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Feli et G.-T. Rocchi : Un album pédagogique


Rédigé par Nicole Mari le Samedi 21 Juin 2014 à 22:24 | Modifié le Lundi 30 Juin 2014 - 01:20


Le jour de la fête de la musique, le chanteur Feli et le poète Ghjuvan-Teramu Rocchi ont présenté, à la nouvelle médiathèque de Folelli, Cantà cantà cantà, le 1er album du groupe Girasole composé de huit enfants. Issu d’un projet interactif pédagogique en langue corse, subventionné par les deux départements insulaires, ce double CD sera distribué à la rentrée dans toutes les écoles bilingues. Rencontre, pour Corse Net Infos, avec l’auteur des textes, Ghjuvan Teramu Rocchi.


Le poète Ghjuvan Teramu Rocchi, le chanteur Feli è i zitelli.
Le poète Ghjuvan Teramu Rocchi, le chanteur Feli è i zitelli.
 
C’est une histoire d’amour, amour du chant, de la musique, des mots et de la langue corse. Une envie de partager et de transmettre dans un souci pédagogique. Une histoire entre un poète, un chanteur-compositeur et huit enfants. Il y a un an et demi, Ghjuvan' Teramu Rocchi et Felì ont eu l’idée de composer un deuxième album pour enfants. Le premier, Brame zitelline, date de 20 ans. Pour cela, ils ont cherché dans la microrégion de Castagniccia et de Casinca, des scolaires capables de chanter et de parler corse, pour former le groupe Girasole. Après plus d'un an de travail à Scola in Festa, l’école de musique que le chanteur a créé à Folelli en 2001, l’album a été enregistré au studio l'Angelina à Valle di Rustinu. Cela n’aurait pu être qu’une aventure musicale, mais Ghjuvan' Teramu Rocchi et Felì ont voulu lui donner un contenu pédagogique. Le CD est composé de dix chansons, cinq comptines et cinq poèmes. Il s’accompagne d’un livret spécialement élaboré, contenant tous les textes et des dessins, ainsi qu’un deuxième album pour chanter sur les versions instrumentales. « Cet album est destiné aux professeurs et aux parents. C’est un outil d'apprentissage et de divertissement », précise Felì.
 
Un projet éducatif en Corse
Soutenu par le service langue corse de la collectivité territoriale, ce projet éducatif a, aussi, bénéficié de l’aide des deux conseils généraux de Haute-Corse et de Corse-du-Sud qui l’ont financé en achetant des CD. « Il y a 8 mois, Ghjuvan -Teramu Rocchi et Feli sont venus me voir pour me présenter un projet pédagogique en langue corse. J’ai été très intéressé par les deux volets : la langue corse, bien sûr, mais aussi le volet jeunesse et scolaire. J’ai été emballé. Le département s’investit, depuis toujours, au niveau culturel. J’ai, donc, demandé au Conseil général de participer à travers l’achat d’un certain nombre de CD que nous allons distribuer, à travers le CRDP, dans toutes les écoles bilingues et, peut-être même, les autres écoles », explique Joseph Castelli. Le président du Conseil général de Haute-Corse réaffirme son attachement à la langue corse : « Je suis un rural. Je suis très attaché à certaines valeurs, et particulièrement à la langue. J’ai toujours parlé corse. Je l’ai parlé toute ma vie et je continue de le parler. C’est pour cela que je suis fier d’avoir participé à la mise en place de ce projet ». L’album est, également, disponible chez les disquaires et dans les grandes surfaces.
 
N.M.

Ghjuvan Teramu Rocchi et Feli.
Ghjuvan Teramu Rocchi et Feli.

Ghjuvan Teramu Rocchi : « La musique et le chant magnifient la langue corse »
 
- Qu’est-ce que ce disque Girasole ?
- Il est le résultat d’un an et demi de travail, d’abord pour labourer le projet, ensuite pour écrire progressivement les textes et la musique. Et, surtout, pour apprendre aux enfants à bien prononcer la langue corse dans les chants. Ce qui n’est pas évident ! Il y a, donc, eu un travail à plusieurs dimensions, de prononciation, de syntaxe, de liaison, de poésie… de façon à décontracter les enfants par rapport aux textes qu’ils chantaient. Parallèlement, nous avons fait un travail sur la langue, d’interrogations et de réponses. Le résultat est appréciable.
 
- A-t-il été facile de travailler avec les enfants ?
- Les enfants sont tous à peu près de la même région : la Castagniccia. Ils ont, tous, la même manière de chanter, une manière de dire les choses qui ressemble au pays, à la microrégion où ils habitent. L’unité de chant a, donc, été plus facile à créer. Il faut dire, aussi, que Feli est un pédagogue-né, passionné de langue corse et de musique. Il dirige une école de musique qui compte 150 élèves et il a tenu à introduire la langue corse dans son système. Ce qui fait que les enfants, qui ont pratiqué ces chants, pratiquaient, en même temps, la musique. Ils ont pris confiance. Après plusieurs essais, nous avons décidé que le résultat était concluant et qu’il fallait passer à l’enregistrement.
 
