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8 000 m² de l'hyper-centre bastiais, rachetés par la ville grâce au soutien de l'Office foncier


Rédigé par le Mercredi 31 Août 2016 à 22:17 | Modifié le Vendredi 2 Septembre 2016 - 00:52


L'Office foncier de Corse s'est porté ce matin (mercredi) acquéreur de l'îlot de la Poste à Bastia pour le compte de la ville. La municipalité aura trois ans pour élaborer au mieux un projet structurant, afin de favoriser son développement économique.


Jean-Christophe Angelini, Gilles Simeoni et Pierre Savelli, signant l'acquisition de l'îlot de la Poste de Bastia.
Jean-Christophe Angelini, Gilles Simeoni et Pierre Savelli, signant l'acquisition de l'îlot de la Poste de Bastia.
L'îlot de la Poste, c'est ce grand ensemble bâti de 8000 m² à l'emplacement stratégique: entre la vallée du Fangu, le port de commerce et la Place Saint Nicolas. Il était mis en vente par Orange pour la somme de 3.470.000 €. Soucieuse de maîtriser l'urbanisation de son hyper-centre, la ville de Bastia a fait valoir son droit de préemption pour s'en porter acquéreuse. Afin de mener au mieux son projet, Bastia a sollicité l'Office foncier de la Corse.

Créé en 2014 et doté d'une enveloppe de douze millions d'euros, l'O.F.C. est opérationnel depuis le début de l'année 2016. il a pour mission de promouvoir des stratégies destinées à mobiliser du foncier, favoriser le développement durable et lutter contre l'étalement urbain.
  
Une convention de portage a donc été signée entre la commune de Bastia et l'O.F.C.: ce dernier a racheté l'îlot, et s'est engagé à le rétrocéder à la commune au prix de revient actualisé. La ville, elle, bénéficie désormais de trois ans pour viabiliser son projet de développement, techniquement et financièrement.
  

de gauche à droite: les dirigeants d'Orange propriétaire de l'îlot de la Poste,  Jean-Christophe Angelini, Gilles Simeoni, Pierre Savelli, et leurs collaborateurs.
de gauche à droite: les dirigeants d'Orange propriétaire de l'îlot de la Poste, Jean-Christophe Angelini, Gilles Simeoni, Pierre Savelli, et leurs collaborateurs.
Un Projet ambitieux
Le but de la manœuvre est de restructurer à terme tout le centre-ville. Selon Pierre Savelli, la nouvelle construction devra symboliser l'avènement d'un nouveau Bastia, ancré dans la modernité. Le nouvel ensemble bâti devra favoriser le rayonnement de la ville, et au-delà, le développement économique de tout le grand  Bastia.
   

Pierre Savelli, Maire de Bastia.
Pierre Savelli, Maire de Bastia.



" C'est actuellement près de 8000 m², une surface utilisable qui va doubler avec ce projet (entre 15 et 18 000 m²). Notre ambition est d'en faire, déjà au niveau architectural, un bâtiment emblématique de ce que sera Bastia demain. Il préfigurera ce que nous voulons faire de la vallée du Fangu : c'est pour nous l'erreur architecturale n°1 de l'histoire de la ville. Au niveau économique aussi, c'est un enjeu incroyable. 

La Poste restera, de même que Orange. Il y aura probablement du logement - social ou non -, un hôtel, des bureaux, une grande enseigne ou des commerces, et pourquoi pas un étage dédié aux start-ups... Il y aura un appel à projets.  

Cette convention permet à Bastia de ne pas investir 3.5 millions d'euros de suite, et d'avoir une marge de manœuvre conséquente en matière de temps aussi : deux ou trois ans pour réfléchir tranquillement de ce qu'il faut faire pour favoriser au mieux le développement économique dans le centre-ville. Je pense que l'Office foncier trouve ici pleinement sa vocation."
  


Un travail qui porte ses fruits

 Cette acquisition ne s'est pas faite en un jour. L'îlot de la Poste n'est en réalité pas dans le domaine de préemption historique de la ville . En conséquence, sa vente aurait pu se faire à des investisseurs privés sans que la municipalité n'ait de droit de regard sur l'opération.
  
C'est après avoir été élue à la tête de la ville en 2014 que la nouvelle majorité en a élargi le domaine de préemption. Cette démarche lui a permis de faire valoir son droit, et de se positionner sur le rachat de ces 8000 m² de son hyper-centre. A l'époque, Gilles Simeoni était maire de Bastia.

Gilles Simeoni, Président de l'Exécutif de l'Assemblée de Corse.
Gilles Simeoni, Président de l'Exécutif de l'Assemblée de Corse.

 
" Quand j'étais maire de Bastia, un de mes premiers actes a été de vérifier le périmètre de préemption de la ville, que j'ai considéré trop réduit. Il fallait notamment intégrer à ce périmètre les quartiers du centre ancien, ainsi que ceux de la ville du 19ème et du début 20ème siècle. Ça nous a permis d'intégrer le périmètre dans lequel se situe les bureaux de la Poste.

Après cette première délibération, une seconde a été de faire jouer le droit  de préemption de la ville sur cet îlot de la Poste, parce que nous pensions qu'une opération immobilière aussi importante avec une portée stratégique aussi forte ne pouvait pas rester uniquement entre les mains du Privé.

