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François Tatti : « L’Office HLM a trop longtemps été un outil électoral ! »


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 5 Novembre 2014 à 22:57 | Modifié le Mercredi 5 Novembre 2014 - 23:41


Un rapport d’inspection de la MIILOS (Mission interministérielle d’inspection du logement social), effectué en juillet dernier, éreinte la mauvaise gestion de l’Office public de l’habitat de Haute-Corse (OPH). Un office HLM qui fut, au cœur de la campagne des Municipales bastiaises, accusé, par l’opposition d’alors, d’être une machine électorale au service de l’équipe Zuccarelli. La MIILOS confirme les nombreuses irrégularités : absence de rigueur, gestion défaillante, sureffectif, rémunérations et absentéisme trop élevés, mauvais état du parc immobilier, non-respect des règles d’attribution des logements sociaux, appartements vacants... Réactions, pour Corse Net Infos, de François Tatti, président de la Communauté d’agglomération de Bastia (CAB) qui enfonce le clou.


Louis Pozzo di Borgo, adjoint au maire de Furiani, président de la commision de la CAB en charge du logement social, François Tatti, président de la CAB, et Michel Rossi, maire de Ville-di-Pietrabugno et vice-président de la CAB.
Louis Pozzo di Borgo, adjoint au maire de Furiani, président de la commision de la CAB en charge du logement social, François Tatti, président de la CAB, et Michel Rossi, maire de Ville-di-Pietrabugno et vice-président de la CAB.
- Après toutes les polémiques électorales sur l’office HLM, le rapport de la MIILOS vous apprend-il quelque chose ?
- Soyons clairs : ce rapport ne nous apprend rien ! Il ne nous étonne absolument pas ! Tout ce qui est dit : la gestion archaïque, les bâtiments mal entretenus, les travaux pas réalisés quand il fallait, le patrimoine dégradé, le service locatif inefficient, l'attribution des logements clientéliste… Tout cela, nous le savons ! Pour autant, tout n’est pas noir ! Sous la présidence d’Ange Rovere, des habitats ont été construits, quelques travaux ont été effectués avec des améliorations par ci, par là… Mais, au final, après 40 ans d’action sur la commune de Bastia, on constate que l’Office HLM a fonctionné pendant des décennies comme un outil électoral et pas suffisamment comme un outil politique de gestion de l’habitat.
 
- Vous aviez dénoncé le très mauvais état des logements et les conditions de vie des habitants. La MIILOS confirme-t-elle vos dires ?
- Oui ! Même s’il ne dit pas tout, le rapport ne fait que traduire la réalité des problèmes, ce que nous avons vu sur le terrain pendant toute la campagne électorale. Le pire des problèmes est que le patrimoine s’est dégradé. Il n’a pas été entretenu. Des immeubles n’ont jamais été réhabilités en 40 ans. Certains, comme ceux de Saint-Antoine ou des Pléiades à Montesoro, ont 25 ans, mais sont vétustes comme s’ils en avaient 50 ! Ce qui n’arrive jamais nulle part ! L’argent a été dépensé. Des travaux ont été faits… mais pas au bon endroit ! Certains ont été mal réalisés au départ !
 
- Qu’est-ce qui a permis cela ?
- L’approximation, des travaux mal évalués, des financements mal constitués, des entreprises pas surveillées, des services techniques inconsistants, des services de gestion locative approximatifs… Le rapport ne fait que décrire la cuisine intérieure qui a conduit à la déshérence actuelle. Pendant un temps, ces carences de gestion ne sont pas apparues au grand jour. Mais, depuis, une dizaine d’années, les problèmes s’accumulent. Aujourd’hui, on paye au prix fort les carences accumulées pendant des décennies. Les logements ne correspondent plus aux besoins minimaux, sociaux.
 
- Mais comment expliquez-vous une si mauvaise gestion ?
-  L’Office HLM a trop longtemps été un outil électoral ! Le souci de faire en sorte que les gens soient bien logés et en capacité de se chauffer à moindre frais chez eux n’a pas primé. L’office HLM n’a pas été géré comme un outil moderne de gestion d’un patrimoine alors qu’il est le principal outil de politique social de la CAB et de la Haute-Corse. Quels problèmes avons-nous aujourd’hui ? L’emploi et le logement ! Si votre outil, qui a la possibilité de résoudre un des deux problèmes majeurs, ne fonctionne pas correctement, vous êtes à côté de la plaque ! Avec les lois sur l’obligation d’isolation thermique, le secteur privé offre des logements basse consommation qui s’avèrent plus intéressants que les logements sociaux car les habitants ne payent pratiquement rien pour leur chauffage.
 