- Les enfants parlaient-ils couramment le corse ?
- Non ! Il y a eu de multiples phases d’apprentissage et d’approche. Le travail a été réfléchi à la base. On savait que si on arrivait à un bon résultat, cela faciliterait la pratique de la langue chez les enfants. C’est ce qui se passe. Les enfants sont en train de se libérer par rapport à la langue et ils la parlent bien mieux.
 
- Le chant est-il, donc, un excellent moyen d’apprentissage de la langue corse ?
- Oui ! La musique et le chant magnifient la langue corse. Il suffit de décaler le rythme pour passer du rythme musical au rythme linguistique. Nous l’avons fait. Après le travail de prononciation, de syntaxe et de liaison des mots, nous passions au chant, puis nous revenions à la langue parlée. Le chant est un moyen libérateur de la langue à condition que les enfants se rendent compte qu’ils sont sur deux registres qui concernent la langue, mais des registres différents. Le registre musical n’est pas le registre de la langue parlée. Nous les avons habitués à passer d’un registre à l’autre. Ce fut une réussite.
 
- Comment avez-vous travaillé avec Feli ?
- J’ai écrit les textes des chansons. Certains textes existaient déjà. Feli a écrit la musique. Mais, nous n’avons pas écrit chacun de notre côté. Nous avons travaillé dans une approche permanente avec des essais permanents entre la proposition musicale et la proposition linguistique.
 
- Ecrit-on différemment pour les enfants que pour les adultes ?
- La poésie n’a pas de limite, pas d’âge, pas de frontière. Il est vrai que certains thèmes sont plus destinés aux enfants qu’aux adultes. Sauf que, petite faiblesse de ma part, mes textes ont, toujours, plusieurs degrés de lecture. Les enfants chantent ce qu’ils entendent et ce qu’ils lisent sans se poser de questions. Mais, des textes peuvent poser question et doivent poser question aux grandes personnes.
 
- Quels sont les thèmes des chansons ?
- Ce sont les grands thèmes de la vie. J’ai dans ma tête, en permanence, les 4 éléments : l’eau, le feu, le vent et la terre. Ils sont présents dans cet album. La chanson Rimbu à mare sur u castellu di rene évoque l’eau. La chanson sur le vent, Ventate, renvoie à l’air. C’est une manière de procéder, mais il ne faut, quand même, pas écrire systématiquement une chanson sur le vent, la mer… Ces éléments doivent être intégrés dans un discours qui les dépasse. Par exemple, Rimbu à mare fait allusion à la difficulté de la vie du pêcheur. L’enfant s’en rend compte, mais n’ose pas le lui dire et promet de lui acheter un bateau tout neuf. L’aziminu est pauvre de poissons et ce sont des poissons de roche…
 
- Est-ce, d’abord, une question de ressenti ?
- Oui ! On espère toujours que, par le chant et l’émotion de la voix, le texte sera compris. L’émotion doit naître, pas seulement par le texte, mais aussi par l’interprétation. C’est un travail à plusieurs dimensions. On ne se met pas à table pour griffonner un texte. L’idée doit murir. Ecrire demande beaucoup de travail. Le texte doit être simple, compréhensible et, en même temps, profond avec de l’émotion et de la tendresse. J’essaye de faire cela, mais je n’ai pas de recettes basiques. Sans quoi j’aurais déjà écrit un millier de poèmes !
 
- Combien d’albums avez-vous écrit pour les enfants ?
- Quatre albums. Celui-là est mon 2ème album pour avec Feli et deux autres avec I Muvrini. Sans compter les poésies que j’ai diffusées sans passer par l’édition. Je n’ai jamais eu les moyens de me faire éditer. J’écris et je balance ! Des textes font leur chemin, d’autres disparaissent. Ce n’est pas grave ! J’ai préféré faire ce travail de terrain, d’immédiateté et de communication au travail de publication qui est incertain. Si le livre ne se vend pas, l’éditeur ne vous publie plus et le travail est stérilisé. Moi, je suis dans mon peuple et j’agis. Que les poésies marchent ou pas, je n’ai jamais de déception !
 
- Est-ce aussi parce que la chanson touche plus facilement et plus de monde qu’un livre ?
- La chanson a la vertu de réunir du monde. On parle avant et après de beaucoup de choses. Pendant que la chanson se déroule, on écoute. Au début, je disais à Feli : n’essaye pas de faire chanter les gens ! Les Corses ne chantent pas au spectacle, ils écoutent parce qu’ils ne connaissent que les vieilles chansons. Ils sont auditeurs des chansons nouvelles. On ne peut pas faire des lalalala en permanence. Sauf que les chansons les ont tellement marqués qu’ils les ont apprises. Et, maintenant, tout le monde les chante ! Il n’y a plus besoin de donner le signal, le chant part tout seul ! Quand ils ne connaissent pas les textes, les spectateurs manifestent le même désir de participer par des battements de mains.
 
- Au final, que pensez-vous de cet album ?
- L’enregistrement est très soigné, les textes, aussi, autant que possible, avec une traduction française. L’environnement pédagogique sur l’album est utile aux maitres et, peut-être, aussi aux adultes. Nous avons essayé de réunir tout ce qu’il fallait pour que la musique passe. Et, puis, il y a la voix des enfants qui magnifient les textes et les chants. Je pense que c’est une réussite !
 
Propos recueillis par Nicole MARI





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