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François Alfonsi : « Le refus de dialogue de l’Etat est un déni de démocratie »


Rédigé par Nicole Mari le Lundi 12 Août 2013 à 20:29 | Modifié le Mercredi 14 Août 2013 - 01:11


Député européen, maire d’Osani, François Alfonsi est coutumier des débats organisés lors des Ghjurnate di Corti et a participé aux deux derniers sur l’évolution institutionnelle. Ce nationaliste modéré, membre du PNC, prône la nécessité d’un compromis autour d’un projet collectif. Il explique, à Corse Net Infos, que la crispation de la France contre les langues régionales est une étrangeté au sein de l’Union européenne (UE) et son refus de dialogue, une atteinte injustifiable à la démocratie.


François Alfonsi, député européen, maire d’Osani, membre du PNC.
François Alfonsi, député européen, maire d’Osani, membre du PNC.
- Pourquoi, chaque année, participez-vous aux Ghjurnate ?
- Je crois que le chemin de la recherche d’une solution politique en Corse commence par la capacité à débattre. I Ghjurnate sont une manifestation installée qui peut, tous les ans, offrir cette tribune et une tribune intéressante par la grande diversité des représentants politiques qui viennent y débattre. C’est une très bonne chose. Je viens, aux Ghjurnate, comme Nationaliste bien sûr, mais surtout comme élu de la Corse.
 
- Comment jugez-vous ce second débat ?
- Ce second débat démontre, d’abord, qu’une logique politique s’est inscrite dans la durée au niveau de l’Assemblée de Corse (CTC). L’an dernier, le  premier débat se déroulait dans le sillage du vote sur les grandes orientations du PADDUC (Plan d’aménagement et de développement durable de la Corse), c’est-à-dire sur l’expression d’une possibilité de compromis politique. Ensuite, le chemin est long. Des semaines et des mois sont nécessaires pour élaborer les délibérations. Entre les deux débats, est intervenu le vote sur le statut de coofficialité de la langue corse qui est une concrétisation significative. Les conclusions de la Commission Chaubon ont été rendues publiques à la dernière session.
 
- Que concluez-vous ?
- On sent bien que le chemin vers un compromis qui intègre les mouvements nationalistes, y compris le plus radical puisque le débat s’est tenu dans une manifestation de Corsica Libera, est possible au niveau de la société corse. Il est salutaire et souhaitable. Il faut impérativement que la Corse trouve, à son tour, un chemin politique qui permet de rassembler tous les Corses dans un projet collectif.
 
- Pourquoi estimez-vous que cette mandature territoriale fera date ?
- Cette mandature sera marquante, comme a été marquante en 1988 celle qui a permis la délibération sur la reconnaissance du peuple corse. Celle-ci a mis en place la revendication, formalisée par la représentation élue de la Corse, de la coofficialité de la langue corse sur son territoire qui est l’île de Corse. C’est un fait important, qui marquera l’histoire et qui donnera, donc, à cette mandature un rôle particulier au milieu de toutes les autres.
 
- Vous dites que, d’un point de vue européen, la Corse semble étrange. En quoi l’est-elle ?
- Pas la Corse, mais la France ! C’est, à vrai dire, la France qui semble étrange aux Européens. Elle est incapable de donner une réponse, au niveau des langues régionales, alors que cette réponse est donnée par tous les pays qui l’environnent. C’est, quand même paradoxal ! Si on fait le tour des frontières françaises, de la Grande Bretagne à l’Espagne, l’Italie, la Suisse, le Luxembourg, la Belgique ou l’Allemagne… Partout, dans ces pays, des statuts d’officialité sont donnés aux langues minoritaires qui s’y manifestent. Celles-ci peuvent être très marginales, comme en Allemagne avec le danois ou le sourabe. Ou plus importantes comme en Espagne avec le catalan et le basque.
 
- Certaines situations sont-elles comparables à celle du corse ?
- Oui. Par exemple, le gallois par rapport à l’Anglais. Il y aussi des situations où les Etats sont carrément multilingues comme la Belgique, le Luxembourg ou la Suisse. Nulle part autour des frontières françaises, on ne trouve une situation où, face à la revendication de la représentation élue d’une population qui veut que la langue historique de son pays soit officielle, l’Etat réponde : « Non, ce n’est pas possible ! ». Partout, les Etats l’ont rendu possible. Même en Italie, au Val d’Aoste, pour la langue française ! C’est, quand même, significatif de la façon dont la France marche sur la tête !
 
