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Energie : L’exemple cortenais de cogénération


Rédigé par Nicole Mari le Mardi 3 Septembre 2013 à 22:09 | Modifié le Mercredi 4 Septembre 2013 - 00:47


Corte est la seule commune de Corse à disposer d’un chauffage urbain spécifique utilisant la biomasse et les sous-produits du bois comme combustible pour produire de la chaleur et du froid. Devant renouveler son réseau, elle souhaite mettre en place un dispositif de cogénération de chauffage et d’électricité, qui serait unique en Corse et exemplaire dans bien des domaines. Explications croisées, pour Corse Net Infos, du maire de Corte, Antoine Sindali, et du président de l’Exécutif de la Collectivité territoriale (CTC), Paul Giacobbi.


Antoine Sindali, maire de Corte, et Paul Giacobbi, président de l’Exécutif de la CTC.
Antoine Sindali, maire de Corte, et Paul Giacobbi, président de l’Exécutif de la CTC.
L’exploitation de ce réseau de chaleur et de froid, alimenté en bois, a été confié en février 1993, par le biais d’un contrat de délégation de service public (DSP), à la Société d’économie mixte (SAEM) Corse Bois Energie, émanation de la CTC et présidée par un conseiller territorial, Jean-Christophe Angelini. Ce contrat arrivant à échéance le 31 mars 2014, le syndicat mixte de chauffage urbain de Corte (SMUC), formé de la commune et de la CTC, doit lancer un nouvel appel d’offres pour poursuivre l’exploitation. Le matériel, en l’occurrence les chaudières, étant vieillissant ou en fin de vie, doit être renouvelé. Le SMUC souhaiterait le remplacer par une centrale de cogénération biomasse qui permettrait, en plus de fournir de la chaleur ou du froid, de produire de l’électricité qui pourrait être revendue à EDF. Pour cela, il lui faut définir le futur mode de gestion du service.
Mardi matin à Corte, en présence du président de l’Exécutif territorial, Paul Giacobbi, de la conseillère exécutive en charge de l’énergie, Maria Guidicelli, du conseiller exécutif en charge de l’environnement, Pierre Ghionga, du conseiller territorial et président de la SAEM Bois, Jean-Christophe Angelini, du conseiller territorial et administrateur de la SAEM et du SMUC, Yannick Castelli, du maire de Corte, Antoine Sindali, et des membres de son conseil municipal, le SMUC a voté le principe du renouvellement de l’exploitation et de la gestion de la chaufferie  dans le cadre d’une DSP. La SAEM Corse Bois Energie se porte candidate.

Antoine Sindali, maire de Corte.
Antoine Sindali, maire de Corte.
Antoine Sindali : « Nous pensons installer la première unité de cogénération en Corse »
 
- Qu’est-ce qui a motivé le vote du choix d’une nouvelle DSP ?
- Sur le plan juridique, le réseau de chaleur de Corte, qui a été créé il y a une vingtaine d’années, est géré par une délégation de service public (DSP) accordée, à l’époque, à la SAEM Corse Bois Energie. Cette DSP arrive à terme, il faut donc la renouveler. Sur le plan technique, les chaudières, installées au démarrage, étaient déjà du matériel d’occasion. Aujourd’hui, elles ont 30 ans et sont en fin de vie. Il faut, donc, rénover toute l’unité de production de chaleur.
 
- En quoi ce vote est-il important ?
- Il est important parce que nous avons utilisé cette étape de renouvellement des chaudières pour franchir un pas supplémentaire dans le cadre du développement durable en matière énergétique. Nous nous sommes demandés, en concertation avec les services de la CTC, qui est associée à la commune dans le syndicat mixte du réseau chaleur cortenais, si nous ne pouvions pas faire plus. Nous pensons installer des chaudières nouvelle génération pour produire en même temps, de la chaleur et de l’électricité. Cela s’appelle la cogénération.
 
- De quelle manière ?
- En utilisant la biomasse, c’est-à-dire du bois que l’on peut récupérer dans les forêts pour les nettoyer et pas seulement des arbres neufs que l’on abat. Tout ce bois récupéré permet, en même temps, de lutter contre les incendies. On peut aussi utiliser le bois déposé dans les déchèteries par la population et le transformer en plaquettes pour le mettre dans les chaudières. C’est exemplaire parce que c’est la première installation de ce type en Corse.
 
- Qui profite de ce réseau ?
- Le réseau chaleur de Corte dessert des bâtiments publics et privés et chauffe près de 4000 personnes, soit plus de 50% des 7000 habitants de la ville. Avec la cogénération, nous produirons de l’électricité que nous vendrons à EDF et qui sera réinjectée sur le réseau public. Ce qui nous donnera une garantie pendant 20 ans à un prix de 20% à 30% inférieur à celui du fuel et une ressource. La vente de l’électricité va vite amortir les surcoûts d’installation des nouvelles chaudières.
 
- Quand lancerez-vous l’appel d’offres pour la DSP ?
- Dans les semaines qui viennent. Mardi matin, le Conseil d’administration a donné l’habilitation à lancer un appel d’offres pour choisir le délégataire de service public, c’est-à-dire la société publique ou privée qui va assurer la nouvelle DSP de concession d’exploitation.
 
- C’est-à-dire ?
- Aujourd’hui, le syndicat mixte, qui est propriétaire du réseau, doit faire les investissements. Le délégataire, qui était la SAEM Corse Bois Energie, ne s’occupait que de la gestion de la production de bois et de l’approvisionnement en plaquettes de bois. Dorénavant, le délégataire aura la charge de l’installation des chaudières, de la recherche de financement, de l’équilibre de son budget entre recettes et dépenses, y compris les dépenses d’investissements, et de la gestion de tout le réseau chaleur.
 
