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Accident mortel de Lumio : L'irresponsabilité en procès


Rédigé par Nicole Mari le Mardi 25 Septembre 2012 à 09:06 | Modifié le Jeudi 27 Septembre 2012 - 13:26


Le procès du tragique accident de la circulation qui, le 8 juin dernier à Lumio, a coûté la vie à deux jeunes gens s'est tenu, ce lundi devant le tribunal correctionnel de Bastia. Le prévenu, qui comparaissait pour homicides involontaires aggravés, a été condamné à 6 ans d'emprisonnement dont 2 avec sursis, une interdiction de délivrance de permis de conduire pendant 7 ans et l'interdiction de conduire tout véhicule, même ceux ne nécessitant pas de permis, pendant 5 ans. Il devra également indemniser les familles des victimes.


Accident mortel de Lumio : L'irresponsabilité en procès

"C'est le procès de l'irresponsabilité", dira l'avocat de la défense, Me Garbarini. Une irresponsabilité et deux vies fauchées, des familles brisées, des destins en suspens. L'inconscience, noeud de ces tragédies dont les routes corses sont le trop fréquent théâtre. Sur le banc des accusés, un prévenu accablé, apeuré, qui ne sait que dire. Sur les bancs du public, les familles et les proches des victimes dignes, silencieuses, qui attendent des réponses qui ne viendront pas.

 

Retour sur les faits

Le 8 juin dernier, vers 22h30 sur la RN 197 au lieu-dit Val del Olmo, près de Lumio, Morgan Masse, au volant d'un 4X4 Touareg, franchit, à une vitesse excessive, une ligne continue pour dépasser un véhicule. Au moment de se rabattre, il percute une Toyota de petite cylindrée arrivant tranquillement en sens inverse. Sous la violence du choc frontal, la Toyota est projetée 35 mètres en arrière et s'écrase contre un mur. À son bord, deux jeunes gens, Paul Paccagnini et Caroline Ledoux, respectivement âgés de 24 et 25 ans. Le jeune homme meurt sur les lieux. La jeune fille, que les pompiers mettront 2 heures à désincarcérer, succombe à son arrivée à l'hôpital de Bastia.

Morgan Masse et son passager, également blessés, sont hospitalisés. A la fin de sa convalescence, mi-juillet, le premier est interpellé, présenté en comparution immédiate et placé sous mandat de dépôt. Il doit répondre « d'homicides involontaires avec circonstances aggravantes ».

 

Une imprudence folle

Morgan Masse n'aurait jamais du conduire ce soir-là. Suite à des infractions répétées au code de la route et à une conduite à risque déjà deux fois sanctionnée, il avait perdu tous ses points. Son permis avait été annulé en septembre 2011. Il était en train de le repasser. Il était sobre, il venait d'aider un ami qui devait se marier et préparait la salle des fêtes pour l'occasion. Il rentrait chez lui. "Mais quelle idée vous a pris de conduire un véhicule sans permis alors que le propriétaire du véhicule est là ?", interroge le président Desplantes. "Vous n'aviez aucune raison de prendre le volant. Et qu'est-ce qui vous prend de doubler le véhicule des futurs mariés avec un véhicule puissant, de nuit ? C'est d'une imprudence folle!"

 

J'assume !

Le prévenu tente à peine de s'expliquer d'une voix basse, morne, apeurée, n'essayant même pas de se disculper : "Sur la ligne droite, j'ai accéléré pour doubler. Je n'ai pas eu conscience de la puissance du véhicule. Je suis arrivé trop vite dans le virage. Je me suis déporté. Je n'étais pas pressé. Je n'avais aucune raison de doubler. Je m'excuse, je n'ai pas réfléchi. Je regrette. C'est ma faute. C'est tragique. J'assume !"

Un témoin émettra l'hypothèse d'une course poursuite, affirmant avoir entendu des chuintements de pneus à trois reprises avant le choc. "Je n'ai pas de souvenirs", murmure le prévenu.

 

Des questions sans réponse

Le "J'assume" est un peu court pour Me Filippi, l'avocat des parties civiles. "Paul et Caroline circulaient tranquillement... Ils ont croisé l'inconscience. Beaucoup de questions se posent. Au nom des familles et des mémoires que je représente, je n'arrive pas à trouver des explications. Assumons jusqu'au bout, jusqu'à la capacité d'expliquer ce qui s'est passé ! Peut-être que ces explications vont paraître futiles, elles sont, dans notre culture, le moyen d'accompagner un deuil. Je représente des gens simples, des travailleurs qui ne veulent pas qu'on leur donne la justice, mais qu'on leur rende la justice !" La plaidoirie est brève, grave, pleine d'émotion.

 

Des risques délibérés

L'inconscience n'est pas retenue par l'avocate générale, Vanina Lepaul-Ercole, qui va, dans son réquisitoire, fustiger "un comportement criminel avec la volonté de porter la mort sur ses épaules en prenant des risques délibérés". Pour elle, le prévenu "décide de conduire, sans permis, un véhicule puissant, à une vitesse excessive et de doubler sans visibilité. Mr Masse peut assumer les infractions au code de la route pour lui-même, comment assumer le risque imposé à autrui !" Elle va demander au Tribunal de "sanctionner fermement ce comportement sans circonstances atténuantes, mais avec des circonstances aggravantes" et requérir 7 ans d'emprisonnement dont 2 avec sursis, une interdiction de délivrance de permis de conduire pendant 10 ans, l'interdiction de conduire tout véhicule, même ceux ne nécessitant pas de permis, pendant 5 ans et 100 d'amende pour chacune des 4 contraventions dues par le prévenu.

 

Des regrets à considérer

L'exercice n'est pas facile pour la défense, Me Garbarini ne s'en cache pas et ne cherche pas à disculper son client. "C'est bien évidemment le procès de l'émotion qui nous gagne tous. C'est surtout le procès de l'irresponsabilité. Comment cet homme, averti deux fois, peut-il monter dans cette voiture, sans permis, et commettre l'irréparable ? J'accable mon client car il mérite d'être accablé sur tout, mais il faut prendre en compte ses regrets. C'est peu de choses pour une famille dans la douleur, mais c'est le premier pas de la responsabilité". Et Me Gabarini va s'attacher à expliquer que ce premier pas est essentiel dans le parcours d'un justiciable quand tant d'autres sont dans le déni. Il demande à la Cour d'en tenir compte. "Il a fallu cet événement tragique pour qu'il se rende compte qu'on ne peut pas agir comme ça. Il va devoir porter ce lourd fardeau, vivre avec ces deux morts devant les familles, face au village. On a un début d'explication et de véritables regrets. C'est peu de choses dans ce dossier lourd, mais ça a le mérite d'exister".

 

Des dommages et intérêts

Après avoir délibéré, le Tribunal reconnaît le prévenu coupable des faits qui lui sont reprochés et le condamne à 6 ans d'emprisonnement dont 2 avec sursis, une interdiction de délivrance de permis de conduire pendant 7 ans, l'interdiction de conduire tout véhicule, même ceux ne nécessitant pas de permis, pendant 5 ans et 400 d'amendes au titre des contraventions dues. Il le condamne également à payer aux parties civiles des dommages et intérêts à hauteur de 25 000 par parent, 15 000 par frère et sœur et par grand parent, 2000 pour chaque famille, ainsi que le remboursement des dépenses de sécurité sociale occasionnées par la prise en charge médicale de Caroline Ledoux.

Les familles et les proches des victimes accueilleront le verdict dans un silence absolu et quitteront le Tribunal sans le moindre commentaire.





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