- Pourtant, vous parlez d’un retour vers la centralisation étatique au sein de l’UE ?
- Les pays, qui sont sortis du communisme et rentrés dans l’UE, font leur mue. Une mutation plus difficile et plus longue que celle qu’a connue l’Allemagne de l’Est qui, après la réunification, a tout de suite intégré l’espace germanique dans son ensemble. Elle a pu, ainsi, se rattacher à un système étatique fort, dynamique et riche, ce qui a beaucoup aidé ses évolutions. Les autres pays de l’Est s’accrochent à l’Europe et bénéficient des fonds européens qui leur assurent un minimum de développement et leur permettent de se mettre à niveau en termes de routes, d’infrastructures, de chemins de fer, de métros… En apportant ces fonds, l’Europe contribue à l’augmentation du PIB (Produit intérieur brut) de ces pays. Mais plus le pays est centraliste, plus il est certain que la seule région, qui bénéficie des fonds européens, est la région capitale.
 
- Dans tous les pays de l’Est ?
- Oui. C’est un effet statistique démontré en Roumanie, en Bulgarie, en Tchéquie, en Croatie, en Slovéquie… En Pologne, Varsovie et Cracovie sont les deux seules régions qui ont bénéficié de la richesse produite, toutes les autres régions sont marginalisées. Donc, le système centraliste est un système spoliateur pour les périphéries. La réalité est que ces pays, quand ils ont intégré l’UE, ont accepté de ratifier la Charte européenne des langues minoritaires. Aussi centralistes soient-ils, aussi réticents soient-ils comme la Roumanie par exemple, ils l’ont, quand même, ratifiée et sont obligés de la mettre en œuvre ! La Roumanie est obligée de donner, sur son territoire, des droits à la langue hongroise et de reconnaître son officialité. Il n’y a que la France qui s’affranchit de cette obligation.
 
- Comment voyez-vous l’évolution du débat sur le statut de résident ?
- Un point d’équilibre a été trouvé par rapport aux nécessités, notamment la nécessité d’une intervention sur la question foncière. Le fait, que cette nécessité soit reconnue par tous, sous-tend la légitimation du statut de résident. Il y a, donc, un consensus sur cette nécessité et une discussion sur l’impossibilité. Serons-nous en situation de faire reconnaître cette nécessité afin qu’elle devienne un dispositif juridique que l’on pourra appliquer ? Le consensus sur la nécessité est déjà très important. Le reste est un processus évolutif. On ne peut pas prétendre qu’à telle date, on aura réglé les problèmes. Même pour la langue et même si ce qui a été voté est intéressant, il faudra évoluer.
 
- C’est-à-dire ?
- Au vu de l’expérience donnée par les autres langues minoritaires en Europe et de leurs difficultés à reconquérir leur espace social, nous pensons qu’il faudra, sans doute, aller plus loin. Mais, on a avancé. Il faut mesurer cette évolution à l’aune des 30 ans passés et comprendre qu’il faudra encore de nombreuses années avant d’arriver à un système qui nous satisfasse, c’est-à-dire qui apporte des réponses aux nécessités exprimées par le peuple corse.

- Qu’est-ce qui sera décisif ?
- La réforme constitutionnelle. A partir du moment où on ouvre une fenêtre constitutionnelle concernant l’évolution statutaire de la Corse, rendue nécessaire par une revendication linguistique, foncière, fiscale… on fait un pas qui restera. Il faudra, au fur et à mesure, s’attacher à lever les restrictions. Il y aura des discussions avec l’Etat français qui, probablement, ne s’alignera pas à 100% sur les délibérations de la CTC.
 
- Pour l’instant, l’Etat ne veut rien entendre. N’est-ce pas le principal problème ?
- Le problème, c’est que le refus de dialogue de l’Etat est un déni de démocratie. Depuis plus de 30 ans, il y a, plus ou moins, eu des recherches de compromis avec des méthodes différentes. Pierre Joxe avait formé un quatuor de députés qu’il réunissait autour de la question corse. Lionel Jospin rencontrait les gens à Matignon, notamment des délégations de la CTC… In fine, la réponse de Jospin n’a pas satisfait réellement aux attentes des Nationalistes qui ont, néanmoins, appelé à voter pour le référendum de 2003. Celui-ci fut un accident, une sortie de route regrettable. Mais, aujourd’hui, le refus du dialogue par l’Etat rompt avec cette tradition.
 
- Pourquoi, selon vous, un tel refus de dialogue ?
- Il n’y a pas d’explication démocratique parce que le mouvement nationaliste est beaucoup plus fort, aujourd’hui, qu’il ne l’était en 1982, 1992 ou 2002. C’est, donc, un déni de démocratie. On voudrait sortir la Corse des chemins du dialogue pour la remettre sur les chemins des tensions qu’on ne s’y prendrait pas autrement ! Le gouvernement français est face à ses responsabilités. D’autres gouvernements en Europe ont été face à leurs responsabilités et ont réagi correctement. Par exemple, le gouvernement de Tony Blair en Grande Bretagne vis-à-vis de la question irlandaise. C’est un bon exemple qu’il faudrait suivre. C’est la recommandation que je fais au gouvernement actuel.
Propos recueillis par Nicole MARI.





