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Vanina Pieri : « Le tourisme est le pilier de l’économie insulaire et l’avenir de la Corse »


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 17 Avril 2013 à 23:47 | Modifié le Vendredi 19 Avril 2013 - 00:47


A l’orée de la nouvelle saison estivale, alors que l’avant-saison peine à démarrer, le tourisme pâtit d’un contexte général de crise et d’instabilité qui, en influant sur les comportements des consommateurs, fait peser nombre d’incertitudes sur ce secteur clé de l’économie insulaire. La présidente de l’Agence du tourisme (ATC) et conseillère exécutive, Vanina Pieri, fait, pour Corse Net Infos, un tour d’horizon de la situation et des actions menées par l’ATC sur tous les fronts, tant au niveau du transport, de l’hébergement et de la promotion. Elle explique sa vision d’un modèle de développement axé sur la diversité de l’offre et affirme se battre pour donner au tourisme la place qui doit être la sienne dans l’économie locale.


Vanina Pieri : « Le tourisme est le pilier de l’économie insulaire et l’avenir de la Corse »
- Comment appréhendez-vous cette nouvelle saison touristique ?
- Comme on les appréhende toutes ! Avec l’espoir, à terme, de ne plus parler de saison, mais d’un tourisme à l’année. Cette saison 2013 s’inscrit sous un double auspice. D’abord, celui de la crise. Nous faisons énormément d’efforts sur les marchés, nous croyons qu’ils seront rentables. Ensuite, et surtout, celui d’une nouveauté historique : 2013 est l’année qui totalise le plus d’offres dans l’aérien, le plus grand nombre d’ouvertures de ligne et de sièges disponibles. Nous travaillons avec les compagnies aériennes sur des promotions et des tarifs attractifs pour faire en sorte que, cette saison, la Corse tire son épingle du jeu.
 
- Combien y-a-t-il de lignes ouvertes ?
- Un certain nombre de lignes nouvelles ont été ouvertes, notamment Nantes, Bordeaux, Toulouse qui a été inaugurée le 18 mars… Prenons l’exemple de Toulouse : la ligne passe de 9000 à 100 000 sièges sur les 6 mois d’été. Nous espérons, à terme, maintenir cette ligne ouverte à l’année. C’est quand même extraordinaire de multiplier par 10 le nombre de sièges sur une seule ligne ! Les sièges sont multipliés par 4 sur Bordeaux, par 3 sur Nantes… Des offres s’organisent au niveau régional, d’autres sur l’étranger. Les CCI (Chambre de commerce et d’industrie) font leur travail. Concrètement, 2013 sera une année d’explosion en matière d’offre aérienne.
 
- Avez-vous chiffré l’augmentation du volume touristique que vous escomptez tirer de cette multiplication de l’offre ?
- Il est compliqué de faire des pronostics. On verra comment agira l’émulation du marché... Nous avons accueilli, en 2012, près de 3 millions de touristes. Nous espérons faire autant, voire mieux, d’année en année. Notre objectif n’est pas de savoir combien de touristes nous allons accueillir dans la saison, mais plutôt comment installer un tourisme à l’année avec une offre de transport cohérente, des prix attractifs et des hébergements à qui on donne les moyens de rester ouverts en permanence. Nous voulons étaler la saison et recevoir du monde en dehors de cette pointe estivale plutôt que de faire +4%, +5% ou +6% sur cette pointe.
 
- La saison touristique est-elle toujours fortement concentrée sur les deux mois de juillet et d’août ?
- Pas tellement ! Il faut encore faire des efforts sur les 15 premiers jours de juillet qui restent encore creux pour l’hébergement à cause des départs en vacances plus tardifs. L’avant-saison se passe normalement plutôt bien, même si, l’an dernier, l’élection présidentielle l’a, quelque peu, mitigée. L’arrière-saison s’allonge. L’Insee a annoncé que le 4ème trimestre 2012 était un record historique en matière de fréquentation touristique. Petit à petit, les choses avancent.
 
- Que faites-vous concrètement pour développer l’avant et l’arrière-saison ?
- Nous ciblons les marchés. Nous allons dans les régions qui ont été un peu abandonnées ces dernières années puisque nous recevons, essentiellement, de la clientèle venant de PACA, de Paris et de Rhône-Alpes. C’est pour cela que nous démarchons des régions comme celles de Bordeaux, Nantes et Toulouse. Nous portons la bonne parole autour d’un concept qui s’appelle : « La Corse s’invite à … ».
 
- En quoi consiste-t-il ?
- Il consiste en une rencontre privilégiée avec les journalistes autour de la gastronomie, en un grand workshop où l’offre Corse rencontre, en direct, les agences de voyages et en un grand diner avec des leaders d’opinion, tout ce que les sociétés locales comptent de gens influents. Nous espérons faire de toutes ces personnes des ambassadeurs pour porter la bonne parole, celle de la destination Corse.
 
- Déclinez-vous ce concept uniquement en France ou aussi en Europe ?
- Pendant l’année d’essai, nous l’avons centré sur la France pour caler le format. En septembre, nous attaquons Zurich et Genève. L’objectif, à terme, est de sortir, petit à petit, de la seule logique des salons, où finalement la Corse est en confrontation avec toutes les autres destinations, pour aller vers ces manifestations bilatérales où nous pouvons montrer notre offre et incarner la Corse d’aujourd’hui. A terme, notre objectif est d’attaquer l’ensemble de nos marchés prioritaires avec ce concept.
 
