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« Un’Pienghjite Micca - Les Anonymes » sur Canal + : CNI attend vos réactions


Rédigé par le Lundi 11 Mars 2013 à 18:02 | Modifié le Mardi 12 Mars 2013 - 02:22


Explorer « la dimension humaine » d’un assassinat politique ? C’est la quête du film bouleversant de Pierre Schoeller « Un’Pienghjite Micca - Les Anonymes » qui revient sur l’assassinat Claude Erignac, préfet de la Région Corse, le 6 février 1998 à Ajaccio. Tourné souvent en langue corse, avec des acteurs insulaires exceptionnels, cette « fiction hybride » a été diffusée lundi soir sur la chaîne cryptée Gardes à vue à la DNAT, confrontations chez le juge antiterroriste, archives : le scénario revient sur ce chapitre de l’histoire du nationalisme corse depuis Aléria jusqu’aux procès d’Yvan Colonna (1975 à 2007). Marie Peretti nous en avait parlé le 29 Janvier dernier. Rappel après la diffusion ce Lundi soir sur Canal+


(Photo Jérôme Prébois / Scarlett Productions / Canal+)
(Photo Jérôme Prébois / Scarlett Productions / Canal+)
Une réconciliation est-elle possible ? Comment parler d’écoute, de communication non-violente en Corse ? Ces questions, ces enjeux, flottent en transparence, en sous-texte invisible mais actif, tout  au long du film-passerelle de Pierre Schoeller « Un’Pienghjite Micca - Les Anonymes ». « Ne pleurez-pas » annonce en titre cette « fiction hybride » d’une redoutable efficacité qui sera dans de nombreux festivals insulaires.  Quand la souffrance sociale est trop forte, quand le cri reste silencieux : le cinéma est là, en particulier celui de Pierre Schoeller, pour décrypter avec un infini respect, la réalité insulaire. Une oeuvre finement politique portée aussi par la langue corse et des acteurs exceptionnels. La scène majeure restant la controverse ( véritable profession de foi), en langue corse, entre Alain Ferrandi et Yvan Colonna et, dans le bureau du juge Jean-Louis Bruguières, médusé. Comment expliquer l’acte de militants nationalistes ( certains parlèrent de « soldats perdus ») qui exécutèrent le 6 février 1998, le préfet de Corse Claude Erignac, un homme qui marchait seul et sans protection dans une rue d’Ajaccio? 
Qui et pourquoi  ? Pierre Schoeller l’admet,  après 3 ans de développement du scénario : « Ce qui est dans l’ombre reste dans l’ombre ». Il offre pourtant à la Corse un film exemplaire car dit-il « dès que je me suis plongé dans le sujet, j’ai eu une sensation de vertige. Il y a dans ces faits, un empilement de dimensions politique, psychologique, familiale, communautaire, historique , comme une machine infernale. Et je suis convaincu qu’il existera d’autres films sur le sujet. ». 
Pourquoi cet engrenage de la violence liée à des revendications économiques et politiques, sans oublier les atteintes funestes à la nature d’une île (son écosystème : mer, sol, rivières, montagne, biotope, faune, flore) avec lesquels tout un peuple reste profondément solidaire ? Le commando Erignac a expliqué vouloir créer un electro-choc refondateur du mouvement nationaliste. 
Alors, quatorze ans après les faits et quatre procès, cette fiction historique, hyper documentée relate le suspense-marchandage de 96 heures de gardes à vue à la DNAT, mécanique implacable « huis-clos suffocant », qui amène les aveux du groupe des Anonymes . Lequels seront suivis de rétractations mais cette reconstitution éclaire d’une lumière nouvelle ce qui fut une tragédie pour les familles de tous les protagonistes, ainsi qu’un traumatisme politique dans l’île. 
Les images d’archives impressionnantes replacent l’assassinat dans le fil de l’histoire de la Corse. 
Avec notamment les immenses manifestations dont celle de Bastia avec les « Femmes du Mouvement pour la Vie » en tête de cortège. Avec aussi la minute de silence à l’Assemblée Nationale. Mais là n’est pas le coeur de ce film qui est marqué par « le sentiment tragique qui enveloppe les personnages. Tous les témoignages le disent, cette affaire a beaucoup abîmé les gens , des deux côtés. » mentionne Pierre Schoeller. 
