ajaccio. Sa division dans la 2ème circonscription de Haute-Corse, avec la double candidature de Stéphanie Grimaldi et de Jean-Martin Mondoloni, tous deux conseillers territoriaux du groupe « Le Rassemblement », l’a même privée d’une présence au 2nd tour. Si la première, secrétaire départementale des Républicains (LR), en rejette la responsabilité sur le second, le leader d’une « Nouvelle Corse », qui a recueilli 13,4% des suffrages, lui renvoie la balle. Il explique, à Corse Net Infos, qu’il faut tirer les leçons de l’échec et que la droite doit se refonder, si elle veut incarner une alternative crédible en décembre prochain.


Jean-Martin Mondoloni, conseiller territorial du groupe « Le Rassemblement » et leader d’une « Nouvelle Corse ».
Jean-Martin Mondoloni, conseiller territorial du groupe « Le Rassemblement » et leader d’une « Nouvelle Corse ».
- Quels enseignements tirez-vous du scrutin législatif au niveau local ?
- Cette élection a été marquée par une double empreinte, nationale et régionale. Au niveau national, dans la logique du quinquennat, les Français ont offert une large majorité au président de la République nouvellement élu. Au niveau de la Corse, c'est une logique présidentielle locale qui a prévalu. Les Corses ont clairement conforté la majorité territoriale. On pourra toujours expliquer que les Corses se sont trompés d'élections, le résultat est là ! Le peuple a toujours raison !
 
- A part Ajaccio, tous les candidats de droite, dont deux députés sortants ont été balayés. Certains parlent de « dégagisme ». Comment analysez-vous cette débandade ?
- C’est moins de la droite dont il s'agit que d'une volonté globale de renouvellement  clairement affirmée par le corps électoral. Soyons clair, aujourd'hui, les Nationalistes ont, mieux que les autres, incarné cette nécessaire oxygénation de la vie politique. Et si Ajaccio a  résisté, c'est précisément parce que Laurent Marcangeli et son entourage, par une présence active sur le terrain, n'ont pas laissé d'autres qu'eux porter le message du sérieux, du renouvellement et des convictions. Jean-Jacques Ferrara, avec sa personnalité, a su répondre à cette attente.
 
- Laurent Marcangeli dit que la droite corse a besoin de se rénover sous peine de disparaître. Etes-vous d’accord avec ce constat ?
- Laurent jouera un rôle déterminant dans les semaines à venir. Nous nous sommes récemment rencontrés et sommes en thèse sur l'essentiel : la droite corse a besoin de se refonder. Toute famille politique tient sur un trépied : des hommes, une pensée, une stratégie. Ainsi, un triple devoir nous appelle. Nous avons besoin de mobiliser une force militante active et désintéressée. Nous avons besoin de définir un tronc commun idéologique qui serve de doctrine et donne le sentiment d'appartenance à une famille. Enfin, nous avons besoin de définir un cap qui fixe l'orientation stratégique des mois et des années à venir. Pour ma part, je considère que nous n'avons pas besoin d'être scotché à des thèses parisiennes pour développer ce travail de fond.
 
- Que vous inspire le fort taux d’abstention des deux derniers scrutins ?
- Il appelle toutes celles et tous ceux qui sollicitent le suffrage universel à s'interroger en profondeur sur les raisons qui conduisent les citoyens à s'éloigner des urnes et certaines forces politiques à mieux mobiliser que d’autres. Si l'on veut éviter le risque d'avoir des responsables  mal élus, avec moins de la moitié du corps électoral qui s'exprime, nous devons collectivement mieux répondre aux exigences des citoyens, sans verser dans un populisme de mauvais aloi.
 
- Quel bilan tirez-vous de votre première participation aux Législatives ?
- Sans parti et sans exécutif, ni local, ni départemental, ni régional, j'ai su, en trois mois, gagné la confiance de 4 700 électeurs. Je ne cesserai jamais de les remercier tant ils ont su me donner ce qui manque aux convictions de tout homme public : l’onction du suffrage universel.  De l'avis général, ce score, qui fait jeu égal avec des forces de droite conventionnelle, est un résultat prometteur qui demande à être amplifié. C'est le sens des sollicitations que je reçois chaque jour, depuis le 11 juin, auxquelles le devoir commande de répondre.

