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Front de gauche - PCF : « Nous sommes la seule liste de gauche qui n’a pas honte d’être à gauche »


Rédigé par Nicole Mari le Lundi 30 Novembre 2015 à 23:44 | Modifié le Mardi 1 Décembre 2015 - 02:53


Plus de 200 personnes, lundi soir, au péristyle du théâtre de Bastia, pour le dernier meeting de campagne du Front de Gauche-PCF. A six jours du premier tour des élections territoriales, Dominique Bucchini, président sortant de l’Assemblée de Corse, et ses colistiers ont martelé, une nouvelle fois, leurs thèmes de prédilection : la justice sociale, la lutte contre l’austérité et l’ultralibéralisme européen, le refus de la réforme institutionnelle, de la collectivité unique, du transfert de fiscalité, du statut de résident et de la corsisation des emplois, le nomadisme politique… Dans leur viseur : le patronat, la droite, les Nationalistes, mais aussi les anciens alliés d’hier, nationaux et locaux, comme le gouvernement socialiste, l’Exécutif régional, les autres listes de gauche et les transfuges.


Dominuque Bucchini, tête de liste Front de gauche - PCF, entouré de ses colistiers, chante La Marseillaise..
Dominuque Bucchini, tête de liste Front de gauche - PCF, entouré de ses colistiers, chante La Marseillaise..
C'est par une minute de silence pour les victimes des attentats de Paris du 13 novembre qu'à débuté le meeting du Front de gauche – Parti communiste, le dernier d’une campagne électorale qui s’avère assez difficile pour la gauche tant nationale que locale. La divulgation, quelques minutes plus tôt, du deuxième sondage Opinion Way, commandé par FR3 Via Stella-RCFM, sur le 1er tour de scrutin, n’a pas entamé la détermination, ni des militants présents que l’on sentait assez remontés, ni des conseillers territoriaux sortants qui n’ont pas ménagé les appels à l’électorat. Pourtant, le sondage ne crédite la liste conduite par Dominique Bucchini que de 7% des intentions de vote (contre 10% en 2010) et laisse poindre la déroute de la gauche. Seuls deux intervenants, les conseillers territoriaux sortants, Michel Stefani et Josette Risterucci, y ont fait allusion, le premier de manière directe, l’autre en concentrant ses attaques sur le gouvernement socialiste, jugé responsable de la montée du Front National. Les interventions se sont surtout concentrées sur les thèmes récurrents du Front de gauche et ont donné lieu à un véritable tir nourri qui n’a épargné personne.

Francis Riolacci.
Francis Riolacci.
Un enfer social
Le premier à ouvrir le feu est le conseiller municipal bastiais, Francis Riolacci, qui, d’emblée, tire à boulets rouges sur l’Exécutif de Corse, qui a donné « la priorité aux questions institutionnelles au détriment de la vie quotidienne de la population ». Il le fustige d’avoir orchestré « la mise à l’écart du peuple pour le choix de la collectivité unique décidée sans référendum. Beaucoup de citoyens ont pu avoir le sentiment que les jeux étaient faits et que la mandature de deux ans ne les concernerait pas, qu’elle serait consacrée encore davantage aux institutions et non aux préoccupations sociales. La tentation de s’abstenir est très forte ». Il demande aux abstentionnistes de réfléchir à l’avenir que dessinerait pour la Corse le patronat local, accusé de vouloir « ubériser, du nom de la société de taxi Uber » les salariés. « C’est un avenir où il n’y aurait ni droit, ni garantie pour les salariés qui seraient taillables et corvéables à merci… Le travail serait source d’appauvrissement et d’affrontement entre les pauvres. Le patronat insulaire prévoit un enfer social pour la majorité des Corses. Il réclame encore plus de précarité et de ressources fiscales prélevées sur les ménages. Il est devenu corsiste ! ».
 
Un piège et une arme
Pour l’élu bastiais, le patronat utilise, à ce dessein, la réforme institutionnelle et le piège de la collectivité unique qui « est devenue l’arme pour tous ceux qui veulent détruire le modèle national français et casser les conquêtes sociales… Ses candidats figurent sur les listes des élections territoriales et désignent le code du travail, les cotisations sociales, l'emploi public et les collectivités locales comme autant de freins à l'économie. Le patronat insulaire entend installer sa domination sur la société toute entière ». Il s’en prend, ensuite, au Front National et aux Nationalistes : « Quelle différence faites-vous entre la peur agitée par le Front national au nom de la submersion migratoire et celle agitée par les Nationalistes dit modérés de la submersion démographique ? ». Il lance un appel au monde du travail et aux syndicalistes : « Dimanche prochain, le choix pour les Corses est l'enfer social dans lequel les Libéraux de droite et de gauche, Corsistes de tous poils, veulent les plonger pour longtemps ou, avec Corsica in cumunu, le seul choix qui permettra aux Corses, aux précaires, aux retraités, aux salariés du public et du privé de se faire entendre pour un autre avenir et pour défendre les valeurs universelles qui ont fondé la nation française ».
 