La délicatesse et l’empathie du cinéaste sont émouvantes. L’assassinat est filmé « sur 3 angles différents, selon la vision des témoins, les aveux, la phase de rétractation et la lettre de Alessandri qui en 2004 avait déclaré être le tireur. Toutefois, ce qui s’est passé cette nuit-là appartient à ceux qui l’ont vécu.» Il ajoute « Notre fil rouge ? Ne pas interférer, peser sur un processus judiciaire. Pour donner un exemple précis, quand le tireur est incarné à l’écran lors du tournage, c’est une personne anonyme qui joue ce rôle dans la pénombre. On ne sait pas qui. Le doute reste possible. Et il n’y a pas eu de présence sur les lieux des acteurs du film, car cela aurait immédiatement construit une culpabilité. »
Plus loin dans la déconstruction d’un sujet hautement médiatisé, le cinéaste explore à la dimension humaine, particulièrement celle des femmes : fragiles, fidèles, déterminées, fortes. Mme Erignac l’épouse du préfet, comme la mère d’Yvan Colonna ainsi que les compagnes et les enfants des hommes du groupe des Anonymes, occupent une place cruciale dans cette histoire de radicalité politique. C’est tout le mérite de cette oeuvre : « Filmer la complexité du monde n’est pas un acte de pessimisme mais de transparence, comme un élargissement de notre liberté. » ajoute Pierre Schoeller.
Ce film a été possible grâce à la persévérance d’une femme Florence Dormoy, la productrice: « Ce projet était guidé par le constat d’un manque d’une fiction rigoureuse sur le nationalisme corse. Le sujet était hypersensible il l’est peut-être encore davantage alors que comme un drame qui se rejoue dans cesse, la violence continue d’enflammer la Corse. » Comment oser cette impulsion profondément humaine pour approcher la réalité corse et la souffrance ? Et alors que les médias dominants parisiens multiplient les propos racistes anti-corses Elle précise : « J’ai un rapport viscéral à la Corse, une île découverte à 17 ans en été à Piana chez la fille d’une personnalité, grande résistante très connue dans l’île. Je voulais produire une fiction sur le nationalisme insulaire »
Après la projection, Didier Ferrari qui incarne Alain Ferrandi déclare que « le Corse est un peuple de paix ». Florence Dormoy : « Oui c’est vrai mais je ressens quelque chose d’un peu schizophrène, de double. J’entends cette parole sincère, je n’ai rencontré dans l’île que des Corses accueillants, chaleureux. Pourtant j’ai l’impression que les actes de violences sont à la fois, à part, mais en même temps, mêlés à la société corse.» Et Pierre Schoeller espère : « il s’agit sur un plan artistique et intellectuel de renouer le dialogue entre l’île et le continent ». 
Marie PERETTI

La fiche

(Photos Jérôme Prébois / Scarlett Productions / Canal+)
Les Anonymes - Un pienghjite micca
Février 1998, le préfet de la région de Corse Claude Erignac est abattu en pleine rue d'Ajaccio. C'est un séisme. Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, on n’avait frappé un si haut représentant de l'État. Après un an d’enquête, et d'égarements, s'ensuivent les arrestations du commando présumé. 96 heures de garde à vue au sein de l'antiterrorisme. Aveux, puis rétractations. À crime d'exception, justice d'exception.
France • 2012 • vidéo • HD • 16/9 • 02h07 • Couleur
Réalisation : Pierre Schoeller
Image : Julien Hirsch
Son : Olivier Mauvezin
Décors : Mathieu Menut
Montage : Laurence Briaud
Musique : Philippe Schoeller
Interprétation : Didier Ferrari,Cyril Lecomte,Nathanaël Maïni,Jean-Philippe Ricci,Pierre-Laurent Santelli,Mathieu Amalric,Olivier Gourmet,Karole Rocher,Chani Sabaty, Marie-Pierre Nouveau
Scénario : Pierre Erwan Guillaume,Pierre Schoeller



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