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Ghjuvan Filippu Antolini : "Le nationalisme est une solution pour la Corse."


Rédigé par Nicole Mari le Samedi 7 Janvier 2012 à 11:00 | Modifié le Vendredi 28 Décembre 2012 - 10:28


Candidat de Corsica Libera aux élections législatives de juin prochain dans la 1ère circonscription de Haute-Corse, Ghjuvan Filippu Antolini portera la voix du nationalisme dans une campagne électorale qui s’annonce très disputée. Face à des poids lourds comme le député sortant Sauveur Gandolfi-Scheit, Jean Zuccarelli et très probablement Gilles Simeoni, le candidat nationaliste veut faire entendre sa différence. Pour Corse Net Infos, il explique les raisons de sa candidature, les thèmes de sa campagne axée sur la vie chère et les rapports avec les modérés. Il affirme sa certitude que le nationalisme est la solution aux problèmes que connaît la Corse.


Ghjuvan Filippu Antolini : "Le nationalisme est une solution pour la Corse."
- Pourquoi avez-vous décidé d’être candidat aux élections législatives ?
- Je me présente aux élections législatives pour porter la voix du nationalisme corse et les propositions de mon mouvement, Corsica Libera. 
- La présence de candidats nationalistes dans ce scrutin a-t-elle fait débat au sein de Corsica Libera ?
- Nous avons choisi d’être présents dans ce débat d’idées qui va être important et médiatique, pour, bien sûr, faire le meilleur score possible et pour, si possible, être élus. Si nous sommes élus, nous serons les ambassadeurs de la Corse à l’Assemblée Nationale française afin d’y faire entendre la voix du peuple corse, qui est, bien trop souvent, interdite, et défendre au mieux ses intérêts. 
- N’y a-t-il pas contradiction entre cette volonté de représentation nationale et votre combat d’indépendance vis-à-vis de la nation française ?
- Aujourd’hui, le but, pour les Corses et pour le mouvement que je représente, est d’arriver à participer à l’Europe en tant qu’Etat et non plus en tant que simple région qui nous oblige à passer par Paris quand on veut monter à Bruxelles. Cette élection va nous permettre de développer nos idées, de les expliquer et, force est de constater, que beaucoup des idées que nous avons été les premiers à porter comme la langue corse ou, récemment, la citoyenneté, sont aujourd’hui reprises par l’ensemble de la classe politique. Ce serait dommage de laisser nos idées être portées par les autres. 
- Justement, que pensez-vous du pillage de vos idées par les partis traditionnels ?
- A partir du moment où la classe politique traditionnelle reprend nos idées, nous ne pouvons que nous en féliciter et constater que nous avions raison de les défendre et de les porter. Nous avons réussi à convaincre. Sur des thèmes comme la langue, la citoyenneté, le rapprochement des prisonniers, la société a compris que nous avions raison. Demain, elle comprendra que nous avons raison sur d’autres thèmes également et cela nous permettra d’avancer pour sauvegarder les intérêts collectifs du peuple corse. 
- Si vous, ou un autre nationaliste, êtes élu, ne craignez-vous pas de n’avoir aucune marge de manœuvre et de vous sentir un peu seul dans un hémicycle continental ?
- Si nous sommes élus, cela veut dire que nous avons réussi à convaincre les 300 000 habitants de la Corse de la force de notre message et de nos propositions, nous pensons bien pouvoir convaincre 500 députés français ! Plus sérieusement, il est bon qu’il y ait dans une assemblée des gens pour faire entendre aux autres la voix de la raison. Le fait d’être minoritaire n’empêche pas, bien au contraire, de s’exprimer et de poser les problèmes. Ce serait un message très fort adressé à l’Etat français que d’envoyer des députés nationalistes corses à l’assemblée nationale française !
- Pourquoi le Niolin que vous êtes a-t-il choisi de se présenter dans la 1ère circonscription de Haute-Corse et non dans la seconde ?
- Ce sont les militants qui m’ont demandé d’aller sur Bastia. Nous avons, dans la 2ème  circonscription, un excellent candidat, Petr' Antò Tomasi, qui était déjà sur la liste des Territoriales. Moi, c’est la première fois que je suis candidat. C’est, en quelque sorte, notre baptême de feu électoral.
