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Bastia : Grand Chelem pour F. Tatti à la communauté d'agglomération !


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 10 Avril 2014 à 21:27 | Modifié le Dimanche 13 Avril 2014 - 10:14


Avec 36 voix sur 40, c’est par un vote à la quasi-unanimité que François Tatti, seul candidat en lice, a été élu, jeudi matin, à la présidence de la Communauté d’agglomération de Bastia (CAB). Si son élection était assurée d’avance grâce à un accord avec Ville-di-Pietrabugno, la surprise est venue du ralliement des trois communes de gauche qui ont lâché l’opposition bastiaise et signé un contrat politique sur des principes d’équité, de solidarité et de transparence. Chaque maire, invoquant l’intérêt de sa commune, obtient un poste de vice-président. Retour sur le vote et explications, pour Corse Net Infos, de François Tatti.


Gilles Simeoni, nouveau maire de Bastia et François Tatti, nouveau président de la CAB.
Gilles Simeoni, nouveau maire de Bastia et François Tatti, nouveau président de la CAB.
C’est dans une salle de délibération bondée, trop exigüe pour recevoir un public massé debout jusque dans le couloir de l’hôtel de ville, que les 40 conseillers communautaires de la CAB, élus pour la première fois au suffrage universel direct lors du scrutin des 23 et 30 mars dernier, ont procédé, jeudi matin, à l’élection de leur nouveau président. Pour la première fois également, les oppositions des communes étant représentées, aucune des 5 villes, qui composent la CAB (Bastia, Ville-di-Pietrabugno, Furiani, Santa Maria di Lota et San Martino di Lota) n’a la majorité des sièges. La séance, ouverte par le délégué de Furiani, Antoine Mearini, en sa qualité de doyen, laissait entrevoir une élection sans surprise. François Tatti, candidat de la nouvelle équipe municipale bastiaise, bénéficiait de l’apport des 5 voix de la majorité de droite de Ville-di-Pietrabugno et de la voix d’opposition de Furiani. Mais, il comptait bien surfer sur la vague arc-en-ciel de l’alternance pour convaincre les 3 communes de gauche de lui accorder sa confiance et réaliser, ainsi, le grand schelem.
 
Un pari gagné !  
Furiani, Santa Maria di Lota et San Martino di Lota, historiquement alliées de l’équipe Zuccarelli lors des précédentes mandatures, avaient annoncé, dès le changement de pouvoir à Bastia, qu’elles présenteraient un front uni et voteraient au mieux des intérêts de leur commune. Quand à l’appel des candidatures par le président de séance, Guy Armanet, le maire divers gauche de Santa Maria di Lota, propose celle de François Tatti, il apparaît clairement que ce dernier a gagné son pari. Sans aucun adversaire, il totalise 36 voix sur 40 et est élu à l’unanimité des votants. Les 4 élus de la nouvelle opposition bastiaise (Jean Zuccarelli, Marie-Paule Houdemer, Francis Riolacci et Eliane Arrighi-Lenziani) ne participent pas au vote.
 
Lâché par les siens !
Jean Zuccarelli, vaincu à Bastia, a espéré, un temps, prendre une revanche éclatante et rafler la présidence à François Tatti en agrégeant, derrière sa candidature, ses trois délégués élus et la gauche communautaire. Espoir déçu dès les résultats du 2Nd tour !
Le candidat malheureux à la succession de son père imaginait-il, pour autant, être complètement lâché par les siens ! Même Dominique Rossi, le grand ordonnateur de sa campagne électorale comme de celles de son père, directeur de cabinet d’Emile Zuccarelli pendant des décennies, lui a fait faux bond ! En tant que délégué de Furiani, il a voté pour le dissident Tatti qu’il a tant contribué à stigmatiser ! Mais, une élection chassant l’autre, la donne change et les intérêts s’accommodent… Ainsi va la vie politique !
 
Un accord de mandature
L’union arc-en-ciel bastiaise a fait tâche d’huile. Les alliances historiques se sont délitées sur le pragmatisme politique, la dynamique du changement, l’aspiration à la démocratie et lu soffiu novu qui bouleverse l’ordre établi et redessine les équilibres. Sur le même schéma victorieux des municipales, un accord de mandature communautaire a été établi, d’autant plus naturellement, explique le nouveau président, qu’aucune commune ne peut se targuer d’hégémonie. Il repose sur les mêmes principes d’équité, de solidarité et de transparence qui seront appliqués dans la gestion des personnels, des marchés publics et des ressources financières. Ainsi, lors d’un vote prévu mercredi prochain, chaque maire de la CAB obtiendra un poste de vice-président sur les sept normalement attribués. Les deux restants seront dévolus aux deux élus bastiais, Pierre-Noël Luiggi et Jean-Louis Milani. François Tatti, qui entend faire un audit social et financier, demande l’effort de tous pour redresser les comptes fortement déficitaires de la CAB. Les élus se sont engagés à fonder le développement économique sur l’identité et à mettre en place le bilinguisme dans les cinq communes concernées.
 
N.M.

François Tatti : « Nous mettrons en place une gouvernance ouverte et démocratique »

- Que ressentez-vous après votre élection à la présidence de la CAB ?
- Je suis très ému, très heureux et très fier de ce que nous avons accompli et d’avoir été investi de manière aussi large par l’ensemble de mes collègues. Cette élection, avec l’ensemble des maires, des délégués des autres communes et de la majorité municipale de Bastia, nous donne une responsabilité très importante. Elle est l’aboutissement d’un parcours politique, d’un combat électoral et démocratique qui a du sens. Aujourd’hui, nous récoltons les fruits de cette volonté de changer, d’apporter un nouveau souffle à la démocratie dans notre communauté d’agglomération. J’en suis très satisfait ! J’ai un double sentiment de confiance et de responsabilité devant la tâche immense qui nous attend, mais ô combien enthousiasmante !
 