1.Posté par Pollini Joseph le 13/08/2013 13:37
Un seul commentaire sous la forme d'un conseil amical:
que ce monsieur, François Alfonsi, comme d'autres "nationalistes" qu'ils soient modérés ou se prétendent être de simples "autonomistes" , qu'ils aient pour nom Talamoni, ou Siméoni ( y compris Edmond, un ami dont j'ai toujours apprécié le courage et l'habileté politique ), sans parler des purs et durs , beaucoup moins crédibles à mon humble avis, ni de ceux qui par leur actions délétères défigurent la Corse, cessent de considérer que la revendication dite nationaliste, corse, soit le fait d'une majorité de corses. C'est le contraire qui de toute évidence est vrai ( cf;. les résultats de n'importe quel type d'élection en Corse !.
Autrement dit, qu'ils prennent soin de ne plus s'extraire, par leurs propos, de l'État Français , proximité ressentie par certains comme une souillure! La France est en effet souvent présentée comme la puissance à combattre, alors que la République Française n'a pas cessé, au cours des deux derniers siècles en particulier, de se préoccuper de l'avenir de la Corse et des corses. Cet état, cette nation que leurs ancêtres, leurs grands parents et parents ont servi et défendu avec courage et un dévouement qui forcent l'admiration du monde entier, ne mérite pas à mon avis un tel mépris, surtout de la part de militants qui veulent, aussi, se présenter comme et des "libérateurs" et des "rassembleurs"du peule corse. Un peu plus d'humilité SVP; "U Troppu struppià"
Cela ,ne signifie aucunement que je considère comme nulles un certain nombre des revendications des "nationalistes" corses. Elles ont au moins eu une forte influence sur le sommeil coupable d'un grand nombre de nos élus corses et des corses qui attendent tout de l'État Français. Plus d'autonomie oui, en exigeant de tous que chacun se relève les manches et cesse de se plaindre de l'autre. Pour moi le nationalisme, comme pour beaucoup , c'est le rejet, voire la haine de l'autre, à la différence du patriotisme?... Que de truismes!

2.Posté par stumaccatu le 13/08/2013 14:27
François Alfonsi, lorsqu'il parle de "déni de démocratie" oublie au moins 3 choses:

- il ne parle plus de référendum. La raison est simple: il a peur de le perdre. Il a d'ailleurs expliqué pourquoi sur son blog après l' échec du référendum alsacien de 2013 (lamentable sur tous les plans). Il a dit ceci: "Ce vote alsacien, dix ans après le vote corse de 2003, pose la question de l'opportunité du referendum comme moyen d'évolution institutionnelle. Sommes-nous sûrs que le "oui" l'aurait emporté lors de la mise en place du premier statut particulier de la Corse? Rien n'est moins sûr. Mais qui aujourd'hui remettrait en cause cette avancée institutionnelle ? Personne d'ailleurs ne s'y risque, y compris parmi les plus jacobins, en Corse ou à Paris. " Ce qui veut dire qu'il est démocrate mais pas jusqu'à aller au référendum. Avec le peuple on ne sait jamais...

-la CTC actuelle a une majorité relative de "gauche claniste" (oxymore) qui a été élue pour essayer de résoudre des problèmes économiques et sociaux, et pas pour discuter des évolutions intitutionnelles. Actuellement cette majorité tente de forcer la main à son électorat ce qui explique son hésitation devant un référendum.

- L'importance électorale des natios est à relativiser car après le sommet de 2010 aux territoriales(52000 voix ) ce fut le creux de 2012 aux législatives (29000 voix au 1er tour , toutes tendances confondues) : cela rend très difficile à croire le soi-disant enthousiasme du peuple pour cette mouvance.

Finalement François Alfonsi ne semble avoir retenu de la démocratie que la pratique de la propagande, ce que quelqu'un appelait la "démocratie vulgaire".

3.Posté par Femu a Corsinu le 13/08/2013 23:31 (depuis mobile)
N'est pas Giacobbi qui veut.
Doctrinaire technocrate, qui crache dans la soupe en boyffant a tous les rateliers politiques.

4.Posté par bob le 14/08/2013 22:53
François Alfonsi rappelle l'évidence.
Aucun Etat démocratique ne interdire à une population qui s'exprime majoritairement pour l'officialisation de sa langue historique de réaliser son projet.
Aucun Etat d'Europe ne se comporte ainsi.

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