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Fin de non-recevoir de Valls aux Nationalistes : Lignes figées et désaccord total !


Rédigé par Nicole Mari le Lundi 18 Janvier 2016 à 23:57 | Modifié le Dimanche 21 Février 2016 - 14:53


La rencontre, qui a eu lieu, lundi, en fin d’après-midi, entre les présidents nationalistes de l’Exécutif et de l’Assemblée de Corse, Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni, et le Premier ministre, Manuel Valls, a duré plus longtemps que prévu. Près de deux heures d’entretien détendu pour cette première prise de contact, mais aucune avancée. Les lignes n’ont pas bougé, les désaccords restent profonds. Les deux parties ont campé sur des positions complètement antagonistes. Matignon a simplement acté la nouvelle donne politique corse et s’est engagé à accompagner l’île sur la voie du développement économique. La porte reste fermée sur les sujets épineux. Trois groupes de travail seront, néanmoins, mis en place sur la langue, le foncier et la question des institutions et des intercommunalités. Réaction à chaud, pour Corse Net Infos, de Gilles Simeoni qui affiche sa détermination à convaincre Paris de changer la donne.


Gilles Simeoni, président du Conseil Exécutif, et Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse, accompagnés de leur Directeur de cabinet, Norbert Pancrazi et Sébastien Quenot, ont rencontré le 1er ministre, Manuel Valls, sa directrice de cabinet et deux de ses collaborateurs.
Gilles Simeoni, président du Conseil Exécutif, et Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse, accompagnés de leur Directeur de cabinet, Norbert Pancrazi et Sébastien Quenot, ont rencontré le 1er ministre, Manuel Valls, sa directrice de cabinet et deux de ses collaborateurs.
- Comment s’est passé ce premier entretien avec Manuel Valls ?
- Un premier contact direct a eu lieu au plus haut niveau de l’Etat. Il faut s’en féliciter. Jusqu’à aujourd’hui, nous nous étions parlés par médias interposés et pour exprimer des positions diamétralement opposées. Cet échange s’est passé dans un état d’esprit d’écoute et de respect réciproque, sur un ton urbain conforme à nos fonctions respectives. Manuel Valls a engagé la discussion dans un cadre général et brossé le tableau d’ensemble de la situation politique spécifique de la Corse.
 
- A-t-il, comme vous le souhaitiez, pris la mesure de la portée du changement politique ?
- Il a pris acte du changement. Il a réaffirmé qu’il respectait le verdict des urnes, qu’il reconnaissait notre légitimité et qu’il travaillerait en concertation avec les nouveaux responsables politiques de la Corse.
 
- Avez-vous évoqué les propos durs qu’il a tenus après votre prise de fonction ?
- Non ! Nous n’en avons pas parlé stricto-sensu. Nous avons réaffirmé nos fondamentaux. Nous avons dit que les délibérations de l’Assemblée de Corse, qui est l’institution garante des intérêts matériels et moraux du peuple corse, devaient être prises en compte. Tout comme doit être prise en compte la volonté des Corses qui s’est exprimée dans les résultats du suffrage universel lors des élections territoriales. Nous avons expliqué que les Corses nous ont donné un mandat clair, à savoir permettre la concrétisation des délibérations votées lors de la précédente mandature et défendre les points inclus dans notre contrat de mandature. Des points qui vont de choses très concrètes, comme le développement économique et social, à un cadre politique plus général qui est la recherche d’une solution politique d’ensemble, incluant la question des prisonniers politiques.
 
- Que vous a-t-il répondu ?
- Manuel Valls a affirmé qu’il était prêt à accompagner la Corse sur le chemin du développement économique et même de l’analyse objective de l’état des lieux dans lequel nous a été laissée la Collectivité territoriale de Corse (CTC). Un état des lieux catastrophique, y compris au plan financier et budgétaire ! Cet engagement est un point positif. Mais, sur un plan politique, il n’entend pas s’engager dans un processus qui pourrait conduire à la prise en compte de nos délibérations. Concernant la coofficialité, le statut de résident ou l’amnistie, il a déclaré qu’il n’était, pour lui, pas question, aujourd’hui, de s’inscrire dans cette perspective-là.
 
- Comment avez-vous réagi à cette fin réitérée de non-recevoir ?
- Chacun a simplement réaffirmé ses positions respectives sur le fond, des positions radicalement contraires et antagonistes ! Nous lui avons répondu que nous ne pouvions pas rester dans cette situation de blocage et que nous étions dans un état d’esprit de dialogue et de recherche de solutions par le haut. Nous avons insisté sur le fait que, jamais, les circonstances n’ont été aussi favorables à une résolution politique d’un conflit qui dure depuis plusieurs décennies pour la période contemporaine et que, nous avons, tous, en Corse, comme à Paris, la responsabilité de construire cette solution politique.

