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Emmanuelle De Gentili : « Les Nationalistes, empêtrés dans des querelles de personnes, ont manqué un rendez-vous ! »


Rédigé par Nicole Mari le Vendredi 3 Novembre 2017 à 22:46 | Modifié le Dimanche 5 Novembre 2017 - 10:06


C’est avec des mots assez durs à l’encontre des Nationalistes modérés de Femu a Corsica qu’Emmanuelle De Gentili révèle, à Corse Net Infos, qu’elle a reçu une fin de non-recevoir à sa proposition d’alliance pour les élections territoriales de décembre. La 1ère adjointe à la mairie de Bastia et conseillère départementale de gauche déplore « la surdité, l’immaturité et le bonapartisme » qui ont conduit à « ce rendez-vous manqué », sans pour autant renoncer à « construire, pour l’avenir, une dynamique de rassemblement autour d’une plateforme politique et d’un projet de société ».


Emmanuelle De Gentili, 1ère adjointe socialiste à la mairie de Bastia, présidente de l'office du tourisme de la Communauté d'Agglomération de Bastia (CAB), et conseillère départementale.
Emmanuelle De Gentili, 1ère adjointe socialiste à la mairie de Bastia, présidente de l'office du tourisme de la Communauté d'Agglomération de Bastia (CAB), et conseillère départementale.
- Pourquoi teniez-vous tant à une coalition avec les Nationalistes ? 
- Nous avons souhaité poursuivre la construction d'une alliance progressiste entre des forces nationalistes et une Gauche autonomiste afin d'éviter un débat pro- et antinationaliste qui nous rappelle les années 70 et ses conséquences économiques. Comme chacun sait, les périodes politiquement instables éloignent les investisseurs.  Les conséquences économiques seront d’autant plus difficiles à surmonter si le gouvernement entre dans le jeu par le biais d’un soutien au front prétendument républicain, en ralentissant l’arrivée des crédits par divers moyens administratifs.
 
- Lesquels ?
- Des vérifications superfétatoires, des lignes budgétaires transférées ou un veto tatillon du contrôleur financier central - au niveau du déblocage des fonds in fine.  La confusion peut naître, aussi, de la définition de l’autonomie qui revêt plusieurs formes : limitée ou large avec un transfert de ressource fiscale par exemple. Nul ne sait ce que revêt l’autonomie. Ce n’est qu’une idée générale. Or, disait l’historien Paul Veynes : « Les idées générales ne sont ni vraies, ni fausses, elles sont creuses ».
 
- Pour quelles raisons, selon vous, votre proposition n’a-t-elle pas été reçue ? 
- La première raison tient au fait que les Nationalistes sont empêtrés dans des querelles de personnes et, dès lors, sont devenus sourds au monde extérieur et aux évolutions de la société corse, puisque leur ouverture tant proclamée se limite à quelques débauchages de personnalités sans lien affirmé avec des idées portées par la famille sociale démocrate européenne. On ne peut pas en dire autant de la composante indépendantiste qui affirme son projet et ses visées dans la plus totale transparence. Que l’on soit d’accord ou pas, il faut leur reconnaître ce mérite démocratique. La seconde raison révèle une certaine immaturité du mouvement nationaliste qui n’a pas eu la claire vision, celle de conjuguer ses talents avec ceux de l'audace d'une Gauche de dialogue qui a toujours accompagné la prise en compte des spécificités du territoire, spécificités combattues par les Conservateurs et pourtant jamais remises en cause depuis 40 ans. La troisième raison est que l’idée d’une coalition permettant à chaque formation de garder son identité et ses orientations n’a pas été retenue.
 
- C’est-à-dire ?
- La solution de l'assimilation, présentée comme une ouverture, alors qu'il s’agit d’une absorption, a été privilégiée. Les Nationalistes n’ont pas au regard de leur histoire, une tradition bien établie de débattre et de sa ranger derrière une majorité de projet. L’idée bonapartiste est dans leur inconscient collectif, alors que les partis européens, qui se sont construits après le dernier conflit mondial, ont cette culture du regroupement derrière un projet. A leur décharge, je dirais que les communicants encouragent cette simplification et cette réduction. Enfin, leur position révèle une sorte de myopie avec les yeux fixés sur l’échéance électorale dans le but de gagner la bataille, mais pour autant il ne convient pas de négliger la mise en place d’un socle dépassant la base nationaliste, car de nombreux écueils seront à surmonter.
 
