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Emmanuelle De Gentili : « Nous serons présents aux Territoriales pour représenter une gauche progressiste et identitaire »


Rédigé par Nicole Mari le Samedi 30 Mai 2015 à 21:21 | Modifié le Dimanche 31 Mai 2015 - 02:36


Les délégués de la Fédération socialiste de Haute-Corse se sont réunis, samedi matin, à Bastia, pour définir leur ligne d’action politique avant le Congrès national de Poitiers et se mettre en ordre de marche pour les prochaines échéances électorales. La 1ère secrétaire, Emmanuelle de Gentili, conseillère exécutive de l'Assemblée de Corse (CTC), 1ère adjointe au maire de Bastia, membre du bureau national du Parti socialiste (PS), précise, à Corse Net Infos, les enjeux globaux des derniers votes en interne, la position de la fédération insulaire et sa stratégie par rapport aux Territoriales. Revenant sur la résolution solennelle votée jeudi à la CTC et sur la loi d’amnistie, elle estime que la Corse ne doit pas exiger le dialogue avec Paris, mais convaincre de sa pertinence.


Emmanuelle de Gentili, conseillère exécutive de l'Assemblée de Corse, 1ère adjointe au maire de Bastia, 1ère secrétaire de la fédération socialiste de Haute-Corse et membre du bureau national du PS.
Emmanuelle de Gentili, conseillère exécutive de l'Assemblée de Corse, 1ère adjointe au maire de Bastia, 1ère secrétaire de la fédération socialiste de Haute-Corse et membre du bureau national du PS.
- Quel est l’enjeu des élections internes en cours au PS ?
- Il y a 15 jours, le PS a voté pour choisir les motions. La semaine dernière, nous avons désigné le 1er secrétaire national. Au lendemain du Congrès, qui se déroule du 5 au 7 juin à Poitiers, nous désignerons les instances locales, à savoir le 1er secrétaire fédéral et les secrétaires des sections. Le Congrès de Poitiers s’annonce comme la nécessaire clarification de la ligne politique du PS pour conforter ou infléchir la position du gouvernement en matière de réformes de la France.
 
- Les Socialistes insulaires se sont-ils mobilisés ?
- Il y a eu une grande mobilisation au niveau de la Haute-Corse. La ligne de Jean-Christophe Cambadélis a été plébiscitée. Elle confirme, au niveau national, nos positions concernant l’échéance de fin d’année qui est l’élection territoriale. Nous défendons l’idée de passer d’une économie publique à une économie productive tout en déployant, là où c’est nécessaire, un service public de qualité et en le redéfinissant pour qu’il puisse correspondre davantage aux attentes des Corses. Le parallèle est simple.
 
- La Haute-Corse est-elle sur cette ligne ?
- Oui ! Complètement ! Je suis, également, satisfaite que nous ayons réunifié le travail important au niveau des courants. Qui dit courants dit personnes, qui n’ont pas forcément les mêmes idées, mais arrivent à coexister dans une même entité. Le fait que le PS a été, pendant un certain temps, unitaire derrière le gouvernement, a détourné un certain nombre de militants socialistes qui ne se retrouvaient pas dans cette ligne. Etre loyal et soutenir la politique du gouvernement  n’empêche pas d’être par moments, critique objectif ou critique positif de l’action menée. Le PS a cette vocation de faire émerger des idées, de réformer, de laisser libre cours à l’imagination créative et politique. Cela doit se poursuivre ! Jean-Christophe Cambadélis a réussi son pari de travailler trans-courants tout en gardant un cap clair.
 
- Comment vous positionnez-vous par rapport à ces courants ?
- Je suis porte-parole national de Jean-Christophe Cambadélis. C’est ma ligne politique. Je travaille, aussi, très bien avec la motion B, le courant de Christian Paul qui est très actif au niveau de la Fédération comme il l’a été dans la campagne interne. Nous avons annoncé, samedi matin, que nous travaillerons main dans la main, avec leurs représentants afin que la diversité du PS soit, en permanence, prise en compte. Nous aurons besoin de toutes nos forces et d’un PS uni pour pouvoir aborder, dans de bonnes conditions, les élections à-venir. Nous avons l’ambition de réunir une force à gauche bien plus large que le PS, il était, donc, important de réunir, dans un premier temps, le PS.
 
