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Bastia : Les peintres européens face à la Grande Guerre


Rédigé par Odile AURACARIA le Mardi 9 Décembre 2014 à 19:31 | Modifié le Mardi 9 Décembre 2014 - 23:42


Récemment, dans la médiathèque de la bibliothèque centrale, et dans le cadre des saisons de Parole Vive, Janine Vittori, conseillère pédagogique départementale en arts visuels, présentait des oeuvres réalisées pendant et après le conflit de 1914 - 1918 sous forme de diaporama et de conférence. Cette réunion avait lieu en présence de Marie-Hélène Muraccioli (bibliothécaire) et sur l'invitation de l'association Parole Vive.


"Les sentiers de la gloire" de Christopher Nevinson
"Les sentiers de la gloire" de Christopher Nevinson
Avec la déclaration de guerre c'est toute l'Europe qui est à feu et à sang à partir du 2 août 1914. Les artistes européens sont précipités dans un conflit qui porte un coup d'arrêt à la grande révolution esthétique du début du siècle. Les liens entre les artistes éclatent et la guerre détruit ce qu'ils ont mis vingt ans à construire dans le domaine des arts plastiques. Les artistes jusqu'à ce début août 1914 étaient très cosmopolites. A Paris comme à Berlin cohabitaient des artistes russes, italiens, lituaniens, espagnols... artistes qui influençaient l'art en France comme en Allemagne. La guerre met un terme à certaines amitiés et à la collaboration entre artistes, chacun rentre dans son pays, le plus souvent pour participer aux combats. Pendant quatre ans l'élan créatif est mis sous un "éteignoir". Tous les artistes vont souffrir d'une manière ou d'une autre, et durablement, de ce conflit mondial et aucun n'en sortira indemne physiquement ou psychologiquement.
Un véritable séisme se produit car les artistes partent pour le front et sont confrontés aux mêmes maux que les autres soldats (sauf des gens comme Duchamp ou Delaunay qui échappent à la guerre). On assiste à une hécatombe dans les arts plastiques car il y a beaucoup de morts dans les deux camps.
Pendant le conflit de 14 - 18 la représentation de la guerre va changer, il n'y a plus de peintres des armées comme dans les siècles précédents. Par contre il y a des photos dans les journaux comme "Le Miroir" ou "L'Illustration". D'ailleurs la presse organise des concours avec des prix énormes pour que les soldats envoient des clichés. Les dessins, illustrations mensongères, sont remplacés par des photos instantanées, brutales.

Tour d'horizon des artistes engagés dans ce conflit
ANDRE DERAIN changera complétement de style à partir de 1918, revenant à une peinture beaucoup plus conventionnelle ou classique.
GEORGES BRAQUE a été incapable de fournir une seule image de la guerre.
AUGUST MACKE n'en a pas le temps, il est tué au tout début de la guerre, le 26 septembre 1914.
FRANZ MARC pensait qu'il fallait une guerre pour changer ce monde. Mais son opinion va se modifier sur le front. Il meurt en héros, en France, le 4 mars 1916. Ses oeuvres seront détruites par les nazis car considérées comme un art dégénéré.
FERNAND LEGER est un peintre cubiste qui sert dans l'armée en qualité de brancardier dès octobre 1914. C'est une épreuve terrible, il dit que la guerre est grise, triste, terne... Il représente des soldats désarticulés, composés d'éléments mécaniques, avec beaucoup de respect pour l'humain dans ses dessins.
ANDRE MARE est également un peintre cubiste qui réalise par exemple son autoportrait cubiste en fumeur de pipe qui est un thème récurrent pendant la guerre. Il va travailler à la création de camouflages comme André Dunoyer de Segonzac. Ces artistes cubistes ont effectué un travail utile pour camoufler les armes et ont été très efficaces pour la sécurité du pays.
UMBERTO BOCCIONI meurt accidentellement en 1916 d'une chute de cheval. Son oeuvre était cubiste par les couleurs, l'introduction d'éléments comme des coupures de journaux.
OTTO DIX était un jeune artiste allemand âgé de 24 ans à la déclaration de guerre. Il a peint par exemple son autoportrait en soldat en 1914, avec un visage halluciné et des couleurs violentes. Pour lui, l'homme va se révéler tel qu'il est pendant la guerre. Il va réaliser des oeuvres "coups de poing" et va beaucoup dessiner pendant la guerre, mais va sentir monter en lui son antimilitarisme et son opposition à la guerre. Il effectuera quatre ans de guerre sur les fronts les plus exposés. Il a fallu attendre les années 1960 pour que les oeuvres d'Otto Dix soient exposées en France car il y avait eu un rejet et un dégoût pour la peinture allemande des deux guerres.
OSSIP ZADKINE est un de ces artistes étrangers qui se sont battus sous les couleurs françaises. Il s'engage dans la Légion Etrangère et sera brancardier, donc au contact de toute la souffrance et de la misère des soldats. Sculpteur, il réalisera des dessins cubistes de soldats et de scènes sans essayer d'apitoyer. Car, chez tous ces artistes des Beaux-Arts on ne veut pas montrer des choses macabres.
OSKAR KOKOSCHKA peintre autrichien rejoint en 1914 la sécession viennoise à Berlin. Lui aussi est antimilitariste et sera maudit par le régime nazi.
CHRISTOPHER NEVINSON de constitution fragile n'aurait pas du se retrouver sur les champs de bataille, mais il s'est engagé. "Les sentiers de la gloire" est une peinture dans laquelle il représente deux soldats anglais morts au milieu des barbelés. Cette oeuvre sera interdite d'exposition en 1918. Christopher Nevinson a beaucoup dessiné pendant le conflit, mais après la guerre son oeuvre sera semble-t-il oubliée