- C’est-à-dire ?
- Je ne veux pas accabler seulement l’Office HLM parce que tous les organismes sociaux sont dans la course. L’Office HLM pratique des prix très bas et est le seul, dans certains cas, à apporter des réponses sociales grâce à des loyers de sortie, APL (Aide personnalisée au logement) déduite, entre 50 et 250 €. Ce gain sur le loyer est détruit par l’impossibilité qu’ont les gens de se chauffer. S’ils se chauffent, étant donné que leur appartement est une passoire thermique, ils dépensent des prix fous qui annihilent le gain sur le loyer. Beaucoup n’utilisent plus le chauffage ou alors achètent des appareils dangereux, voire interdits, qui fonctionnent à l’essence et permettent d’enlever un peu d’humidité dans les chambres avant d’aller se coucher. Ils vivent dans leur logement en étant habillés comme s’ils étaient dehors ! Ces conditions de vie sont insupportables, indécentes !
 
- L’utilisation de l’Office HLM comme outil électoral transparait-elle dans le rapport ?
- Absolument ! Un des gros problèmes pointés par ce rapport est l’opacité du fonctionnement de la Commission d’attribution des logements. Il n’y a pas de choses dramatiques dans le sens où il n’y a pas de Rothschild qui habite dans ces logements sociaux ! Les personnes logées sont dans le besoin et ont droit à ces logements. Sauf que les attributions se font sans critères objectifs, ni d'ancienneté de demande, ni d’urgence sociale, ni de difficulté particulière… Certaines demandes aboutissent, sans raison, au bout de 15 jours alors que d’autres demandes, qui datent de 2 ou 3 ans et émanent de gens qui sont dans des conditions toutes aussi précaires, ne sont pas satisfaites. Cela crée un sentiment d’injustice qui n’est pas acceptable !
 
- Ces problèmes dénoncés à Bastia touchent-ils aussi d’autres communes de la CAB ?
- L’Office HLM est un office départemental. Il a construit ailleurs, donc, les problèmes se posent sûrement ailleurs aussi. Chaque maire et chaque majorité politique réagissent à leur manière sur leur territoire.
 
- La nouvelle majorité bastiaise a promis de changer ces règles d’attribution. Que fait-elle pour cela ?
- Nous travaillons pour que cette promesse soit tenue, pour que l’ensemble de la problématique de l’habitat social puisse, enfin, trouver une réponse. Je n’attaque ni les élus, ni les fonctionnaires de l’Office HLM ! La campagne électorale est terminée. La question, aujourd’hui, est comment sortir de cette situation. La CAB est au cœur du dispositif de gestion de l’habitat sur le territoire. Elle élabore le plan local d’habitat, subventionne les opérations d’habitat social et garantit les prêts. Nous allons poser des conditions à son intervention.
 
- Lesquelles ?
- Nous n’interviendrons que s’il y a une transparence et une équité dans l’attribution des logements sociaux. On ne peut pas continuer à laisser faire à la tête du client ! La Préfecture a écouté le message qu’avec le maire de Bastia, nous avons envoyé. L’Office a commencé à travailler pour faire des propositions d’amélioration des critères d’attribution. Nous ferons nos propres propositions de critères. Si nous nous mettons d’accord, les critères seront entérinés et deviendront la règle de droit qui s’impose à tout le monde.
 
- Y-a-t-il d’autres conditions à votre intervention ?
- Toutes les constructions d’habitat social, qui demandent des garanties d’emprunts à la CAB, doivent faire l’objet d’une réflexion en amont et correspondre à nos critères de mixité sociale, de prix de loyer de sortie et de gamme de produits. On peut faire du social en accession à la propriété, pour diverses catégories sociales, pour des jeunes ménages, des premiers salaires… et même du très social pour des gens qui sont dans des situations catastrophiques.
 
- Pourquoi dites-vous que l’Office HLM n’est pas seul responsable ? Qui incriminez-vous d’autre ?
- Je vais adresser un courrier à un autre organisme social que l’ancienne majorité a subventionné en se targuant de faire du social, sauf qu’il loue des T2 de 55 m2 à un loyer de 600 €. Ce n’est pas du logement social ! C’est de l’argent social jeté par les fenêtres ! Nous ne subventionnerons pas ces opérations qui sortent des logements à ces prix-là ! Le marché privé le fait très bien sans subvention. Cela fait partie des problématiques que nous poserons autour de la table lors d’une réunion, prévue début décembre, avec l’ensemble des bailleurs et des acteurs sociaux pour leur dire ce que nous voulons, sans animosité, mais en toute transparence.
 
