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U Rinnovu : "L’enquête publique du PADDUC sera la campagne électorale de la future Assemblée de Corse"


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 23 Avril 2015 à 21:58 | Modifié le Vendredi 24 Avril 2015 - 02:55


Le 9 avril dernier, l’Assemblée de Corse (CTC) a adopté une nouvelle mouture du PADDUC (Plan d’aménagement et de développement durable de la Corse), modifié après avis, notamment, des autorités de l’Etat. Malgré de fortes réserves et la crainte de la dénaturation de principes qu’ils ont arraché au forceps, les Nationalistes ont voté ce plan 2, à l’exception de Paul-Félix Benedetti qui a choisi une abstention de défiance. Parlant de « trahison » de l’Exécutif, le leader d’U Rinnovu Naziunali appelle tous les acteurs à se mobiliser lors de l’enquête publique qui débute en mai et les Nationalistes à s’unir autour d’une stratégie de prise de pouvoir. Il explique, à Corse Net Infos, que c’est le seul moyen de sortir la Corse du chaos.


Paul-Félix Benedetti, conseiller territorial et leader d'U Rinnovu, entouré de militants.
Paul-Félix Benedetti, conseiller territorial et leader d'U Rinnovu, entouré de militants.
- Que reprochez-vous à ce PADDUC II ?
- Ce document est en distorsion avec le document initial, voté en novembre, qui aurait du être le document soumis à l’enquête publique. Par enchantement, il est revenu, au mois de mars, modifié sous la pression des spéculateurs et de l’appareil de l’Etat qui a fait un contrôle de légalité préventif ! Ce qui est totalement anormal !
 
- Pourquoi ?
- Il n’y aucune règle de navette entre l’Assemblée de Corse et un Parlement informel, apparemment constitué par l’Exécutif territorial qui est allé chercher une relecture du document auprès de je ne sais qui ! Ce document nous revient reformaté, des pans entiers consacrés à la protection des terres ont disparu. Le document initial, à portée politique, sanctuarisait la totalité des terres agricoles et donnait un contenu fort à la notion d’hameau nouveau avec des règles évitant toutes les dérives que nous connaissons depuis 20 ans et, donc, un contenu restrictif à l’urbanisation, à la consommation des espaces et à la spéculation. Il a été abandonné au prétexte de la libre administration des collectivités avec la liberté des maires, le contrôle de légalité avec le risque de rupture juridique.
 
- N’est-ce pas un argument recevable ?
- Non ! Les deux postures sont inacceptables ! Une fois qu’un document est validé par une Assemblée plénière, on n’a pas à aller faire le tour des popotes pour voir ce qui ne va pas parce que tel ami politique, qui ne pourra pas, dans sa commune, faire tel ou tel emplâtre, n’est pas d’accord ! Lorsqu’on a la prétention de porter un document qui a valeur de décret, on n’a pas à aller voir un Préfet de région ! La censure de notre document ne peut se faire qu’au niveau du Conseil d’Etat, une fois le document final adopté ! Faire un contrôle en amont, c’est laisser, à de simples petits fonctionnaires qui ne sont pas des juges, l’interprétation des lois. Ils ont des ordres, une vision restrictive et vont à l’encontre des aspirations légitimes du peuple corse et des votes souverains !
 
- Pourquoi critiquez-vous la liberté laissée aux maires ?
- Laisser la liberté aux maires n’est pas leur faire un cadeau, mais les abandonner face au poids des forces mafieuses qui font pression sur eux pour transformer des terres remarquables et agricoles en terres constructibles. C’est ce qui amène la Corse au chaos et au drame ! Nous voulons un PADDUC fort qui donne des lignes directrices afin que les élus soient protégés.
 
- Dans ce cas, pourquoi avez-vous entériné cette méthode en acceptant le débat et le vote ?
- Sur ce coup-là, les Nationalistes n’ont pas été à la hauteur des enjeux. Nous avions fait le même constat que le nouveau document est un mauvais document, en rupture avec celui voté. Nous avions deux solutions : soit le rejeter en bloc, soit essayer de le faire modifier. Nous avons tendu la main pour une modification et revenir à la délibération de novembre, cela n’a servi à rien ! Nous avons eu une fin de non-recevoir ! Dans ces conditions-là, nous ne devions pas voter le document ! Je ne l’ai pas voté. Je me suis abstenu.
 
