Michel Castellani, député Femu a Corsica de la 1ère circonscription de Haute-Corse, membre du groupe LIOT. (Photo Gérard Baldocchi)
- Comment se présente pour vous cette rentrée ?
- Comme souvent, c’est une reprise sur les chapeaux de roue. En plus des traditionnelles rentrées, - tribunaux, lycées… - j’ai en ligne de mire une réunion à Bercy, un déplacement dans le Sud-Ouest de la France dans le cadre du projet de loi sur les coopératives, les journées parlementaires du groupe LIOT, les contacts avec quelques mairies, et déjà la Commission des finances. Sans compter les sollicitations pour des questions ponctuelles.
- C’est une rude rentrée pour la majorité territoriale qui subit les attaques de toutes les oppositions. Un député vient de taxer Gilles Simeoni de « mauvais », comment réagissez-vous ?
- La tonalité employée par Mr Ceccoli est effectivement très agressive. Je passe sur la supposée tyrannie de Gilles Simeoni, tellement c’est ridicule. Mais voir Mr Ceccoli, en compagnie de Mme Marechal le Pen, expliquer que Gilles est « mauvais » me choque profondément. Qui s’est levé pour poser la question corse ? Mr Ceccoli et ses amis, ou les nationalistes dans leur diversité ? Qui s’est battu pour arracher une université ? Pour mettre fin à un modèle de continuité territoriale catastrophique ? Pour défendre notre langue ? Pour redécouvrir et prolonger notre histoire ? Des décennies durant, l’opposition a disposé de l’essentiel des leviers du pouvoir, les députés, les sénateurs, les conseils généraux, les mairies. Et quel a été le résultat ? Ils ont fait de la Corse un désastre social, économique, culturel et démographique. Qui s’est levé, qui a payé le prix ? Nier les réalités constitue à la fois une injustice et une provocation. Et l’agressivité n’efface pas les réalités. Quand Mr Ceccoli dit que la majorité a échoué sur la politique de l’eau, il oublie sans doute que sa majorité est restée aux affaires pendant trente ans sans sortir un seul barrage. Aujourd’hui, au contraire, les procédures concernant la retenue des dix millions de mètres cubes de Vadina sont largement engagées. On peut discuter les choix, les délais, les méthodes, mais on ne peut pas réécrire l’histoire.
- Il y a en Corse un débat politique sur l’autonomie, le peuple corse, la langue corse... Le mouvement Palatinu et son leader affirment que la meilleure solution réside dans le programme du RN. Qu’en dites-vous ?
- Je constate simplement que lors du vote sur le projet de loi constitutionnel, les 120 députés du Rassemblement National ont voté contre comme un seul homme, en expliquant que l’on était en train de défaire la France et que les revendications de la Corse relevaient du communautarisme. Ils prétendent être pour l’autonomie, mais pour LEUR conception de l’autonomie ! Or, la conception de l’autonomie du RN, qui est, par définition, un parti très fortement centralisateur et nationaliste, consiste à renforcer l’autorité des préfets, l’autorité locale de l’Etat. Ce n’est en rien l’autonomie telle que nous la préconisons avec un pouvoir territorial qui rapproche la compétence du terrain. Le RN, c’est une autre conception. En politique, il y a toujours le piège des mots. Le RN appelle autonomie ce qui n’est qu’une décentralisation administrative à destination des préfets, une forme de desserrement de l’État central. Ce n’est pas du tout la logique profonde de l’autonomie !
- Ce courant met en avant le danger de submersion migratoire étrangère. Pour le démographe que vous êtes, quel est le vrai problème ?