- Prévoyez-vous d’autres actions dans l’immédiat ?
- D’abord, toutes les actions avec les transporteurs avec qui nous avons des partenariats. Quand on nous alerte sur des baisses de réservation, nous travaillons avec les compagnies, notamment aériennes, sur de la stratégie Web où s’organisent, aujourd’hui, 70 % des voyages. C’est, pour nous, cette année, un axe fort puisque nous proposons un agrégateur, c’est-à-dire un seul site : « www.visit-corsica.com », qui concentre l’ensemble de l’offre. En un clic, le site permet d’accéder à tout ce que la Corse compte en matière de pôles, de microrégions, d’identité, de savoir-faire, de culture et d’acteurs. Ce site est largement fréquenté puisqu’il dépasse 1,2 million de visiteurs. Il est la preuve que, lorsqu’on travaille avec les offices de tourisme et qu’on maille le territoire, ça fonctionne.
 
- La problématique récurrente des régions touristiques est le choix entre un modèle de masse ou de luxe. Quel type de tourisme faut-il, selon vous, développer en Corse ?
- Pour moi, le bon modèle n’est pas un tourisme de masse, tout simplement parce que la Corse ne peut pas l’accueillir, mais ce n’est pas non plus un tourisme de luxe, au sens premier du terme, c’est-à-dire avec uniquement des établissements classés 4 ou 5 étoiles. La force de la Corse, aujourd’hui, est de concentrer sur un seul territoire une offre complémentaire qui va du camping à l’hôtellerie de luxe en passant par la résidence de tourisme. C’est aussi d’avoir 9 microrégions organisées en pôles avec 9 identités différentes. Pour le visiteur, la Corse n’est pas une région, mais véritablement un pays composé de littoral, de plaine, de moyenne montagne, de haute montagne, le tout dans une complémentarité et sur un périmètre très restreint.
 
- Le tourisme étant concentré sur le littoral, que comptez-vous faire pour développer l’intérieur ?
- Nous disposons d’un règlement d’aides qui bonifie toutes les actions se faisant à l’intérieur des terres et les gens désireux de s’implanter dans le rural. Un seul exemple : les hôteliers ne bénéficient pas d’aides à la création. Nous mettons au point un dispositif d’aides à la construction d’hébergements à l’intérieur des terres. Nous faisons ce pari parce que, la Corse étant vécue comme une destination littorale, il est plus facile de construire au bord de mer que dans l’intérieur. Nous cherchons à changer cette image au travers de notre label « Corsica made » et nos campagnes de promotion. Nous sommes en train de travailler avec des hôteliers, situés à l’intérieur des terres, autour du concept « Terroirs & Passion » pour proposer une offre basée sur la gastronomie, les visites de cave, de vignerons, de producteurs… Nous maillons la grille Tourisme et nous faisons le pari de la complémentarité.
 
- Les hôteliers se plaignent de la concurrence sauvage d’offres de locations par des non-professionnels. Quelle est votre position ?
- L’offre non-marchande est fortement représentée. On ne peut pas le nier ! L’ATC n’a pas de moyens réels pour lutter contre cette offre. L’objectif est de travailler avec les maires autour de la perception de la taxe de séjour. Il faut, au niveau communal, recenser toutes ces offres pour les réglementer et en régulariser un certain nombre. Certaines, d’ailleurs, sont déclarées, d’autres non, pour ne pas payer d’impôt. L’Etat doit multiplier les contrôles sur certains endroits où la concentration crée des effets d’aubaine. Mais, croire qu’on peut faire disparaître cette offre non-marchande est un leurre. Il faut aussi reconnaître que, sans cette offre, peut-être ne pourrions-nous pas absorber tout le flux qui arrive sur le pic estival ! Quoi qu’il en soit, il faut travailler avec les hôteliers pour que l’offre marchande monte en valeur et en compétitivité.
 
- Quel est le poids actuel du tourisme dans l’économie corse et celui que vous comptez obtenir ?
- Le tourisme est le pilier de l’économie insulaire. La dernière enquête effectuée montre que le PIB (Produit intérieur brut) de richesse créée se situe autour de 12%. Si on rajoute les richesses indirectes émanant du tourisme, comme, par exemple, le transport ou la grande distribution, ce chiffre atteint 20% de l’économie productive. Le tourisme est donc la première force économique du territoire. Il faut montrer sa place, sensibiliser les gens au fait qu’il ne doit plus être une économie de cueillette, mais une véritable économie structurée. Dans cet espace fortement concurrentiel, on ne peut pas se contenter de bricoler, il faut de vrais professionnels.
 
- N’est-ce pas le cas ?
- Nous les avons. Nous sommes les meilleurs élèves au niveau d’Atout France pour le classement hôtelier, ce qui prouve que nous avons des établissements de qualité. Je me bats au quotidien pour donner à ce secteur une véritable légitimité. Nous devons, tous ensemble, travailler pour que le tourisme prenne la place qui est la sienne et montre, en s’associant avec l’agriculture, qu’il est l’avenir de la Corse. Le défi est de créer un tourisme à l’année, intégré dans un développement local qui associe la population à la manne touristique, avec une clientèle diversifiée qui a fait les beaux jours de l’île pendant 30 ans.
 
Propos recueillis par Nicole MARI




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