- Etes vous déçue ?
- Non ! Comme dit le proverbe « On ne fait pas boire les chevaux qui n’ont pas soif », fussent-ils des purs sangs ! Les querelles internes au mouvement nationaliste ne lui ont pas permis d’avoir une vison à moyen terme, intégrant le fait que la Corse, plus petite des régions françaises, avait besoin d’une régénération de ses idées, tout en respectant les alliés que nous sommes depuis la décentralisation de 1982 jusqu’à la mise en place de la Collectivité territoriale unie. Une amnésie politique sélective semble occulter le fait que Joxe, Rocard et Jospin sont passés par là. C’est malhonnête d’un point de vue politique, mais j’en suis sûre : les électeurs seront de bons juges.
 
- Ceci dit, qu’allez-vous faire maintenant ?
- D’un point de vue philosophique, la Gauche autonomiste reste attachée à toute construction qui rapproche les Corses. Nous continuerons, donc, à promouvoir des convergences politiques susceptibles de permettre des accords dans la durée. Notre objectif est double : faire émerger des projets économiques et sociaux ambitieux pour élever le niveau de vie des insulaires et maintenir la Corse comme un espace partagé entre ceux qui y vivent et ceux qui y viennent ponctuellement ou durablement.

- Comptez-vous être, un jour, entendue ?
- Oui ! L’idée de la coalition germera, j’en suis certaine. Construire la Corse exigera un rassemblement autour de projets réfléchis, débattus et argumentés avec des financements, des objectifs et des plans d’action. Une maison ne se fait pas en un jour, un arbre ne produit pas en un an. De même, un projet nécessite réflexion, partage et planification. Nous avons été loin dans cette campagne électorale, où le principal souci était politicien : construire une liste de porteurs de voix, si possibles maillant toute l’île. Et je crains que le débat futur, qui ne sera que médiatique au regard de la proximité de la consultation, ne soit pas orienté sur le développement de la Corse, mais sur de la science-fiction politique qu’alimentera la crise de la Catalogne. De ce point de vue, force est de constater que la pratique nationaliste ne se distingue guère de celle des clans du passé.
 
- Craignez-vous d’avoir perdu la partie ?
- Oh que non ! L’avenir montrera que nous avons un projet et une vision à moyen terme et que nous allons déployer notre énergie et regrouper des femmes et des hommes qui lui permettront d’être validé par une majorité de Corses. Je veux, avec les Progressistes, bâtir un projet comportant une douzaine de grands axes, donnant à la Corse les moyens d'élever le niveau de vie et de donner du travail à ses habitants avec des actions concrètes. L’idée est de créer une économie responsable, de transformer nos potentiels en richesse grâce à de nouveaux entrepreneurs et de permettre un équilibre entre développement et protection de l'environnement. Je souhaite, également, sur la base du vaste mouvement de décentralisation impulsé et mené par la Gauche, arriver à une décentralisation à la carte.     
 
- Qu’entendez-vous par là ?
- J’entends de nouvelles missions pour l’État : ingénierie technique et financière des projets, maintien des équilibres régionaux, égalité des chances et d’accès aux services publics essentiels, avec une effectivité accrue du contrôle de légalité des actes administratifs, du contrôle budgétaire, des marchés publics et du respect de l’environnement. Egalement de nouveaux pouvoirs pour l’île, actant son insularité, comme l’inscription de la Corse dans la Constitution, et permettant d’apporter des corrections aux manques occasionnés par une lecture métropolitaine des actions et des besoins de son territoire : ressources financières, formation professionnelle, emploi, fiscalité, gestion des déchets, intercommunalité…
 
- Pourquoi ce projet ?
- Devant les bouleversements qui s’annoncent, il n’y a pas que l’alternative qui consiste à choisir entre le repli sur soi et la soumission aux événements. Il y a une autre solution : se préparer sérieusement à forger les outils qui permettront aux Corses de se faire la meilleure place possible dans la France et l’Europe de demain.
 
- Comment procéderez-vous ?
- L’idée de base est et reste celle d’une coalition, ce qui implique qu’il nous faudra trouver des convergences autour de la Gauche autonomiste et des Progressistes qui iront au delà de ce mouvement d’idées. Notre démarche a vocation à constituer un rassemblement autour d’une plateforme politique et d’un projet de société. Je vais, donc, engager avec mes amis, une fois la campagne électorale terminée, une tournée en Corse pour présenter les objectifs et la vision que nous portons et en débattre dans chaque microrégion afin que les Corses puissent amender et enrichir notre projet. Il est important de poursuivre le rassemblement  de la Gauche autonomiste et d’œuvrer afin d’impliquer la société civile dans la vie sociale, économique et durable à tous les échelons : local, intercommunal et régional. Avec la prochaine mandature, les choses auront bougé en Corse comme dans le pays et en Europe. De nombreuses illusions se seront dissipées. Viendra alors le temps du débat et de la coalition qui n’ont pas été possibles aujourd’hui.

Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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