Manuel Valls à Ajaccio en juin 2013.
Manuel Valls à Ajaccio en juin 2013.
- Quelle alternative, Manuel Valls vous a-t-il proposé ?
- Il nous a proposé de mettre en place un cadre de dialogue sur une période réduite de quelques mois, au plus tard jusqu’à juin, autour de trois thématiques que nous avons identifiées en commun comme essentielles : la première sur la langue et son statut, la deuxième sur la question foncière, le statut de résident et la lutte contre la spéculation, la troisième sur le statut de la Corse, la Collectivité unique et la question des intercommunalités. Manuel Valls va nous donner une confirmation écrite du calendrier resserré et nous faire une proposition sur la composition de ces groupes de travail. Nous avons convenu que ces groupes devaient associer les responsables au plus haut niveau, c’est-à-dire des élus de la Corse et des interlocuteurs parisiens au niveau ministériel.
 
- Quel est l’objectif de ce dialogue sur des lignes complètement figées ?
- L’objectif, pour nous, est d’expliquer pourquoi nous pensons que les solutions, que nous préconisons, sont les seules valables, les seules à pouvoir apporter des réponses aux problèmes que nous identifions comme vitaux, et pourquoi elles doivent conduire à une révision de la Constitution pour leur mise en œuvre. De son côté, Matignon fera des propositions à droit constitutionnel constant dont nous aurons à apprécier la pertinence. Au terme de ces trois ou quatre mois d’échanges, on verra si les uns ont réussi à convaincre les autres !
 
- Une proposition de groupe de travail, faite sous la précédente mandature, n’a rien donné. Ne craignez-vous pas que le gouvernement ne cherche qu’à gagner du temps ?
- Non ! La situation est différente. Hier, nous parlions en qualité de membres de l’opposition. Aujourd’hui, nous venons de prendre les rênes d’une collectivité, nous parlons en tant qu’élus mandatés par les Corses pour défendre leur point de vue ! Nous avons une collectivité unique à construire et des crises majeures à résoudre dans le domaine notamment des transports et des déchets. Nous sommes absolument sûrs du bien-fondé de nos positions. Nous sommes en état de désaccord total avec Paris, mais nous sommes d’accord pour en discuter pendant trois ou quatre mois. Nous sommes prêts à démontrer, par exemple, que, hors de la coofficialité, point de salut pour la langue corse !
 
- Avez-vous abordé la question du rapprochement et de l’amnistie des prisonniers politiques
- Oui ! Toujours en rappelant que la question des prisonniers politiques est incluse dans notre contrat de mandature et qu’elle est une déclinaison normale, naturelle, d’une sortie de conflit. Nous avons insisté, avant toute chose, sur la nécessité d’appliquer la loi et de respecter la parole donnée depuis plus de 15 ans sur la question du rapprochement. Nous avons réaffirmé l’urgence de cette question et la nécessité de la traiter sans délai. Manuel Valls en a pris acte. Il s’est engagé à se rapprocher du ministère de la justice pour examiner les situations et nous faire part des éventuelles évolutions possibles dans de très brefs délais.
 
- Qu’avez-vous acté sur la Collectivité unique ?
- Nous sommes d’accord pour avancer rapidement, y compris sur la question de l’intercommunalité. Nous avons rappelé que l’application des critères de droit commun, prévus par la loi NOTRe, n’était pas satisfaisante pour la Corse. Nous avons demandé que la compétence de définition du schéma intercommunal soit transférée à la CTC. Manuel Valls a pris acte et promis d’étudier rapidement la question.
 
- Considérez-vous, néanmoins, que la porte s’est entrouverte avec Paris ?
- Non ! Même si certains points apparaissent positifs, le désaccord est total, acté et persistant sur les revendications politiques que nous portons. Néanmoins, pour la première fois depuis que nous sommes élus, un espace de dialogue peut se construire. C’est un premier pas que nous prenons en considération, mais, sur tout le reste, les choses restent bloquées. Nous tirerons, en juin, la conséquence de ces échanges.
 
- Au final, êtes-vous déçus ?
- Non ! Nous sommes, malheureusement, confirmés dans notre analyse. Pour l’instant, le gouvernement n’a pas pris la mesure exacte de la situation et ne souhaite pas se placer à la hauteur des enjeux, c’est-à-dire ouvrir une nouvelle page des relations entre la Corse et l’Etat français.
 
- Qu’allez-vous faire maintenant ?
- Nous continuerons de faire ce que nous faisons depuis plus d’un mois que nous sommes élus : travailler ! Au-delà de la relation avec Paris, il faut traiter les urgences du quotidien et faire face à la crise des transports, à la crise des déchets, à la crise économique et sociale, à l’attente des villages de l’intérieur et des Corses en général. Même si nous restons, pour l’instant, dans une situation d’incompréhension totale avec Paris, notre responsabilité est de faire avancer la Corse, malgré un contexte d’ensemble très difficile. Nous allons continuer à essayer de convaincre l’Etat que sa position actuelle n’est pas tenable et qu’il faut changer de politique en Corse !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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