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J.-C. Angelini : « La Corse est la région la moins décentralisée d’Europe »


Rédigé par Nicole Mari le Dimanche 20 Juillet 2014 à 18:16 | Modifié le Mardi 22 Juillet 2014 - 23:06


Le discours de la ministre de la fonction publique et de la décentralisation, Marylise Lebranchu devant l’Assemblée de Corse (CTC), vendredi matin, a été fraichement accueilli par les élus nationalistes. Jean-Christophe Angelini, président du groupe Femu a Corsica, conseiller général et conseiller municipal de Porto-Vecchio, revient, pour Corse Net Infos, sur la mise au point ferme qu’il a faite à la ministre. Il explique que les Nationalistes ne renonceront pas et que l’Etat a tout intérêt à consentir à l’évolution institutionnelle de la Corse.


Jean-Christophe Angelini, président du groupe Femu a Corsica, conseiller général et conseiller municipal de Porto-Vecchio.
Jean-Christophe Angelini, président du groupe Femu a Corsica, conseiller général et conseiller municipal de Porto-Vecchio.
- Le discours ministériel est en complet décalage avec les demandes que vous formulez. N’avez-vous pas le sentiment d’être dans deux mondes différents ?
- On ne peut pas encore parler tout à fait de deux mondes différents, plutôt de deux univers qui, pour l’instant, sont un peu en opposition. On peut parler de degrés d’exigences qui ne sont pas de même nature. Il y a, d’un côté, la volonté de traiter techniquement des problèmes graves qui peuvent faire l’objet de mesures techniques. Ce sera, d’ailleurs, le cas à un moment donné. Il y a, de l’autre côté une volonté politique indéniable, au sens de l’histoire et du mouvement qui existe en Corse depuis 40 ans. Elle consiste à vouloir tracer une perspective de règlement politique de la question corse et pas uniquement de réformes ou de mesurettes, comme c’est le cas à intervalles réguliers depuis 3 ou 4 décennies.
 
- Le premier temps, aujourd’hui, dans le cadre actuel, semble, plutôt, au règlement technique de problèmes techniques ?
- Nous voulons un règlement politique de problèmes fondamentalement politiques dans un cadre qui ne peut être le cadre actuel. Sinon, notre problème serait résolu depuis belle lurette ! Chacun sait que l’on ne peut régler la question de la coofficialité, de la terre, de l’économie, du fiscal, des Arrêtés Miot et du social que par une réforme de la loi fondamentale et, plus généralement, par une forte évolution institutionnelle. Ça ne peut pas être, encore une fois, une évolution à minima. La Corse évolue à ce rythme-là depuis 3 ou 4 décennies. Si nous voulons vraiment avoir des institutions pérennes, lisibles, efficaces dans un monde en crise, nous avons besoin d’une évolution rapide. C’est le sens de l’histoire.
 
- Pourquoi dites-vous que, finalement, la décentralisation en Corse n’est pas si avancée que cela ?
- J’ai voulu rappeler, avec Gilles Siméoni et d’autres élus, à la ministre que si nous étions, en Corse, dans la région à-priori la plus décentralisée de France, nous étions, aussi et surtout, dans la région la moins décentralisée d’Europe. Donc, ce n’est pas acceptable que l’on nous renvoie en permanence au droit actuel. Nous savons que toutes les îles comparables à la Corse en Méditerranée et en Europe ont des statuts différenciés qui, dans la plupart des cas, sont des statuts d’autonomie. Il faut arrêter de tourner autour du pot et offrir à la Corse la situation qu’elle mérite et qu’elle attend. Une solution qui passe par une mutation de la Constitution.
 
- Sans réforme constitutionnelle, toutes les solutions proposées peuvent-elles être efficaces ?
- Dans le cadre actuel, on ne peut pas aller très loin. L’Assemblée de Corse a voté, ces 20 dernières années, des centaines de motions qui, pour l’essentiel, sont restées lettre morte. Elle a fait des dizaines de propositions d’adaptations législatives et règlementaires qui, pour l’essentiel également, sont restées sans réponse. Elle a voté des plans stratégiques, des schémas, des cadres, des programmations de toute nature sans jamais avoir le début d’une solution efficace à l’ensemble des problèmes qui nous sont posés. Au contraire, au fil du temps, les choses se sont même aggravées. Aujourd’hui, les choses évoluent.
 
- C’est-à-dire ?
- Depuis 3 ans, la CTC a beaucoup travaillé en commission sur la langue, la terre, le culture, l’économie, le fiscal… L’Etat, aujourd’hui, n’a plus qu’une chose à faire, s’il veut respecter le fait démocratique et majoritaire : accompagner politiquement ce processus-là. Nous pensons qu’il en est capable pour peu que sa volonté politique soit au rendez-vous.
 
- Pensez-vous l’y amener ?
- Je ne désespère pas que, par le dialogue et le travail, nous parvenions à réconcilier ce qui nous oppose. Ce qui est certain, c’est que la tonalité générale du discours de Mme Lebranchu est assez différente de ce que nous avons pu connaître. Même s’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. Femu a Corsica a voulu rappeler quelles étaient ses exigences qui, je crois, recoupent celles de la majorité du peuple corse aujourd’hui.
 
- Ce « Non » répété, encore une fois, par Marylise Lebranchu ne vous inquiète-t-il pas ?
- Je ne vous cacherai pas que nous sommes, effectivement, assez inquiets. En même temps, nous savons l’exercice relativement contraint par les propos tenus récemment par le ministre de l’Intérieur et, plus généralement, par la doctrine de l’Etat, concernant la Corse, les îles et le fait régional, en général. Il faut, aujourd’hui, que cela évolue. Je crois que ça évoluera par le dialogue, mais également par un rapport de forces politique et démocratique. C’est largement à notre portée. Je crois que l’Etat a tout intérêt à y consentir également.
 
Propos recueillis par Nicole MARI



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