- Tout le monde s’attendait à voir Paul-Félix Benedetti partir au front. Votre désignation a surpris.
- Oui. Mais le mouvement a choisi de ne pas multiplier les tâches et de laisser les élus territoriaux se consacrer à leur travail qui est énorme et qu’ils font très bien. Il a donc décidé d’envoyer dans ces élections des gens jeunes, qui ne sont pas élus, ceci également dans un souci de renouvellement des cadres. Notre mouvement montre qu’il a une relève à qui il fait confiance puisque la nomination des candidats s’est effectuée avec l’ensemble du mouvement, des militants et des dirigeants. 
- Pourquoi ce renouvellement des cadres ?
- Corsica Libera a trois ans mais il est l’héritier de 40 ans de nationalisme corse, 40 ans de lutte et des mouvements qui l’ont précédé. Un mouvement aussi fort que le nôtre a besoin, à un moment donné, de préparer des nouvelles générations et de renouveler ses cadres tout en s’appuyant sur les anciens qui ont l’expérience. C’est l’amalgame idéal pour arriver à une cohésion, à des résultats, pour porter nos idées, les défendre et convaincre les gens.
- Avez-vous choisi un suppléant ?
- Le mouvement est en train de choisir entre les candidatures qui se sont présentées.
- Pourrait-il être une femme ?
- Très certainement.
- Femu a Corsica va présenter des candidats dans chaque circonscription. N’aurait-il pas été préférable, stratégiquement, pour ce type de scrutin, de ne présenter qu’une seule candidature nationaliste ?
- Nous avons, lors des élections territoriales, tendu la main aux autonomistes, qui n’ont pas jugé opportun de reconduire les précédentes unions. Aujourd’hui, nous défendons nos revendications qui sont différentes et notre projet, Corsica 21, que nous sommes les seuls à avoir poser sur la table en échange du PADDUC, et qui demande encore à être débattu et amendé. Ce sera un de nos chevaux de bataille dans cette campagne électorale. Si demain, nous devons nous retrouver sur des revendications communes avec les autonomistes, nous le ferons. 
- Quelles sont vos revendications ?
- Nous allons au cours de cette campagne insister sur cinq point fondamentaux : la reconnaissance du peuple corse, la citoyenneté corse, la question institutionnelle et, bien évidemment, les prisonniers politiques. Nous le rappelons à chaque fois : il est hors de question d’envisager une sortie de crise sans régler le problème des prisonniers, sans leur libération. Enfin, notre campagne sera axée sur le thème de la vie chère, qui, aujourd’hui, pose un gros problème que ce soit au niveau de l’immobilier ou des produits alimentaires de première nécessité que l’on paye ici plus cher qu’ailleurs. Nous ferons, dans les prochaines semaines, des propositions concrètes pour diminuer ces prix afin que les Corses puissent vivre dignement sur leur terre. 
- Si vous n’êtes pas présents au 2ème tour, soutiendrez-vous l’autre candidat nationaliste, s’il est présent ?
- Nous ne sommes pas du tout dans l’optique de ne pas être présent au second tour. Si nous sommes au second tour, nous espérons, effectivement, être soutenus par les autonomistes.
- Pensez-vous réitérer sur ce scrutin intermédiaire votre score des territoriales ?
- Il est très difficile de comparer des élections qui ne sont pas comparables. Il est clair que la dynamique est de notre côté. Nous allons essayer d’aller le plus loin possible et je suis persuadé que les Corses entendront notre message parce qu’aujourd’hui, il y a de gros problèmes. Nous le voyons tous les jours, partout dans la rue, dès qu’il y a un problème et qu’il n’y a plus de solutions, c’est vers nous que le peuple se tourne car il sait que nous sommes l’une des solutions. Nous pensons qu’il nous donnera cette force politique dont nous avons besoin pour continuer à l’aider. Nous nous plaçons dans la perspective d’arriver en position de prise de pouvoir aux prochaines élections territoriales, y compris avec d’autres forces, pour gérer la Corse et apporter des solutions concrètes aux problèmes quotidiens. 
- Pensez-vous réussir à prendre le pouvoir seulement avec les forces nationalistes, sans faire d’alliance à droite ou à gauche ?
- Il est un peu tôt pour en parler. Mais si, avec 36 % des voix, nous continuons de travailler et de progresser, nous ne serons plus très loin de la majorité. 
