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Aides aux communes : Le coup de gueule de Jean Charles Orsucci contre Pierre-Jean Luciani !


Rédigé par Nicole Mari le Mardi 28 Juin 2016 à 23:19 | Modifié le Mercredi 29 Juin 2016 - 01:28


C’est en présence de ses adjoints, toutes tendances politiques confondues, que le maire de Bonifacio, Jean Charles Orsucci, a lancé une charge féroce, mardi matin, contre le président du Conseil départemental de Corse du Sud, Pierre-Jean Luciani. Très remonté, il dénonce la politique pratiquée par le département en matière d’aides aux communes qu’il qualifie de « claniste et clientéliste » et de « Bonifexit à l’envers contre les Bonifaciens ». Les subventions accordées à Bonifacio ont chuté de 460 000 € à 30 000 € par an sous la présidence Luciani et les projets restent en souffrance. Jean Charles Orsucci explique, à Corse Net Infos, que Bonifacio paye la couleur politique de son maire socialiste et autonomiste.


Jean-Charles Orsucci, maire de Bonifacio, et ses adjoints, toutes tendances politiques confondues.
Jean-Charles Orsucci, maire de Bonifacio, et ses adjoints, toutes tendances politiques confondues.
- Quelle est la raison de votre colère ?
- Nous voulons manifester notre mécontentement face à l’attitude du Conseil départemental de Corse du Sud vis-à-vis de la commune de Bonifacio et donc des Bonifaciens. L’élément déclenchant de notre coup de gueule est la visite de Pierre-Jean Luciani, jeudi et vendredi dernier, dans l’Extrême Sud pour rencontrer les conseillers départementaux des deux cantons et la quasi-totalité des maires. Dans la logique de ce qui se passe vis-à-vis de la commune de Bonifacio depuis des mois, plus précisément depuis l’élection du président Luciani à la tête de cette institution, nous avons été écartés de cette réunion de travail organisée à la mairie de Pianottoli, comme nous sommes écartés de toutes les invitations en ce domaine.
 
- Pourquoi ?
- Parce que nous ne sommes pas considérés comme une mairie amie ! Aujourd’hui, on inflige une punition collective aux Bonifaciens et à Bonifacio parce que, vraisemblablement, le maire de Bonifacio n’a pas la bonne coloration politique. Nous sommes victimes d’un Bonifexit, pas choisi par les Bonifaciens, mais décrété par Pierre-Jean Luciani qui a décidé que le département de la Corse du Sud s’arrêtait à Scopetto et à Chiova d’asino. Et ça, c’est proprement scandaleux !
 
- Etiez-vous le seul maire à ne pas être invité ?
- Je ne sais pas ! Je n’y étais pas ! Quoiqu’il en soit, sans vouloir faire de Bonifacio l’alpha et l’oméga de ce territoire de l’Extrême-Sud, notre commune n’est pas anodine ! Bonifacio, c’est quand même 3000 habitants et plus d’1,8 million de visiteurs. C’est un des joyaux de la Corse, voire de la Méditerranée. Il n’y a que le président Luciani pour ne pas s’en rendre compte ! Nous en tirons les enseignements.
 
- Lesquels ?
- Je n’ai pas toujours été en phase avec mes prédécesseurs, que ce soit Xavier Serafino ou Jean-Baptiste Lantieri, mais je nous reconnais une petite filiation commune : nous avons, tous, été en rupture avec des gens qui voulaient nous imposer leurs diktats. Nous estimons que nos revendications sont légitimes. Bonifacio ne se couchera pas pour obtenir ses droits ! Je regrette que notre conseiller départemental, qui n’est autre que le président de la communauté de communes Sud Corse, n’ait pas accordé plus de soutien, ni de présence pour s’insurger contre cet état de fait. J’attends un peu plus de quelqu’un qui, au moment de l’élection départementale, était venu solliciter la 1ère adjointe de droite de la commune et l’électorat de droite qui soutient notre majorité municipale plurielle. Je ne crois pas que Georges Mela ait eu à regretter le score qu’il a fait sur Bonifacio.
 
- Comment cela se passait-il sous la précédente présidence qui affiche la même couleur politique que celle-ci ?
- Je rends hommage au courage politique dont a fait preuve le président Panunzi qui n’est pourtant pas un gauchiste avéré et avec qui je ne partage pas les mêmes visions. Nos relations n’étaient pas du tout partisanes. Il n’y a jamais eu de donnant-donnant, ni de demande de vote. Il y avait du respect entre nous. Un élément est on ne peut plus parlant : sous la présidence Panunzi, Bonifacio bénéficiait de 460 000 € de subventions par an dans le cadre de l’aide aux communes. Depuis que Pierre-Jean Luciani a été élu, nous avons reçu un arrêté de 15 000 € en 2015 et de 60 000 € en 2016, ce qui équivaut à environ 30 000 € par an. Mais il y a encore plus fâcheux que cette suppression de l’aide aux communes, c’est le projet de route départementale RD 60 ! Une route stratégique pour le développement économique de Bonifacio. Elle mène au centre de secours et à la zone artisanale et permettrait de désenclaver la ville par un itinéraire bis.
 