- Depuis l’an 2000, le bilan migratoire est excédentaire de 106 000 unités. Il y a officiellement dans l’île 34 500 natifs de l’étranger dont 19 000 viennent des pays européens et 13 000 du Maghreb. A ces personnes s’ajoutent les arrivants de France continentale, qui sont nettement plus nombreux. Ces flux posent sérieusement le problème de la sauvegarde de notre cohésion sociale, de la langue, d’un projet collectif. Maitriser cette tendance est infiniment plus difficile que de la dénoncer. Selon moi, notre préoccupation principale doit être d’agir sur le foncier et les transactions immobilières, donc la lutte contre la spéculation, et de pousser en matière d’enseignement. Car c’est là où se joue l’avenir. Ancrer la connaissance de notre histoire et la maîtrise de notre langue, diffuser nos valeurs, c’est donner un avenir à notre peuple. C’est précisément pour tout cela que l’autonomie est nécessaire. Il ne suffit pas de se servir des mouvements migratoires comme d’un fonds de commerce. Proclamer urbi et orbi est facile. Plus délicat est de mener une politique qui doit, par ailleurs, être de niveau européen, sous peine de se révéler totalement illusoire.
- Est-ce, pour vous, une justification de la revendication d’autonomie ?
- Entre autres. L’autonomie n’a pas pour objet de singulariser la Corse par plaisir. Elle doit nous donner des compétences pour agir plus efficacement en matière économique, sociale, sociétale et culturelle. Certains prétendent que l’autonomie ne remplira pas le frigidaire. Si les institutions actuelles étaient efficaces, les frigos seraient pleins ! En réalité, on ne peut pas dissocier structure institutionnelle et vie sociale. La première conditionne les règles du jeu qui dictent la qualité de la seconde. En toute hypothèse, nous ne sommes pas condamnés à choisir entre l'identité corse et l’ouverture au monde, ni entre l'autonomie et la question sociale. La question est ailleurs : savoir si nous avons ou pas les outils politiques pour agir sur ces réalités.
- Pensez-vous que le parcours législatif d’autonomie ira à son terme ?
- Le 23 juin dernier, le projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République a été adopté. C’est un premier pas. Au passage, je soulignerai que la légitimité de cette revendication a été reconnue malgré l’opposition totale du RN, de l’Union des droites, et des Républicains, ce qui interroge sur la crédibilité de leurs représentants locaux. Il reste maintenant à convaincre le Sénat et les 3/5èmes du Congrès. Puis commencera un combat décisif avec la loi organique qui définira la nature des compétences réellement transférées et leurs ressources financières. Car une autonomie sans dimension fiscale et financière serait illusoire. Tout ceci est long et rendu difficile par des oppositions féroces, mais le chemin est toujours ouvert.
- Avec la rentrée parlementaire va se poser de nouveau le problème de l’édification du budget. Là aussi, le chemin semble ardu ?
- Je ne suis pas seul à penser que l’équation est impossible à résoudre. Avec une croissance nulle, et même négative sur le second semestre, il n’y a aucune marge de manœuvre. La cible de 5% du PIB fixée par le gouvernement ne peut pas être obtenue et la dette publique, 3600 milliards, a atteint les 118% au mois d’août. Avec la dérive des taux d’intérêt, 4,1% sur les OAT (Obligation assimilable du Trésor) à dix ans, la totalité de l’impôt sur le revenu ne suffira bientôt plus à payer les 80 milliards de charge de la dette. Une part croissante des ressources publiques est consacrée au paiement de ces intérêts plutôt qu'au financement des politiques publiques. Face à ce panorama, le Premier Ministre a écrit à chaque député pour demander un consensus qu’il n’obtiendra pas, surtout en période pré-électorale. Tout ceci est très malsain. Nous n’avons pas fini de payer des impôts pour enrichir les spéculateurs et les fonds de pensions.
- Sans consensus, comment voter un budget ? A quoi faut-il s’attendre ?
- Les contraintes sont telles que se profile l’idée que l’édification de ce budget se résolve en loi spéciale. Tout le monde essaye de l’éviter parce qu’avec un budget spécial, on ne freine pas le dérapage, on ne peut pas modifier les bases d’un budget précédent. En même temps, dans la perspective des élections présidentielles, personne ne veut faire de concession. A mon avis, vu comment les cartes sont distribuées, la loi spéciale est l’hypothèse la plus probable.
