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Ghjenti di nanzi in Livia : U preti e i ziteddi


Rédigé par Simon Dominati le Samedi 8 Février 2014 à 16:03 | Modifié le Samedi 8 Février 2014 - 16:20


En ce temps-là, l’église était encore pleine de vie et le clocher avait une voix. Une voix joyeuse le dimanche lorsque les cloches sonnaient à la volée, triste lorsque tintait « u murtoriu » pour annoncer, urbi, qu’un villageois venait de quitter ce monde. A Piazzona, la grande place de l’église n’était pas encore un parking envahi par les automobiles. C’était notre aire de rencontre, incontournable. C’est là que nous jouions des parties de foot interminables, que nous inventions nos premières feintes et que nous peaufinions la roulette pour faire passer le ballon d’arrière en avant par-dessus la tête, ma figure préférée. Souvent rapiécé, le ballon laissait une estampille sur le front à chaque coup de tête…


Ghjenti di nanzi in Livia : U preti e i ziteddi

Les jours de catéchisme, le curé venait compléter son effectif en ramenant à l’église les plus timides d’entre nous. Il connaissait ses ouailles et ne rabattait que les enfants des familles de croyants. Les plus dégourdis qui ne craignaient pas les représailles paternelles avaient déjà déguerpi, les enfants d’athées ne se faisaient aucun souci. Sur les bancs de l’église, saint Pierre, saint Paul et les autres ne nous en voulaient pas d’entrer par une oreille et sortir par l’autre : nous poursuivions mentalement notre entraînement de foot sans rien entendre de l’Evangile. Les filles étaient plus savantes que nous, les contraints et forcés, en matière religieuse.
Les jours de confesse, preti Lungaretti atteignait son quota hebdomadaire en procédant de la même manière. En bon sportif malgré sa soutane, il était capable de nous cueillir sur un sprint de cinquante mètres. Tel un faucon pèlerin, il choisissait ses proies et fondait sur elles pour les ramener, fermement tenues par le col, jusqu’au confessionnal pour faire repentance avant pénitence. En attendant notre tour, nous cherchions quelque péché en fouillant dans les véniels et les mortels qui figuraient sur la liste du missel. Certains avouaient le lourd fardeau de la luxure et n’apprenaient le vocabulaire qu’à la sortie de l’église après avoir été sérieusement sermonnés par le curé à travers le tamis du confessionnal. Lorsque nous étions à court de bêtises à se faire pardonner, nous inventions un chapardage de cerises chez Antonu Cardinali connu pour son cerisier précoce. Parfois les cerises n’étaient pas encore mûres et nous nous retrouvions à genou récitant des « je vous salue » ou des « notre Père » pour des prunes. Chacun repartait le cœur léger ou intrigué que le curé n’ait pas détecté nos mensonges farfelus. Lui, sans doute, soulagé d’avoir accompli sa mission de purifier nos âmes…

Pour rien au monde nous n’aurions manqué «a  pucena » délocalisée du lundi de Pâques. Chaque année nous partions en car pour découvrir un coin de Corse. Une année, ce fut la découverte de la mer du côté de Roccapina… Les plus hardis, déjà tarabustés par les hormones,  en profitaient pour draguer les filles. Bien avant Pâques, il fallait faire ses preuves de bon enfant de cœur car les places étaient limitées. La sacristie, d’ordinaire peu fréquentée, était pleine et les aubes manquaient pour habiller tout ce monde. Ces dimanches-là, l’autel était bien garni mais seuls les habitués avaient droit au claquoir, au carillon et au service des burettes. Le curé était aux anges mais cela ne durait pas avec l’arrivée du printemps et l’approche de l’été.

O jò curà, ceux qui ont évité ces parcours ne savent pas ce qu’ils ont perdu. On se faisait du cinéma en pestant contre vos méthodes et pourtant c’est bien du côté de la Piazzona à votre contact que nous nous sommes construits. C’est pour cela que ces souvenirs sont si présents, comme si c’était hier et que j’en souris encore aujourd’hui. Désormais l’église est fermée, le clocher ne tousse plus que de temps en temps sans que l’on sache pourquoi. La vocation n’est plus ce qu’elle était. Seuls quelques moines venus du Mexique ou d’ailleurs, basés au couvent Saint Damien de Sartène passent en Alta Rocca porter la parole de Dieu au gré de leur agenda

Peut-être notre chanoine, c’était son vrai titre, nous regarde-t-il de là-haut et nous attend de pied ferme pour nous tirer les oreilles encore une fois … mais complice, cette fois-ci !

 

*Le curé est un prêtre responsable d’une paroisse. Chanoine est une distinction honorifique comme des palmes ecclésiastiques, j’imagine.






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