- Cette deuxième version ayant été adoptée, que pouvez-vous faire pour la contrer ?
- Ce texte générique a été voté par transgression des principes démocratiques. Il appartient, aujourd’hui, au peuple, lors de l’enquête publique, de faire remonter des propositions fortes afin de revenir aux dogmes initiaux qui ont prévalu lors de l’élaboration du document de novembre. Il y aura, ensuite, le vote définitif d’un document qui sera soumis à la censure de l’Etat.
 
- Pourquoi la version de novembre, votée après de dures négociations, a-t-elle, selon vous, été modifiée ?
- Elle a été modifiée parce que nous sommes à 8 mois du dépôt des listes d’une échéance électorale. Des élus de grosses collectivités ont fait pression pour pouvoir continuer à développer, de manière anarchique, des agglomérations, qu’elles soient en bord de mer, en plaine orientale ou autour des grandes villes. Ils ont imposé que ce document devienne flou, alors qu’il était très précis et assez contraignant.
 
- Ne craignez-vous pas que l’enquête publique, sous la pression des maires, ne détricote encore plus le document initial ?
- L’enquête publique sera la campagne électorale de la future mandature à l’Assemblée de Corse ! Le PADDUC, qui doit être mis en œuvre en Corse, doit être défini par le courant patriotique et nationaliste à l’occasion d’une prise de majorité et d’une réécriture des points qui ne vont pas et que nous n’acceptons pas ! Dans ces conditions-là, l’enquête publique sera les urnes !
 
- Comme Gilles Simeoni, samedi à Corte, vous lancez un appel à l’union des Nationalistes. Est-elle réellement envisageable !
- L’heure est à la stratégie à long terme, à la logique de création d’une force pour, justement, s’opposer à tous ces archaïsmes qui conduisent, chaque jour davantage, la Corse vers le chaos et la dérive mortifère. Dans ces conditions, il appartient à chaque courant du nationalisme de faire sa part de chemin pour constituer une ossature. Nous en appelons à la responsabilité de chacun ! Nous sommes lucides sur la capacité électorale du Rinnovu, mais nous sommes aussi conscients de représenter une force constituée dans l’opinion. Nous sommes des porteurs de projets et d’espoir, comme toutes les autres composantes nationalistes. Nous ne devons plus être dans des logiques de défiance, mais dans des logiques stratégiques de prise de pouvoir. C’est un devoir historique !
 
- Des rencontres sont-elles prévues avec Femu a Corsica et Corsica Libera ? Dans ce dernier cas, cela n’est-il pas un peu compliqué ?
- Il n’y a, en politique, aucun tabou, aucun sujet à ne pas aborder, aucune rencontre à ne pas faire ! Il n’y a que des mauvais choix à ne pas faire ! Aujourd’hui, les Corses doivent pouvoir faire le choix politique d’une majorité de renversement des archaïsmes actuels, centrée sur les forces nationalistes.
 
- Quel sera la forme de ce choix : un choix unique sur le 1er tour dans une liste d’union ou un choix de 2ème ou 3ème tour ?
- Je ne sais pas ! Nous ne cherchons pas à avoir une logique de liste, mais une logique de projet politique alternatif. Nous n’irons pas sur une liste qui ne serait que l’appendice ou le complément d’une association qui ne nous conviendrait pas ! C’est un problème de ligne politique, de choix stratégiques et d’idéologie. Parfois, les Nationalistes, y compris nous-mêmes, sont en-deçà de la ligne politique forte qui nous a conduit, pendant 40 ans, à porter un message d’espoir et à être, aujourd’hui, à l’aube d’une prise de pouvoir démocratique. Nous devons assumer cet enjeu historique et avoir, chacun, une trajectoire qui soit comprise du peuple et qui fasse fi des égaux et des problèmes de place et de personnes !
 
- Ne croyez-vous pas que la tâche risque d’être ardue ?
- C’est parce que c’est difficile qu’il faut faire des efforts et ne pas tarder à se mettre à la tâche pour essayer de trouver une solution qui soit acceptable et salutaire pour la Corse. Il est, aujourd’hui, impossible de penser que les Nationalistes ne trouveront pas les voies de la sagesse et du regroupement stratégique pour prendre le pouvoir en 2015 et imposer une ligne nouvelle.
 