Propos recueillis par Nicole MARI.
- Comme souvent, c’est une reprise sur les chapeaux de roue. En plus des traditionnelles rentrées, - tribunaux, lycées… - j’ai en ligne de mire une réunion à Bercy, un déplacement dans le Sud-Ouest de la France dans le cadre du projet de loi sur les coopératives, les journées parlementaires du groupe LIOT, les contacts avec quelques mairies, et déjà la Commission des finances. Sans compter les sollicitations pour des questions ponctuelles.
- C’est une rude rentrée pour la majorité territoriale qui subit les attaques de toutes les oppositions. Un député vient de taxer Gilles Simeoni de « mauvais », comment réagissez-vous ?
- La tonalité employée par Mr Ceccoli est effectivement très agressive. Je passe sur la supposée tyrannie de Gilles Simeoni, tellement c’est ridicule. Mais voir Mr Ceccoli, en compagnie de Mme Marechal le Pen, expliquer que Gilles est « mauvais » me choque profondément. Qui s’est levé pour poser la question corse ? Mr Ceccoli et ses amis, ou les nationalistes dans leur diversité ? Qui s’est battu pour arracher une université ? Pour mettre fin à un modèle de continuité territoriale catastrophique ? Pour défendre notre langue ? Pour redécouvrir et prolonger notre histoire ? Des décennies durant, l’opposition a disposé de l’essentiel des leviers du pouvoir, les députés, les sénateurs, les conseils généraux, les mairies. Et quel a été le résultat ? Ils ont fait de la Corse un désastre social, économique, culturel et démographique. Qui s’est levé, qui a payé le prix ? Nier les réalités constitue à la fois une injustice et une provocation. Et l’agressivité n’efface pas les réalités. Quand Mr Ceccoli dit que la majorité a échoué sur la politique de l’eau, il oublie sans doute que sa majorité est restée aux affaires pendant trente ans sans sortir un seul barrage. Aujourd’hui, au contraire, les procédures concernant la retenue des dix millions de mètres cubes de Vadina sont largement engagées. On peut discuter les choix, les délais, les méthodes, mais on ne peut pas réécrire l’histoire.
- Il y a en Corse un débat politique sur l’autonomie, le peuple corse, la langue corse... Le mouvement Palatinu et son leader affirment que la meilleure solution réside dans le programme du RN. Qu’en dites-vous ?
- Je constate simplement que lors du vote sur le projet de loi constitutionnel, les 120 députés du Rassemblement National ont voté contre comme un seul homme, en expliquant que l’on était en train de défaire la France et que les revendications de la Corse relevaient du communautarisme. Ils prétendent être pour l’autonomie, mais pour LEUR conception de l’autonomie ! Or, la conception de l’autonomie du RN, qui est, par définition, un parti très fortement centralisateur et nationaliste, consiste à renforcer l’autorité des préfets, l’autorité locale de l’Etat. Ce n’est en rien l’autonomie telle que nous la préconisons avec un pouvoir territorial qui rapproche la compétence du terrain. Le RN, c’est une autre conception. En politique, il y a toujours le piège des mots. Le RN appelle autonomie ce qui n’est qu’une décentralisation administrative à destination des préfets, une forme de desserrement de l’État central. Ce n’est pas du tout la logique profonde de l’autonomie !
- Ce courant met en avant le danger de submersion migratoire étrangère. Pour le démographe que vous êtes, quel est le vrai problème ?