- Le PS se met en ordre de marche pour les futures échéances électorales. La Fédération de Haute-Corse s’y met-elle aussi ?
- Complètement ! La ligne, qui ressort aujourd’hui de ce congrès où étaient présents l’ensemble des délégués de la Haute-Corse, plus d’une quarantaine, est clairement que le PS doit exister sur l’échiquier politique. Pour ce faire, il doit contribuer à l’émergence d’une force de gauche, clairement identifiée, réformiste ou progressiste, autonomiste mais dans le cadre de la République française et qui défend un projet économique solidaire issu de notre socle de valeurs d’équité sociale. Nous allons travailler à la constitution de cette plateforme.
 
- Serez-vous présents au scrutin territorial de décembre ?
- Oui ! Nous serons présents sur une liste d’ouverture. Nous souhaitons que la démarche, que nous avons initiée avec Jean-Louis Luciani et Jean-Charles Orsucci, puisse prendre une dimension plus large pour représenter cette gauche progressiste et identitaire qui a vocation à proposer un nouveau projet et à travailler à la transition de l’économie corse.
 
- Que pensez-vous de la résolution solennelle votée, jeudi, à la CTC ?
- Je pense que l’initiative du président de l’Exécutif est très bonne. Cette déclaration solennelle vise à ouvrir le débat sur un projet de loi d’amnistie. Je regrette que, dans le texte définitif, l’amnistie soit subsidiaire au regard de tout ce qui est présenté. Je crois qu’on aurait gagné en force si la résolution avait été beaucoup plus centrée sur nos motivations pour demander l’ouverture de cette discussion. Nous pouvons, bien plus ici que sur le continent, mesurer la portée du geste fort de juin dernier, qui est un choix stratégique. Sa force militaire donnait au FLNC une visibilité et une fenêtre qui lui ont permis d’être présent pendant des années.
 
- Quel est, pour vous, le véritable enjeu de cette résolution ?
- Aujourd’hui, le champ démocratique est clarifié. C’est pour cela qu’une grande majorité d’élus de la Corse veut interpeller le gouvernement pour lui dire que nous mesurons, en local, l’importance de ce geste qui vient conforter une démarche de dialogue et nombre de positions prises à l’Assemblée de Corse. Mais, le dialogue avec le gouvernement ne peut se faire que dans le pouvoir de conviction des uns et des autres et la démonstration de notre capacité à mettre en œuvre un certain nombre de choses. Il ne faut pas imposer, il faut convaincre ! C’est un travail permanent et continu.
 
- C’est-à-dire ?
- Nous demandons la coofficialité. Pour moi, c’est un objectif à atteindre, mais, aujourd’hui, la Constitution ne nous permet pas de l’obtenir. Il ne faut pas s’arrêter en chemin, mais continuer à faire progresser la langue corse dans l’imprégnation de la société. Le gouvernement met des moyens dans le bilinguisme et est prêt à en mettre encore plus. Nous devons définir les bonnes politiques afin que les Corses deviennent effectivement bilingues. Ce qui n’est pas le cas ! Ce n’est pas parce que nous n’avons pas la coofficialité, que nous ne pouvons rien faire ! Nous pouvons continuer à développer le bilinguisme, en demandant à l’Etat d’être beaucoup plus présent. Si nous démontrons que nous réussissons à avancer et à obtenir des résultats conséquents, peut-être, pourrons-nous rouvrir ce débat constitutionnel !

- Quel élément de ce package institutionnel, le gouvernement pourrait, selon vous, accepté ?
- Le seul sujet, qui peut être défendu rapidement, est l’inscription de la Corse dans la Constitution. Ce fait n’est pas contesté par le gouvernement, mais celui-ci n’a pas la majorité pour la faire accepter. Je ne crois pas que le sujet fera débat.
 