- Une partie des Républicains rend votre dissidence responsable de l’échec sur votre circonscription et parle de stratégie « suicidaire et mortifère ». Avez-vous le sentiment d’avoir été suicidaire ?
- Depuis l'annonce de ma candidature, ma concurrente a, sans succès, basé sa stratégie de communication sur ma « candidature dissidente ».  En réalité, tout part d'une divergence assumée et revendiquée ! J'ai simplement exigé un processus de désignation transparent et local des candidats en affirmant que ce ne sont pas dix gogos parisiens qui peuvent continuer à  décider qui doit porter les espoirs de ma famille politique, ici, chez moi ! C'est si peu insurrectionnel que tout le monde ou presque en convient aujourd'hui ! Je passe sur les réactions grotesques évoquant à chaud des mesures d'exclusion : de quoi ? Par qui ? Pourquoi ? On ne le saura jamais ! Ceci, pour se rétracter discrètement quelques jours plus tard.
 
- Comprenez-vous l’« amertume » de Stéphanie Grimaldi ?
- Je veux être direct : après une élection, ce qu'on attend d'un responsable politique, c'est de tirer les leçons politiques d'un scrutin, pas d'étaler ses sentiments, ce dont tout le monde se moque ! En ce qui me concerne, mon analyse est sans détour : j'ai pris le pari risqué de démontrer qu'il existait, en Corse, un courant de droite régionaliste. J'ai réussi ce pari dans des conditions difficiles, où rien ne m'a été épargné, surtout dans mon camp ! En dépit de certains propos caricaturaux, je pense avoir clairement contribué à élargir l'offre de ma famille en faisant une campagne moderne, digne et décomplexée. Ce ne sont pas des exercices de  prestidigitation post électorales conduisant à additionner virtuellement des scores qui peuvent battre en brèche cette analyse. Au nom de quoi estime-t-on en 2017 que des suffrages peuvent s'agréger !
 
- Les mêmes à droite prônent l’union et le rassemblement  pour les Territoriales. Cela vous semble-t-il une bonne stratégie? Conduirez-vous votre propre liste ?
- Le premier devoir est de consulter celles et ceux qui exercent une autorité politique et morale dans ma famille, sans exclusive, y compris celles et ceux avec qui je ne passerai pas mes vacances ! À tous, je veux faire partager l'idée que nous devons bâtir une stratégie basée sur le renouvellement des idées, des pratiques et des hommes. Parce que c'est dans le respect d’une diversité assumée que nous devons agir, je continuerai sans relâche à faire valoir l'existence d'un courant régionaliste qui doit prendre toute sa part de l'effort de reconstruction. Cet accord stratégique conclu, nous pourrons parler de listes et d'individus. Prendre le problème autrement, c'est courir le risque d'une balkanisation de l'offre.
 
- Quels défis, la droite doit-elle relever pour incarner l’alternance ? Pensez-vous celle-ci possible en décembre ?
- Parce que la droite corse est orpheline d'un espoir, nous n'avons collectivement qu'un défi à relever : incarner une promesse d'avenir avec un projet résolument moderne et des talents nouveaux qui ne demandent qu'à émerger.
 
- Côté national, le président Macron a réuni le Congrès sans dire un mot sur la Corse. Le Premier ministre a fait le buzz en parlant de « vote identitaire ». Ces attitudes sont-elles inquiétantes pour les réformes dont la Corse a besoin ?
- Il est temps de revenir un peu sur terre ! L'élection de trois députés nationalistes n'a pas changé le regard que porte Paris sur la Corse ! Ce regard ne changera pas tant que l’on continuera à considérer que le triptyque « résident, coofficialité, amnistie », porté sur fond de volonté indépendantiste,  est l'alpha et l'oméga des revendications locales.  La campagne électorale, qui va s’ouvrir, doit permettre de lever les ambiguïtés et de bâtir une offre sérieusement ancrée dans les besoins de la Corse et des Corses. Même si, en responsabilité,  nous avons le devoir d'apporter des réponses à des questions sociétales majeures, il nous faut dépasser la politique des symboles.
 
- Quelles sont, pour vous, les priorités ?
- Je considère qu'il faut ériger, en priorité absolue, l'emploi, la formation, la santé et les transports. Sur ces points, je ne vois pas d'obstacles insurmontables à la reconnaissance de  spécificités qui exigent un traitement particulier dont la Corse a besoin. Même si la densité d’énarques, qui peuplent ce gouvernement, n'est pas de nature rassurante ! Il est vrai que la décentralisation des pouvoirs et la prise en compte de la diversité  ne sont pas l'ossature de leur formation intellectuelle !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 




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