- Depuis l’an 2000, le bilan migratoire est excédentaire de 106 000 unités. Il y a officiellement dans l’île 34 500 natifs de l’étranger dont 19 000 viennent des pays européens et 13 000 du Maghreb. A ces personnes s’ajoutent les arrivants de France continentale, qui sont nettement plus nombreux. Ces flux posent sérieusement le problème de la sauvegarde de notre cohésion sociale, de la langue, d’un projet collectif. Maitriser cette tendance est infiniment plus difficile que de la dénoncer. Selon moi, notre préoccupation principale doit être d’agir sur le foncier et les transactions immobilières, donc la lutte contre la spéculation, et de pousser en matière d’enseignement. Car c’est là où se joue l’avenir. Ancrer la connaissance de notre histoire et la maîtrise de notre langue, diffuser nos valeurs, c’est donner un avenir à notre peuple. C’est précisément pour tout cela que l’autonomie est nécessaire. Il ne suffit pas de se servir des mouvements migratoires comme d’un fonds de commerce. Proclamer urbi et orbi est facile. Plus délicat est de mener une politique qui doit, par ailleurs, être de niveau européen, sous peine de se révéler totalement illusoire.
- Est-ce, pour vous, une justification de la revendication d’autonomie ?
- Entre autres. L’autonomie n’a pas pour objet de singulariser la Corse par plaisir. Elle doit nous donner des compétences pour agir plus efficacement en matière économique, sociale, sociétale et culturelle. Certains prétendent que l’autonomie ne remplira pas le frigidaire. Si les institutions actuelles étaient efficaces, les frigos seraient pleins ! En réalité, on ne peut pas dissocier structure institutionnelle et vie sociale. La première conditionne les règles du jeu qui dictent la qualité de la seconde. En toute hypothèse, nous ne sommes pas condamnés à choisir entre l'identité corse et l’ouverture au monde, ni entre l'autonomie et la question sociale. La question est ailleurs : savoir si nous avons ou pas les outils politiques pour agir sur ces réalités.
- Pensez-vous que le parcours législatif d’autonomie ira à son terme ?
- Le 23 juin dernier, le projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République a été adopté. C’est un premier pas. Au passage, je soulignerai que la légitimité de cette revendication a été reconnue malgré l’opposition totale du RN, de l’Union des droites, et des Républicains, ce qui interroge sur la crédibilité de leurs représentants locaux. Il reste maintenant à convaincre le Sénat et les 3/5èmes du Congrès. Puis commencera un combat décisif avec la loi organique qui définira la nature des compétences réellement transférées et leurs ressources financières. Car une autonomie sans dimension fiscale et financière serait illusoire. Tout ceci est long et rendu difficile par des oppositions féroces, mais le chemin est toujours ouvert.
- Avec la rentrée parlementaire va se poser de nouveau le problème de l’édification du budget. Là aussi, le chemin semble ardu ?
- Je ne suis pas seul à penser que l’équation est impossible à résoudre. Avec une croissance nulle, et même négative sur le second semestre, il n’y a aucune marge de manœuvre. La cible de 5% du PIB fixée par le gouvernement ne peut pas être obtenue et la dette publique, 3600 milliards, a atteint les 118% au mois d’août. Avec la dérive des taux d’intérêt, 4,1% sur les OAT (Obligation assimilable du Trésor) à dix ans, la totalité de l’impôt sur le revenu ne suffira bientôt plus à payer les 80 milliards de charge de la dette. Une part croissante des ressources publiques est consacrée au paiement de ces intérêts plutôt qu'au financement des politiques publiques. Face à ce panorama, le Premier Ministre a écrit à chaque député pour demander un consensus qu’il n’obtiendra pas, surtout en période pré-électorale. Tout ceci est très malsain. Nous n’avons pas fini de payer des impôts pour enrichir les spéculateurs et les fonds de pensions.
- Sans consensus, comment voter un budget ? A quoi faut-il s’attendre ?
- Les contraintes sont telles que se profile l’idée que l’édification de ce budget se résolve en loi spéciale. Tout le monde essaye de l’éviter parce qu’avec un budget spécial, on ne freine pas le dérapage, on ne peut pas modifier les bases d’un budget précédent. En même temps, dans la perspective des élections présidentielles, personne ne veut faire de concession. A mon avis, vu comment les cartes sont distribuées, la loi spéciale est l’hypothèse la plus probable.
Propos recueillis par Nicole MARI.








Envoyer à un ami
Version imprimable