- Y-a-t-il beaucoup de demandes de construction de logements sociaux ?
- Oui ! Notamment, parce que deux communes ne respectent pas la réglementation en matière de logement social : Ville-di-Pietrabugno depuis le 1er janvier 2014, et Furiani depuis un petit moment… Ces deux communes dépassent les 3500 habitants et ne disposent pas des 25% de logements sociaux requis. Nous allons étudier les projets sur ces territoires et ailleurs en fonction de nos moyens financiers parce qu’on ne peut pas rattraper, du jour au lendemain, un retard de 30 ans dans certaines communes. Il faudra établir des priorités.
 
- Pouvez-vous agir sur la réhabilitation du parc existant ?
- C’est le même cas de figure. Nous voulons étudier les projets avant de donner notre garantie d’emprunt. Nous allons, en 2015, réviser le PLH (Plan local de l’habitat) et en profiter pour faire un inventaire, un diagnostic et définir des critères politiques de gestion. Notre objectif n’est pas de refaire un portail ou de remettre un câble, mais de rénover l’isolation thermique et phonique et obtenir un meilleur niveau de confort. Là, nous sommes prêts à participer et à garantir les emprunts faits par l’office HLM parce que cela apporte un gain complet sur la qualité sociale et le montant du loyer du logement.
 
- Quelles demandes faites-vous à l’Office HLM ?
- Je fais deux demandes. Une, pour instruire l’avenir sur des projets 2015-2016 dont j’ai demandé à connaître la teneur pour les apprécier par rapport aux critères que nous jugeons nécessaires. L’autre est une demande de garantie d’emprunt pour des travaux de réhabilitation qui ont été réalisés dans des cités à Lupino pendant la campagne électorale, en dehors de tout critère de gestion financière normale d’un Office public de l’habitat ! Et sans que ces garanties d’emprunt aient été accordées au préalable ! Aujourd’hui, l’Office HLM nous demande de garantir un emprunt de 825 000 € concernant des travaux faits en dehors de toute procédure sur un montant de 1,342 million € !
 
- Allez-vous lui accorder cette garantie ?
- Je suis prêt, à titre personnel, à oublier que ces travaux ont été effectués pendant la campagne électorale. Mais je veux vérifier qu’ils ont été réellement utiles et que cet argent a été bien investi. Nous irons visiter ces logements et rencontrer la population pour lui demander son avis. Je vais, aussi, vérifier si, juridiquement, la CAB a le droit de garantir rétroactivement des emprunts sur des travaux déjà réalisés. A ces deux conditions, je proposerai à mes collègues de consentir à la garantie. Si nous ne le faisons pas, cela conduira à une augmentation de loyer. Notre but est de regarder l’intérêt de la population et la situation de la CAB. Nous ne pourrons pas garantir des opérations qui excéderaient nos capacités.
 
- La CAB, vue sa mauvaise santé financière, a-t-elle les moyens de faire face à ces obligations ?
- La CAB doit se donner les moyens ! Elle ne peut pas ne pas être opérationnelle sur ces questions-là ! Nous voulons peser sur la modification à 180° de la politique d’habitat social de notre territoire. Pour peser, il faut mettre sur la table les moyens nécessaires. Pour nous, cela fait partie des priorités !
 
- Si ces conditions ne sont pas réalisées, que ferez-vous ?
- Sans ces conditions, il n’y aura aucune intervention de la CAB ni au plan financier, ni au plan technique ! Nous dénoncerons, alors, le maintien d’une situation inacceptable.
 
- Quelles relations la nouvelle majorité municipale entretient-elle avec l’Office HLM ?
- Les relations sont à construire. Nous posons des conditions de construction, de réhabilitation et d’attribution qui ne sont pas destinées à tirer sur l’ambulance, mais à tirer tout le monde vers le haut. Si ces conditions sont effectives, la CAB sera un partenaire majeur et actif de l’habitat social sur son territoire. Le système, qui a vécu dans le passé, nous l’avons combattu, nous avons remporté une élection majeure. Aujourd’hui, les gens, qui ont contribué à le porter, doivent comprendre qu’il est terminé et qu’ils doivent travailler sur le bon chemin dans l’intérêt de tous. Personne n’a intérêt à promouvoir des systèmes archaïques !
 
- Pourquoi ce rapport, qui ne fait que confirmer les rapports précédents, n’est-il pas sorti avant ?
- C’est une bonne question ! Il aurait du, normalement, sortir pendant la campagne électorale. Pourquoi n’est-il pas sorti ? On ne sait pas !
 
Propos recueillis par Nicole MARI
 
 
 



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