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Jean-Guy Talamoni à l'université de Corse : "Le Paolisme est toujours présent et affleure"


Rédigé par Diana SALICETI le Mardi 5 Avril 2016 à 23:10 | Modifié le Mardi 5 Avril 2016 - 23:14


On aurait tendance à l'oublier, derrière le costume du président de l'Assemblée de Corse se cache bien sûr la robe de l'avocat, mais également celle du Docteur en Cultures et Langues Régionales. C'est à ce titre que Jean-Guy Talamoni a participé mercredi dernier à un cycle de conférences organisé par le Centre Culturel Universitaire et la Bibliothèque universitaire dans le cadre de l'exposition "La Corse des voyageurs, Impressions et récits (XVIIIème-XXème siècle). Une conférence d'une heure au cours de laquelle Jean-Guy Talamoni a évoqué les pensées et les textes fondateurs du XVIIIème siècle en Corse ainsi que leur actualisation.


L'opposition à Gênes à travers les textes politiques

Le président de l'Assemblée de Corse s'est exprimé pendant une heure sur  les pensées et les textes fondateurs du XVIIIème siècle
Le président de l'Assemblée de Corse s'est exprimé pendant une heure sur les pensées et les textes fondateurs du XVIIIème siècle
"Il ne faut pas oublier que la littérature du XVIIIème siècle est de langue italienne car le corse à l'époque n'est que parlé !, souligne Jean-Guy Talamoni. Même Pascal Paoli considère alors que le corse est une variété populaire de l'italien." C'est donc tout naturellement à la littérature italienne que participent les Corses du XVIIIème siècle. " Une littérature à forte valeur diplomatique car elle s'adresse à l'extérieur de la Corse, elle a une valeur de propagande." Jean-Guy Talamoni a cité à plusieurs reprises la Giustificazione della rivoluzione di Corsica, un ouvrage amplement médiatisé depuis que les membres de l'Exécutif de Corse ont prêté serment sur ce texte écrit au milieu du XVIIIème et faisant état de 164 cas d'injustices infligés par Gênes à la Corse. "Ces textes témoignent de la cristallisation de la tradition politiques corse au XVIIIème siècle autour du paolisme", explique Jean-Guy Talamoni. "La doctrine va être élaborée par des intellectuels corses, des "Spiriti" comme ils s'appellent eux-mêmes, afin de justifier la révolution corse contre les Génois." Si la doctrine est parfois élaborée par des prêtres des village, il est également question d' intellectuels corses, professeurs d'université dans la péninsule italienne ou encore ibérique. "Il s'agissait de théologiens de haut niveau qui appartiennent à la scolastique baroque, précise Jean-Guy Talamoni. Ils ont justifié la révolution corse contre les génois par une théorie de droit divin." Pour ce faire, c'est sur Thomas d'Aquin que certains vont s'appuyer :" Ce dernier admet avec Suárez que l'on puisse s'en prendre à un prince si il s'agit d'un tyran d'usurpation ou bien qu'il s'agit d'une tyrannie d'exercice. Or, Gênes est un tyran d'usurpation selon eux car elle n'administre pas la justice et les vindette sont très nombreuses, les impôts sont très lourds, il n'y a pas d"éducation accessible pour les Corses ...".
Selon Jean-Guy Talamoni, les Corses sont les premiers qui utilisent cette doctrine qui attaque le prince devenu tyrannique, c'est "le début du droit des peuples à disposer d'eux mêmes". La Giustificazione, parue en 1758, est l'aboutissement de ces idées au sein de l'Etat Paolien déclaré en 1755. "On essaie ainsi d'attirer la sympathie du reste de l'Europe contre Gênes", explique le conférencier.

La séparation de l'ordre ecclésial et politique sous Paoli

Jean-Guy Talamoni a rappelé que c'est à Gênes que Pascal Paoli a reçu son éducation. Son maître ? un certain Genovesi qui n'est autre que le traducteur italien de l'Esprit des lois de Montesquieu et qui défend une séparation de l'ordre ecclésial et politique. Le maître de Genovesi est Jean-Baptiste Vico, théoricien de l'éducation. "Il s'agit des pré-lumières italiennes, indique Jean-Guy Talamoni. Pour Genovese, l'éducation est la condition préalable à l'émancipation des hommes et des peuples."
Lorsque Paoli prend le pouvoir en 1755, il se souvient des ces thèses. "Paoli est un républicain d'un type nouveau", explique Talamoni. "Et il va emmener également la séparation de l'ordre ecclésial et politique. Une séparation que Thomas d'Aquin a permis ou encore Dante Alighieri. " Pas d'inquisition en Corse à cette époque mais plutôt la construction d'une "laïcité tranquille" avec l'éducation au centre de l'ordre publique. "Ce n'est pas rien pour l'époque, souligne Jean-Guy Talamoni. Et cela va inspirer considérablement Napoléon qui, jusqu'à ses vingt ans, n'est que Corse, paoliste et de surcroit anti-français. "
Le Docteur en Cultures et Langues Régionales a achevé sa conférence en rappelant que le XVIIIème a permis de cristalliser la tradition politique corse: "le paolisme est ancré dans les couches profondes de notre imaginaire et ces couches affleurent. C'est ainsi que nous avons décidé de prêter serment sur la Giustificazione, tous les Corses l'ont compris spontanément même ceux qui n'en avaient jamais entendu parler." L'objectif n'est pas selon Jean-Guy Talamoni "de renouer avec la tradition pour revenir au XVIIIème siècle mais afin de se projeter dans l'avenir." Et de rajouter : "les pensées politiques corses ont été certes structurées par une révolution mais pas par la française."
Une analyse que l'on retrouve dans son ouvrage publié après sa soutenance de thèse et intitulé : Littérature et politique en Corse. Imaginaire national, société et action publique".




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