Etienne Bastelica.
Etienne Bastelica.
Des moments terribles
Le conseiller territorial sortant et président du groupe à l’Assemblée de Corse, Etienne Bastelica, tire la seconde salve sur l’économie et le patronat : « La situation est grave. Si, par malheur, aujourd’hui, le Front de gauche baisse en influence, que ce soit en Corse ou sur le continent, il y aura des moments terribles ! On veut casser tous les acquis qui nous sont venus de la résistance. La finance a gagné idéologiquement. Il y a un recul fondamental de la solidarité nationale, des lois sociales et une grave remise en cause de notre façon de vivre. Ce mouvement politique est dangereux pour la démocratie et les libertés. Il faut se battre et dénoncer ce qui se passe. Il y a une liste de gauche se veut bien identifiée, qui se veut une liste combattante et qui n'a pas honte d'être à gauche, c’est celle conduite par Dominique Bucchini »
 
La modernité, c'est nous !
A sa suite, Vivianne Biancarelli, plaide pour « la construction d’une Corse généreuse et ouverte, qui ne se cache pas derrière son identité pour éluder les problèmes économiques et sociaux, une Corse résolument tournée vers le monde qui rejette le repli mortifère ». La conseillère territoriale sortante récuse les moqueries dont, affirme-t-elle, les Communistes font l’objet : « Si vous refusez d'être corvéable à merci, si vous plaidez pour vos droits, pour un service public performant, pour l’égalité entre les citoyens, pour l'éradication de la misère… vous êtes archaïques, c'est la doxa libérale qui le dit. Ils sont le passé, nous sommes l'avenir. Ils ne feront rien de neuf. La modernité, c'est nous ! Pas de Corse nouvelle avec les tenants du libéralisme ! Tant que le monde sera ce qu'il est, il y aura toujours des hommes et des femmes comme nous pour le refuser ».

Michel Stefani.
Michel Stefani.
Le rejet des modèles
Autre conseiller territorial sortant, Michel Stefani revient sur les attentats de Paris, refusant « les amalgames diviseurs, opposants les citoyens entre eux ». Pour lui « construire un monde meilleur » commence avec ces élections régionales et « l'affirmation du combat progressiste contre le libéralisme débridé, l’inégalité, l’exclusion et le repli identitaire ». Il rejette, successivement, le système qui privilégie le profit contre l'humain, le modèle de société de Corsica Libera « fondé sur la croyance chrétienne et l’intégration conditionnée par la maîtrise de la langue et dix ans de résidence », le discours lepéniste « qui transpire la démagogie et la haine », le modèle économique de la droite « qui repose sur la promotion de l’activité touristique et le tourisme de luxe… qui a poussé à la spéculation et aux dérives mafieuses. Qu’elle soit présente à temps plein ou qu'elle ne le soit pas, la droite ne doit pas revenir au pouvoir ! », et le Riacquistu économique de Femu a Corsica.
 
Une gauche de combat
Au passage, il éreinte l'Exécutif dans « la casse de la SNCM » et « la lourde responsabilité » de Paul Giacobbi qui « s’est soumis aux injonctions de Bruxelles contraires aux compétences de la CTC en matière de transport » et « vote tout ce que le gouvernement propose ». Il estime que les résultats du sondage défavorables à la gauche sont les conséquences « d’une forte déception entretenue par la politique d’austérité et les renoncements de François Hollande. La progression du FN traduit ce désarroi et la radicalisation d’une partie de l’électorat de droite. La stagnation des Nationalistes et le recul de Paul Giacobbi infirment les choix qui ont privilégié la réforme institutionnelle au détriment de la question sociale… Il reste cinq jours pour convaincre de l'intérêt du vote en faveur de la gauche de combat ».
 
Mal à la Corse !
Pour l’élue territoriale sortante, Josette Risterrucci, la montée du FN est imputable au gouvernement : « Aujourd'hui, la Corse subit le choc de la politique d'un gouvernement de gauche, qui n'a rien de gauche. Ils sont en train de faire monter le FN et ils le font exprès. Ils s’imaginent qu’entre Le Pen et les autres, les électeurs vont choisir les Républicains ou les Socialistes. Non ! Les électeurs vont choisir Le Pen ! Il y a quelques années, les Corses ont mis le père dehors. Aujourd’hui, j'ai mal à la Corse ! Tout ça est du à toutes les inégalités que les gens vivent ! C’est parce qu’il n’y a plus de parti communiste fort que la France, que la Corse sont dans cet état-là ! C’est une honte ! », s’écrie-t-elle. Avant de tirer une salve sur la collectivité unique : « Il faudra qu'on m'explique comment on peut faire mieux avec moins d'argent ! C’est prendre les gens pour des imbéciles ! Ce n'est pas la collectivité unique qui donnera un logement ou un emploi. Ce n'est pas parce qu'on va parler corse ou chanter corse qu'on va changer les chiffres du chômage. On vous trompe ! ».
 