- En revanche, le statut de résident, n’est-il pas un vrai point de blocage ?
- Nous sommes tous globalement d’accord sur le statut de résident, mais nous ne sommes pas d’accord sur le contenu et sur la manière d’y arriver. Nous, nous demandons un statut fiscal. C’est conforme aux débats de la CTC qui visent à remettre à plat la fiscalité pour la rendre plus dynamique en récupérant, peut-être, une partie de la TVA tout en diminuant les dotations de l’Etat. La Corse s’appauvrit alors que nous avons des outils pour une fiscalité plus dynamique qui nous permettrait d’avoir des politiques essentielles pour la Corse. Ces politiques serviraient de leviers à ce développement que nous souhaitons, pour créer des emplois, réduire le mal-logement et améliorer la qualité de vie.
 
- La globalité de la résolution la rend-elle, selon vous, moins efficace ?
- Cela peut la rendre moins efficace au niveau national. Nous devons construire un chemin médian entre ce que l’Etat est prêt à faire et ce que nous, nous sommes prêts à concéder. Nous devons effectuer un travail de précision, de dentelle, et avancer prudemment. Pour autant, nous ne devons renoncer à rien et obtenir au fil de l’eau. Un exemple : la collectivité unique. Il y a eu un premier statut pour la Corse en 1982 et un deuxième statut en 1991. Chaque fois, nous avons ajouté des compétences et amélioré les outils. Aujourd’hui, nous arrivons à la conclusion qu’il faut regrouper l’ensemble pour plus d’efficacité, pour faire des économies et mutualiser. Si nous avions demandé la collectivité unique en 1980, nous ne l’aurions peut-être pas obtenue !

- Croyez-vous qu’une nouvelle loi d’amnistie soit possible à obtenir ?
- C’est un débat qui peut s’ouvrir ! Dans 15 jours ou dans trois mois, je ne sais pas. Les amnisties précédentes ayant été démenties par des actes souterrains, je peux comprendre que le gouvernement veut évaluer à sa manière le geste du FLNC et voir si les conditions sont réunies pour que la paix soit durable en Corse. Il ne faut pas faire de procès d’intention. Bien au contraire ! Quand des gestes forts sont faits, il est du devoir de chacun de contribuer à asseoir et enraciner cette paix qui est nécessaire pour le développement de la Corse. Sans la paix et sans la gestion d’un certain nombre de contraintes, comme les transports ou l’énergie, nous n’aurons pas de modèle stable pour pérenniser le développement. 

- Cette résolution semble être voulue comme un satisfecit décerné à la mandature Giacobbi. Le prenez-vous aussi comme tel ?
- Le travail de Paul Giacobbi concernant l’ouverture de débats, qui pouvaient être difficiles, est quelque chose d’important qui sera crédité au bilan positif de sa mandature. Nous avons travaillé pour aller vers un consensus le plus large possible, consensus qui est intervenu parfois. Dans ce sens, je comprends qu’il peut être satisfait de ses choix et de ses décisions. Pour autant, en termes de résultats et d’efficacité par rapport aux objectifs parfois trop élevés, il est nécessaire, en cette fin de mandat, de travailler sur des mesures intermédiaires qui nous permettraient d’obtenir des résultats concrets. Alors que nous avons des réponses claires et étayées, nous devons montrer aux Corses que nous sommes responsables et que nous voulons faire un pas en avant.
 
- Le projet de collectivité unique vient d’être adopté à l’unanimité au Sénat. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
- Ce projet va dans le sens des réformes nationales. Nous serons la première région à posséder une collectivité unique. Pour autant, tendre vers le regroupement est un objectif partagé au niveau national. Le regroupement des régions permet d’avoir une dimension concurrente au niveau européen. La collectivité unique va dans le sens de l’histoire. La Corse a voulu rester seule, et je m’en réjouis ! Il n’y a pas eu débat puisque nous avons réussi, depuis 30 ans, à faire reconnaître nos spécificités pour que nous puissions nous défendre seuls. Cela nous met, en même temps, des contraintes supplémentaires en termes de visibilité européenne et en termes de potentialités économiques d’innovation et de déploiement.
 
- Quelles contraintes ?
- La structure économique d’une région de 300 000 habitants est complètement différente de celle de régions ayant 6 ou 7 millions d’habitants. Nous avons, donc, l’impérieuse nécessité de réussir notre transformation sociale et économique. Nous devons inventer un modèle original, différent des autres, qui soit efficace en termes d’augmentation du PIB (Produit intérieur brut) et de diminution de chômage.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 




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