- La SAEM Bois Energie pourrait-elle ne pas remporter l’appel d’offres ?
- L’appel d’offres est ouvert. On n’est pas sûr, comme pour la desserte aérienne, que la SAEM le remporte. D’ici à la fin de l’année 2013 ou début 2014, nous aurons attribué la nouvelle DSP qui doit démarrer le 1er avril 2014. Ensuite, le délégataire choisi proposera une option de cogénération, mais peut aussi refuser ce principe et préférer garder les chaudières à bois produisant uniquement de la chaleur. Nous n’envisageons pas cette 2ème option parce que nous voulons une solution de cogénération.
 
Propos recueillis par Nicole MARI

Paul Giacobbi, président de l’Exécutif de la CTC.
Paul Giacobbi, président de l’Exécutif de la CTC.
Paul Giacobbi : « Le réseau de chaleur de Corte est expérimental, unique et exemplaire »
 
- Que se passe-t-il pour le réseau urbain de chaleur de Corte ?
- Le syndicat mixte de chauffage urbain de Corte, formé par la CTC et la commune, décide d’aller de l’avant de deux manières. D’abord, il souhaite renouveler son réseau de chaleur et, surtout, ses chaudières. Ensuite, franchir une étape qualitative très importante avec la cogénération, qui permet, à la fois, de fournir de la chaleur thermique ou du froid à un certain nombre de clients, dont l’Office de l’environnement, le CROUS ou la mairie elle-même, et de produire de l’électricité. Le renouvellement des chaudières se fera avec, nous l’espérons, l’appoint de la cogénération.
 
- Pourquoi ce programme intéresse-t-il l’Exécutif territorial ?
- D’abord, nous sommes là pour manifester notre accord avec la mairie de Corte sur ce renouvellement, l’accord de la CTC et de l’Exécutif pour aller de l’avant dans cette affaire et pour la cogénération. La CTC est, également, intéressée parce qu’elle possède des forêts. Leur exploitation permet  la production de petit bois et de matériaux qui ne peuvent être utilisés qu’à cet usage. Ce qui offre l’avantage de nous débarrasser de cette matière, de cette biomasse en l’utilisant de manière rentable, tout en contribuant à améliorer les forêts. C’est toute la gamme des intérêts que nous avons dans cette affaire.
 
- La SAEM Corse Bois Energie peut-elle affronter cette nouvelle donne ?
- Elle est candidate à l’appel d’offres. L’Assemblée de Corse a, donc, décidé, à l’initiative de l’Exécutif, de la recapitaliser afin de lui permettre d’aborder de nouvelles capacités d’investissements. Si on prend l’hypothèse maximale, celle de la cogénération, que nous privilégions, l’investissement atteindrait 7,5 millions €. La CTC fait, à travers la SAEM, une exploitation exemplaire, très moderne et très écologique d’un sous-produit de nos propres forêts.
 
- Quelle superficie de forêts, la CTC possède-t-elle ?
- Elle possède 50 000 hectares sur plusieurs centaines de milliers d’hectares que compte la Corse. Les forêts territoriales jouissent, avec les forêts communales, d’un meilleur état que les forêts privées. Nous souhaitons, également, promouvoir la forêt privée, ainsi que la forêt communale qui n’a pas encore le niveau qu’elle devrait avoir. L’espace boisé corse est énorme. En raison de la diminution des incendies, il ne fait que croître et s’embellir. Le moyen de garantir, qu’il y ait toujours moins d’incendie, est d’entretenir la forêt.
 
- Avec quels enjeux ?
- Nous travaillons sur le réseau de chauffage de Corte à titre expérimental et depuis très longtemps. Corte est une ville assez dense, universitaire, qui abrite l’Office de l’environnement. Le réseau de chaleur devient rentable sur un espace relativement restreint.
 
- En quoi ce réseau est-il expérimental ?
- C’est un cas unique. C’est une expérience qui a fonctionné durant des décennies et qui va être renouvelée. Pour la première fois en Corse, sera installée la cogénération pour permettre la production d’électricité. Cette production, au tarif de rachat envisagé, représentera, pour cet équipement, une recette de 1,5 million € par an. C’est considérable ! En plus, si cette expérience se fait sur un périmètre restreint, elle a vocation à s’étendre dans l’agglomération cortenaise, bien entendu avec l’obtention de nouveaux clients, mais également, peut-être, ailleurs, en Corse.
 
- En quoi est-il exemplaire ?
- Nous possédons un produit, qui est un sous-produit d’exploitation forestière ou de la biomasse parce qu’il faut bien nettoyer les forêts. Ce produit, soit nous le brûlons à l’air libre et l’abandonnons en tant que déchets, soit nous le valorisons… C’est cette 2ème option que nous suivons ! Cela aide à équilibrer l’exploitation forestière et la qualité des forêts, y compris dans le cadre de la prévention d’incendie. Au lieu d’utiliser du fuel lourd ou léger et, demain, du gaz pour produire de l’électricité, nous utilisons un produit que nous possédons. Voilà pourquoi c’est exemplaire ! En même temps, en produisant de l’électricité locale, de l’électricité propre, nous contribuons à l’équilibre écologique de la Corse.
 
- La cogénération entre-t-elle dans la stratégie énergétique globale de la CTC ?
- Bien entendu ! La présence de Maria Guidicelli, lors du vote du syndicat mixte, n’est pas fortuite parce qu’effectivement, au titre de l’énergie, la cogénération est une affaire importante.
 
Propos recueillis par Nicole MARI





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