D'autres artistes étaient trop vieux pour partir au combat. Cependant ils seront actifs d'une autre manière, en organisant des exposition au profit des combattants ou en postulant pour des missions d'artistes.
EDOUARD VUILLARD a 46 ans à la déclaration de guerre mais il souhaite être utile (comme Henri Matisse ou Maurice Denis) et il fera partie des missions d'artistes partis peindre la guerre. Ils agiront derrière les lignes, peignant ce qu'ils voyaient et témoignant de la violence de cette guerre.
FELIX VALOTTON terriblement atteint par l'horreur de cette guerre se trouve dans l'incapacité de la représenter. Avec "Verdun" en 1917 il peindra la boue, des explosions, des arbres calcinés dans un paysage parcouru par des faisceaux lumineux vus la nuit.
LEON CHARLES CANNICCIONI artiste corse, élève de Gérôme, faisant partie de l'école orientaliste, traite les soldats avec beaucoup de respect. Il peint des militaires des contingents coloniaux, des africains.

En 1918 malgré la fin des hostilités les artistes continuent à s'exprimer sur la Grande Guerre.
MAX BECKMANN peintre allemand devenu infirmier vivra jusqu'à la fin de sa vie avec des hallucinations, conscient que la guerre a libéré les bas instincts des hommes et banalisé la cruauté.
ANDRE MASSON avait 18 ans au début du conflit. Il va lui falloir des années pour retrouver "son moi". Avec la représentation de son "Nettoyeur de tranchées" (1917 - 1971) il revit les journées des 16 et 17 avril 1917, et témoigne par ce dessin de la trace laissée sur les artistes plus de 50 années après la guerre. Marqué à vie lui aussi, il a éprouvé une véritable répulsion pour la guerre et le bellicisme.


Après ce diaporama d'une si grande qualité et force, montrant comment des artistes avaient pu être traumatisés par cette horrible guerre, comment ne pas faire un parallèle avec le film vu la veille, toujours dans le cadre des saisons de Parole Vive? Comment ne pas envisager que ce traumatisme devant une telle barbarie pouvait avoir été générale, dans un conflit-boucherie qui avait duré 4 ans dans l'enfer des tranchées sous les obus et les gaz, lorsque des conseils de guerre, après une instruction arbitraire et expéditive, conduisaient des malheureux devant des pelotons d'exécution? Mercredi le public avait pu assister à la projection du documentaire "Fucilati in prima ligna" tourné par Jackie Poggioli en 2011. Enquête menée par cette journaliste documentariste qui sert de matériau de référence à une motion pour la réhabilitation des Fusillés pour l'exemple, votée à l'unanimité en 2011 par les élus de l'Assemblée de Corse.
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Si vous souhaitez adhérer au collectif de réhabilitation des 6 fusillés corses, il suffit de recopier ce document:
"J'adhère au collectif pour la réhabilitation en droit des fusillés pour l'exemple de la guerre 14-18"
en indiquant son nom, son prénom, son adresse postale, son mail, son numéro de téléphone, et en apposant sa signature.
Adresser ce courrier à :
LDH (Ligue des Droits de l'Homme)
2 Rue Gabriel Peri
20000 Ajaccio

ldhcorsica.blogspot.com/




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