- Certains prétendent que le score incroyable réalisé par les listes nationalistes aux Territoriales est plus un épiphénomène qu’une tendance de fond ?
- On ne fait pas un tiers des voix de l’électorat des habitants de la Corse par hasard ! Jamais le nationalisme corse, allié à l’autonomisme, n’avait atteint de tels scores ! Cela prouve un profond changement dans la société où les gens n’ont plus peur de voter pour leurs idées. Si nous arrivons à combattre la fraude électorale, nous aurons encore de belles surprises et de belles progressions parce qu’il ne faut pas oublier que la fraude électorale pèse aujourd’hui énormément sur les élections en Corse. Des professionnels, régulièrement condamnés pour cela, sont toujours en place.
- Que comptez-vous faire pour lutter contre cette fraude électorale ?
- Déjà, au delà des aspects techniques de cette fraude, il est important de développer la Corse parce qu’une grande partie de la fraude électorale joue sur le sous-développement. On promet à des gens des machines à laver, des appareils électroménagers, des bons de rationnement ou un emploi en échange de leur voix ou de leur procuration. C’est en luttant contre cette misère sociale avec des propositions concrètes concernant la vie chère et en apportant des solutions aux problèmes sociaux que nous arriverons à éliminer la fraude électorale. Il y a des moyens de vivre autrement que de vivre assistés et nous sommes là pour aider les Corses.
- Au niveau des présidentielles, trouvez-vous un candidat meilleur qu’un autre ?
- Il est difficile de répondre à cette question avant que tous les candidats ne soient désignés et qu’ils aient donné leur avis et leur projet concernant la Corse. Dans les scrutins précédents, certains présidentiables, comme Lionel Jospin, étaient porteurs de projet. Aujourd’hui, nous ne sommes plus dans le même cas de figure. Néanmoins, nous ne manquerons pas d’interpeller les candidats sur le sort qu’ils comptent réserver à la Corse pour nous déterminer si nous participerons ou pas et qui nous soutiendrons.
- Vue la gravité de la crise économique, la Corse semble être le cadet des soucis des présidentiables !
- Peut-être ! Mais 300 000 habitants vivent sur cette terre avec de gros problèmes, notamment de logement. 4000 habitants supplémentaires arrivent chaque année et ce n’est pas notre solde décès/naissance de 150 personnes qui explique ces arrivées. Les Corses ne peuvent plus se loger. Nous devons affronter une marchandisation à outrance de notre société avec la recrudescence de la vraie violence, celle des assassinats, du grand banditisme et du trafic de drogue qui prolifère. Pour les 300 000 habitants de cette terre, la Corse et son avenir sont importants. 
- Que peut-on concrètement faire contre cette violence ?
- Nous avons récemment fait des propositions basées notamment sur le principe de la citoyenneté et l’accès à la propriété. Les prix du BTP se sont envolés. Avant, on gagnait bien sa vie dans le BTP, maintenant on y fait fortune. Le secteur est réservé à des bandes mafieuses qui s’en emparent et n’hésitent pas à tuer pour obtenir des marchés. Cela rejoint le problème de la spéculation immobilière et de la bétonisation de nos côtes. 80 % des bâtiments neufs sont achetés par des gens étrangers, extérieurs à la Corse. Aujourd’hui, seule une habitation sur cinq est achetée par un résident corse. Il faut stopper cette prolifération et sauvegarder nos côtes. La mise en place de la citoyenneté corse et de dix ans de résidence effective pour obtenir l’autorisation d’accéder à la propriété permettrait de retrouver des prix normaux dans le BTP et l’immobilier et d’enrayer la dérive mafieuse de ce secteur. Il faudra continuer dans d’autres secteurs pour obtenir une situation plus pérenne. 
- L’assemblée de Corse s’est emparée de cette notion de citoyenneté, mais beaucoup sont sceptiques sur sa réalisation. Qu’en pensez-vous ?
- Je crois que lorsque la société corse sera convaincue, dans son ensemble, du bien-fondé de notre proposition, les choses iront toutes seules. L’ensemble de la société politique et civile doit nous rejoindre sur cette revendication pour arriver à la mettre en place et surtout préserver ce qui peut encore l’être.
 Propos recueillis par N.M.



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