- Qu’arrive-t-il à ce projet ?
- Des directives avaient été données par Jean-Jacques Panunzi pour que le département avance efficacement au niveau des études. La commune avait également pris des concessions pour permettre sa remise en sécurité puisque il y a des accidents mortels sur cette route. Des enfants sont morts, Mr Luciani ne peut pas l’ignorer ! Or ce projet est, depuis un an et demi, totalement sous l’éteignoir du président du Conseil départemental. C’est proprement scandaleux ! Comme c’est une route départementale, la commune n’a pas le droit d’investir et de faire les travaux à la place du département. Qu’on ne vienne pas nous dire que Bonifacio a bénéficié de largesses par le passé et qu’aujourd’hui, il y a d’autres priorités ailleurs ! Quand on décide d’effacer la dette de la commune d’Ajaccio et la dette de la commune de Porto-Vecchio, je crois qu’en réalité, il y a deux poids, deux mesures !
 
- Cette mise au régime sec des aides a-t-elle des impacts sur les investissements de la commune ?
- Forcément ! C’est totalement préjudiciable ! Le fait qu’on ait investi 82 millions € en 8 ans sur la commune de Bonifacio amènerait certainement Mr Luciani à dire que nous avons des moyens et que nous n’avons, donc, pas besoin d’être aidés. La réalité est que nous avons des projets ambitieux parce que nous recevons plus d’1,8 million de visiteurs. La commune de Bonifacio, qui s’étend sur 14 000 hectares, totalise 30% du patrimoine classé de la Corse du Sud. Elle a forcément des besoins importants en eau et en assainissement, des aménagements urbains à réaliser et des interventions sur les routes communales à effectuer. Nous avons l’ambition de faire une crèche, ce qui relève de la mission sociale du département. Notre territoire ne mérite pas d’être mis au ban du Conseil départemental de la Corse du Sud sous prétexte que son maire serait socialiste et autonomiste ! Ce n’est pas acceptable !
 
- En avez-vous parlé avec Pierre-Jean Luciani ? Que vous a-t-il répondu ?
- C’est simple ! Il m’a fallu quasiment un an pour obtenir un rendez-vous ! Il m’a écouté avec beaucoup d’attention. Il m’a dit qu’il allait prendre en considération nos demandes mais, je suis comme Saint Thomas : je ne crois que ce que je vois. Ce que je vois aujourd’hui, ce sont deux arrêtés mineurs accordés à Bonifacio, une route départementale qui n’avance pas, la commune de Bonifacio qui n’est pas invitée jeudi après-midi à la mairie de Pianottoli. Sans parler des autres domaines sur lesquels le Conseil départemental est compétent et où il n’intervient pas. Ce sont des éléments factuels. Maintenant, si Mr Luciani revoit sa copie et qu’il décide de traiter Bonifacio comme toutes les autres communes, je m’en féliciterai et je le reconnaîtrai.
 
- Est-ce ce que vous attendez de ce coup de gueule ?
- Franchement, quand je vois l’attitude du président Luciani, je m’attends à encore plus de brimades, à une volée de bâtons sur toutes les compétences du département. On va passer de 30 000 € par an à 0 € ! Je m’attends au pire ! Mais, je m’attends aussi au meilleur avec une réunion le 4 juillet, que je considère comme importante et que j’espère bénéfique pour la Corse, entre le gouvernement et l’Exécutif régional actuel. J’en profite pour les interpeller et leur dire qu’il faut, au plus vite, une collectivité unique qui fonctionne de façon démocratique ! Leur dire aussi de prévoir dans les ordonnances des garde-fous si cette collectivité unique tombe dans les mains d’un individu comme Pierre-Jean Luciani ! Les élus de la République sont là pour servir les institutions et non pour que les institutions les servent !
 
- Craignez-vous le système qui sera mis en place ?
- Le système, qui sera mis en place, peut, selon les hommes qui le piloteront, être bon ou pervers. Avec l’actuel département de Corse du Sud, il est pervers ! Jean-Guy Talamoni a dit, il y a quelques jours, que les départements étaient « les royaumes de la pulitichella et du clientélisme ». Pierre-Jean Luciani en est une démonstration ! Il démontre que nous avons, en Corse, un souci d’hommes et de système. Le 30 juin, il organise un colloque à Ajaccio pour, comme il le fait depuis des mois, saboter le travail réalisé pour la mise en place de la collectivité unique. Quand on voit comme il traite Bonifacio, on peut comprendre qu’une collectivité unique sur laquelle il n’est pas sûr d’avoir la main, ça l’embête fortement et qu’il va tout faire pour la saboter ! Son attitude l’amène forcément à l’échec en matière sociale, culturelle et économique. Quand on échoue dans ses domaines-là, la réalité finale est la violence. C’est ce que nous avons connu en Corse depuis trois siècles. Les gens s’insurgent contre ce genre de comportements, ce qui a donné 35 % d’électorat nationaliste en décembre dernier !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 




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