- Toutes les tentatives de regroupement n’ont-elles pas abouti à un échec ?
- Il y a urgence ! Le peuple corse, aujourd’hui, est en perdition ! Notre capacité de transformer les habitants pour en faire des Corses à part entière s’amenuise à chaque cycle politique. C’est, peut-être, la dernière fois que nous serons en capacité d’imposer une règle démocratique acceptable qui nous portera à la prise du pouvoir. Celui, qui ne le voit pas, est inconscient ! Il ferait un acte de trahison envers son peuple, s’il n’acceptait pas des contritions et des concessions pour faire que cette option de prise de souveraineté par un courant patriotique globalement réuni soit acceptée et mise en œuvre.
 
- Les autres forces nationalistes semblent prêtes à passer des accords de mandature avec d’autres sensibilités politiques. Qu’en pensez-vous ?
- Les Nationalistes n’ont pas à parler d’accords de mandature ! Ils ont à constater que les classes politiques traditionnelles nous amènent au chaos. Elles ont ôté toute idéologie à la politique ! Nous devons nous recentrer sur nos fondamentaux, sur notre besoin de faire exister la Corse en Europe et dans le monde, de la protéger et d’imposer un partage des richesses et des règles normatives fortes. Dans ces conditions, il nous appartient de prendre le pouvoir en décembre et d’imposer une ligne globale, sans l’adjonction des forces traditionnelles. Eventuellement, de s’allier à tous ceux qui voudraient bien se débarrasser de tous les carcans claniques pour partager ce bout de chemin et notre vision idéologique et sociale de la Corse de demain.
 
- Pensez-vous possible de gagner seuls ?
- Les Nationalistes, aux dernières élections territoriales, ont rassemblé 35% des voix. Les courants, qui ont pris le pouvoir, n’ont guère fait plus ! Ils ont simplement bénéficié de la prime de majorité parce qu’ils ont fait un regroupement stratégique. Aujourd’hui, la ville de Bastia est passée dans le camp des tenants d’un nationalisme historique, les Nationalistes sont en progression et peuvent espérer atteindre au moins le même niveau qu’il y a 5 ans ! Les tenants de la réforme, dans tous les courants traditionnels, pourront, éventuellement, être des partenaires de 2nd rang, mais, en aucun cas, être l’ossature de la force de gouvernement. Le mouvement nationaliste a la légitimité d’avoir porté un discours et une lutte reconnus par tous : la lutte contre la spéculation, pour la défense de la langue corse et la sauvegarde de l’environnement. Tout cela est à notre actif.
 
- Remettez-vous en cause, comme Inseme per a Corsica, la politique de Paul Giacobbi ?
- Nous remettons en cause la politique de tous les clans traditionnels, pas seulement celui de Paul Giacobbi. Nous sommes contre tous les systèmes de type pyramidal avec concentration de pouvoirs, tutelle, sans discernement, sans ligne politique, sans action visible. Nous devons, aujourd’hui, créer une nouvelle force politique centrée sur le courant patriotique pour montrer à la Corse ce que nous sommes capables de faire. Il ne faut pas être très prétentieux pour dire que nous pouvons faire au moins aussi bien que ce qui a été fait, de manière consécutive, depuis 30 ans. C’est-à-dire : rien du tout ! Mieux que rien, c’est déjà quelque chose ! Je crois que nous pouvons même faire très bien ! Nous avons les compétences et les moyens, nous avons, surtout, de l’ambition, de l’idéologie, de la conviction, de la sincérité… Ce qui n’est partagé par aucune autre force clanique, qu’elle soit de droite ou de la pseudo-gauche !
 
- Pourquoi pseudo- ?
- Il n’y a pas de Gauche en Corse, il n’y a que des Droites ! Tous ont des politiques libérales qui ouvrent à la spéculation et au drame ! Alors que la Corse est dans le chaos financier et économique, ils se contentent de faire de la modulation sociale et pas de la politique sociale ! Une politique de Gauche est centrée sur les besoins des individus et d’une population et sur la protection d’un territoire. C’est un tout ! Avoir une vision sociale, c’est avoir, en même temps, une vision environnementale et une vision sociétale. Nous sommes à une frontière de l’histoire, à l’aube, soit d’une Corse régénérée, soit d’une Corse qui va disparaître. Nous avons une obligation de résultats et le devoir d’assumer une ligne politique et des choix qui doivent être à la hauteur de l’enjeu. C’est le grand pari que doit porter le courant patriotique corse dans sa globalité, comme dans toutes ses composantes !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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