Dominique Bucchini.
Dominique Bucchini.
Champions de France
La vérité, c’est ce que Dominique Bucchini entend dire aux électeurs tout en réaffirmant le sens de la démarche communiste : « La Corse a des problèmes spécifiques qui appellent des réponses adaptées, mais elle n'est pas sous cloche. Il n'y a pas de solutions corso-corses ! ». Ceux qui cachent la réalité de Corse, déplore-t-il, « n'ont pas un discours citoyen respectueux des électeurs en ne leur disant pas la vérité. Nous sommes champions de France de la précarité et des inégalités. Concernant le revenu médian entre le Corse le plus pauvre par rapport au plus riche, nous sommes en tête des inégalités devant la région parisienne. Il faudrait une honnêteté intellectuelle qui n’a pas prise sur certains candidats ! La liste Front de gauche veut être le bouclier social dont la Corse a besoin. Résister et construire, voilà ce que nous proposons à ceux qui ne se résignent pas ».
 
Cucchi et falchi
Puis, le président sortant envoie, avec un humour mordant, un feu d’artifice de charges finales. Contre la collectivité unique : « Nous nous honorerons d'avoir été les seuls à voter contre la collectivité unique qui est contraire aux intérêts du peuple corse. Ceux qui prétendent lutter, ainsi, contre le clientélisme, et qui vont voter pour ce type de réforme, vont voter pour l'avènement du nouveau roi de Corse ! Il va pouvoir faire les sénateurs et les députés. Ce n'est pas l'acte 3 de la décentralisation, c'est l'acte premier de la concentration des pouvoirs ! Nous sommes la seule région de France où on supprime les départements. Nous sommes des cobayes ! ». Sur les élus corses qui ont, il y a six mois, voté à l'unanimité pour le référendum et l’ont, depuis, jeté aux oubliettes : « Tous ces gens qui parlent à longueur de journée avec la démocratie sur les lèvres et la fleur aux dents : Cucchi et falchi, tutti quant'elli so ! Tous ceux qui n'en finissent pas d'être dans la com’ ou dans l'imposture ne disent rien. Nous sommes la seule liste qui parle vraie, la liste de la clarté et de la démocratie en mettant les problèmes sur la table ».
 
Du vent, du vent
Contre les élus qui ressassent le passé : « A l'assemblée de Corse, il y a des éoliennes en marche, il y en a beaucoup, du vent, du vent, du vent… On parle toujours de la même chose, on ne parle jamais de système capitaliste, de compétitivité…, si ce n’est sur nos bancs. Il faut changer les choses ». Contre les transfuges électoraux : « On a, en Corse, une classe politique qui a des comportements sujets à caution. Regardez bien les listes. Il y a des gens, qui, pour les élections départementales, étaient politiquement d’un côté, aujourd’hui, vous les trouvez de l'autre côté de l'échiquier politique. Pourquoi ce changement brutal de température ? On s’allie avec n’importe qui, on va refaire le monde, au moindre problème, on s’en va, on n'arrive pas à faire une liste, on revient ! Cette classe d’élus est atteinte de nomadisme politique. Elle ne respecte pas les électeurs ! Gérer une collectivité à gauche ou à droite, ce n'est pas la même chose. C'est du pain béni pour Marine Le Pen ! »
 
L’appel aux électeurs
Dominique Bucchini conclut en renouvelant l’appel aux électeurs et aux militants : « L'élection du 6 décembre est terriblement importante pour la Corse. Il y a des gens qui sont nés dans la politique, de père en fils, de mère à grand-mère. Il y a des gens en attente qui ne rêvent que de ça : être roi de Corse. Il faut la leur faire tomber, taper et taper fort, aller parler aux voisins, aux parents, expliquer qu'elle est la véritable réalité de la Corse. Si vous nous donnez assez de force, les problèmes sociaux vont rentrer à l'assemblée de Corse. Plus nous serons nombreux, plus nous serons forts, plus les réalités de la Corse s’imposeront ! ».
Le meeting se clôt sur la Marseillaise et l'Internationale, entonnées par toute la salle.
 
N.M.
 




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