- Comment avez-vous persuadé les communes de gauche, fidèles soutiens de vos adversaires bastiais, à basculer en votre faveur ?
- Nous avons entendu beaucoup de bruits et de rumeurs… J’ai dit à tous les maires que j’étais le candidat de la ville de Bastia et je les ai invités à une rencontre de travail. Nous avons, ensemble, défini des principes sur lesquels nous avons, tout naturellement, conclu un accord politique. Chacun a bien compris que cet élan, ce renouveau, ce besoin de démocratie et de changer les méthodes de travail ont, certes, été portés à Bastia, mais aussi partout ailleurs. Personne ne veut se couper de la population et de la jeunesse. Personne ne veut rester en dehors de ce mouvement profond.
 
- Sur quelles bases a été conclu le contrat de mandature entre les 5 communes ?
- Il a été bâti sur un pacte de gouvernance qui s’appuie sur trois principes fondateurs : l’équité, la solidarité et la transparence. Ces principes, nous ne voulons pas les galvauder, mais les appliquer pleinement en matière de gestion du personnel avec une transparence au niveau des recrutements et des parcours de carrières. Egalement, en matière de gestion des marchés publics avec transparence, ouverture et la volonté que chacun puisse bénéficier à égalité de chances de la commande publique. A la fois, par souci éthique et comme une garantie contre les dérives et, parfois, les drames. Nous avons la même volonté de gérer de la même manière l’ensemble des autres services publics de la CAB et les ressources financières.
 
- Qu’est-ce que cette nouvelle gouvernance va changer concrètement ?
- Concrètement, nous allons mettre en place une gouvernance ouverte et démocratique afin que chaque commune et chaque élu soient respectés, qu’ils ne soient pas traités différemment selon leurs convictions politiques. Nous avons bâti un tel partenariat à Bastia et nous sommes heureux, aujourd’hui, de l’élargir à la CAB pour lui donner une impulsion nouvelle et avant tout démocratique. Nous allons travailler en nous adossant à des principes clairs pour avancer plus vite et plus fort au service des populations. L’enjeu prioritaire et le fondement même de cette CAB sont le développement économique et l’emploi pour apporter, à la fois, la prospérité et le bien-être. Il doit permettre à chacun de vivre mieux en se déplaçant dans de bonnes conditions et en bénéficiant des équipements sportifs. Les enjeux sont très forts, mais avec l’équipe renouvelée et les personnes expérimentées qui ont passé ce pacte avec nous, j’ai confiance. Nous allons réussir pleinement dans nos objectifs.
 
- La situation gravement déficitaire de la CAB vous préoccupe-t-elle ?
- Pour l’instant, je ne connais pas l’ampleur du déficit, mais il ne me préoccupe pas outre mesure. Nous travaillerons à le résorber de la meilleure manière possible. Nous commencerons par faire un audit prospectif au plan social et financier. Nous prendrons le temps qu’il faut pour redresser les finances de la CAB. Nous ferons, tous ensemble, des sacrifices s’ils s’avèrent nécessaires, mais ils seront au bénéfice de chacun lorsque la situation sera rétablie. Nous retrouverons les moyens financiers pour mettre en œuvre les objectifs politiques que nous nous sommes fixés.
 
- Parmi les autres dossiers prioritaires, il y a celui épineux du stade Armand Cesari. Quelle attitude allez-vous adopter vis-à-vis du SECB ?
- Le dossier des équipements sportifs, notamment du Stade de Furiani, viendra rapidement sur la table. Comme nous l’avons annoncé pendant la campagne électorale, nous ferons en sorte d’établir des partenariats apaisés avec ce club phare de la CAB et de la Corse. Nous voulons conserver le caractère strictement public du stade Armand Cesari en faisant payer au club un loyer adapté, conforme à l’utilisation qu’il en fait, tout en trouvant les conditions pour qu’il puisse bénéficier des installations et subvenir à ses besoins financiers.
 
- Autre dossier sensible : l’affermage de l’eau. Comment allez-vous l’aborder ?
- L’affermage de l’eau est un dossier que nous trouverons sur la table dans les tous prochains jours. Comme je n’ai pas participé à sa mise en œuvre, je ne sais pas dans quelle configuration, je vais le trouver ! Je peux déjà vous dire que nous veillerons scrupuleusement à ce qu’aucune augmentation du prix de l’eau n’intervienne sans être justifiée jusqu’au dernier centime !
 
- L’absence de majorité naturelle ne comporte-t-elle pas un risque pour la gestion des dossiers ?
- Aucunement ! Nous avons une chance incroyable : personne n’est maître de cette assemblée tout seul ! J’ai l’habitude de gérer de cette façon-là. J’ai présidé le Syvadec en étant, pendant des années, ultraminoritaire. C’est dans ce type de configuration, où l’on est obligé de tenir compte de chacun et de regarder devant, que se construisent des partenariats équilibrés et que se prennent des décisions sereines. C’est l’intérêt général qui validera nos arbitrages et évitera les inutiles petites querelles territoriales que nous voulons dépasser.
 
Propos recueillis par Nicole MARI



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