Lorsque nous avons pris nos responsabilité à l'Assemblée, nous avons réfléchi aux opérations susceptibles d'être financées rapidement par l'Office, puisque celui-ci n'est devenu fonctionnel qu'au début de l'année 2016. Cette opération permettra à la ville de mener des études de programmation, avec une concertation très large pour définir un projet structurant, au niveau architectural aussi avec certainement un concours international.

Il y a eu un débat au sein de l'Office : est-ce que l'on doit concentrer l'ensemble des actions uniquement dans les territoires ruraux -puisque cette défense de l'intérieur est pour nous une priorité politique-, ou doit-on aussi faire des interventions en milieu urbain ? Ce débat a finalement été tranché à l'unanimité par le Conseil d'administration de l'O.F.C. : il faut effectivement que l'Office intervienne aussi en milieu urbain sous certaines conditions. Cette opération, qui est selon moi exemplaire et neutre d'un point de vue financier pour l'Office, les remplissait."


Interview de Jean-Christophe Angelini, Président de l'Office foncier de Corse

Jean-Christophe Angelini, Président de l'Office foncier de Corse.
Jean-Christophe Angelini, Président de l'Office foncier de Corse.


"On est dans la vocation de l'Office puisque nous avons un intérêt à agir en milieu rural, mais aussi en milieu urbain dès lors que l'intérêt public et général est engagé. Non pas que nous nous méfions du privé -j'aurais pour le coup mauvaise grâce à le dire-, mais tout simplement parce que nous considérons qu'il faut articuler les deux. Lorsque l'on évoque des endroits aussi stratégiques, il faut que le Public et en l'occurrence l'O.F.C., en s'articulant étroitement avec le Privé, porte l'opération pour le compte des collectivités locales.
  

3.5 millions pour Bastia c'est potentiellement 3.5 millions de moins dans le rural. Il y a eu un long débat en amont pour déterminer si l'Office devait - ou non - s'investir à une si grande hauteur dans un centre urbain. Quels étaient les pour et les contre ?
  
Il y a eu en effet un long débat très riche au sein du Conseil d'administration de l'O.F.C., qui a donné à un vote à l'unanimité des présents au C.A. Il fallait veiller à respecter l'équilibre territorial, que ce soit au niveau intérieur-littoral, rural-urbain ou nord-sud.
 
Vous avez bien compris que dès lors que nous investissons aujourd'hui 3.5 millions d'euros à Bastia, nous avons vocation à investir au moins autant - si ce n'est d'avantage - dans les prochains mois et années dans le rural et l'intérieur. D'ailleurs aujourd'hui, nous avons certes des projets qui émanent de villes comme Aiacciu et Purtivechju, mais nous avons aussi et très majoritairement des projets qui émanent de très petites communes, qui n'ont naturellement pas les moyens d'intervenir par elles-mêmes.

L'Office foncier de la Corse, depuis sa création, a effectué une autre opération  importante : sur la commune de Belgodère ?

Cette opération s'ajoute à celle de Belgodère, qui a été finalisée au cours des derniers mois : l'acquisition par l'O.F.C. d'une ancienne gendarmerie désaffectée pour la somme d'1.2 million d'euros, transformée en logements communaux à loyers modérés. Au total sur ces deux investissements : cinq millions investis  en un temps record au bénéfice de l'Economie, puisque cela va générer un impact en terme de travaux et des bénéfices généraux en matière de logements, d'activités économiques et d'implantation d'administrations.

Tout ceci concourt à dessiner une économie nouvelle, et plus généralement un territoire plus conforme à l'aménagement que nous souhaitons.
  
Aujourd'hui, cinq millions investis entre Bastia et Belgodère : investissements en Haute-Corse donc, qu'en est-il de l'équilibre Nord - Sud ?
  
Dans le Sud il y a eu à ce jour peu d'investissements, mais il y a énormément de projets, et j'ai d'ailleurs égrainé la liste de toutes les communes qui les portent auprès de l'O.F.C. : l'immense majorité de ses communes est issue de Corse-du-Sud, et pour beaucoup de la proximité directe d'Aiacciu. Nous allons continuer à discuter avec elle pour finaliser des opérations avec encore une fois ce souci d'équilibre.
  
Pour l'instant concernant l'enveloppe dévolue à l'O.F.C. de douze millions d'euros, une somme conséquente reste donc inutilisée malgré les dossiers en attente ?
  
Conséquente c'est beaucoup dire, j'aimerais qu'elle le soit beaucoup plus. Je serai le 12 septembre prochain à Saint Nectaire pour l'assemblée annuelle des établissements publics fonciers locaux de France. Nous avons été invités et nous allons confrontés les expériences et les budgets des uns et des autres... Mais j'étais il y a peu encore au Pays Basque, où j'ai pu discuter avec le président de l'administration local et m'apercevoir qu'il y avait des moyens bien plus conséquents : de l'ordre de 30 à 50% pour des territoires comparables concernant l'aménagement et le nombre d'habitants, et notamment un recours à l'emprunt pour l'Office auquel nous sommes en train de réfléchir.

Je considère que l'O.F.C. n'a pas vocation uniquement à investir pour les Collectivités locales: il faut que son action puisse servir à réguler les prix du foncier et de l'immobilier dès lors que le statut de résidents nous est toujours interdit pour l'instant. Je crois que nous devons agir puissamment sur les prix du marché, et je pense que ça passe par un renforcement des moyens financiers de l'Office."





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