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Simeoni : "Je suis optimiste. Nous atteindrons les objectifs qui sont les nôtres"


Rédigé par Nicole Mari le Lundi 8 Août 2016 à 22:43 | Modifié le Jeudi 11 Août 2016 - 01:52


C’était son grand retour aux Ghjurnate internaziunale di Corti après 23 ans d’absence. La présence de Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de Corse et leader des Nationalistes modérés de Femu a Corsica, à la tribune, dimanche après-midi pour le traditionnel débat organisé par Corsica Libera, donne, à elle seule, la mesure du chemin parcouru depuis l’union du 8 décembre dernier et la victoire qui en a découlé. Invité pour parler de son action à la tête de la région et de la construction de la nation corse, il s’est dit optimiste et a lancé un appel à tous les Corses pour travailler ensemble au service de l’intérêt général. Il explique, à Corse Net Infos, que, malgré les difficultés et le lourd passif hérités de l’ancienne mandature, le pouvoir nationaliste atteindra les objectifs qu’il s’est fixé.


Le président du Conseil exécutif de Corse et leader des Nationalistes modérés de Femu a Corsica, Gilles Simeoni, aux Ghjurnate di Corti, entouré de Josepha Giacometti, conseillère exécutive, et de Vanina Buresi, militante de Corsica Libera.
Le président du Conseil exécutif de Corse et leader des Nationalistes modérés de Femu a Corsica, Gilles Simeoni, aux Ghjurnate di Corti, entouré de Josepha Giacometti, conseillère exécutive, et de Vanina Buresi, militante de Corsica Libera.
- Vous n’avez plus assisté aux Ghjurnate depuis 1993. Quelle est la raison de votre présence dimanche ?
- Ce sont les premières Ghjurnate depuis la victoire. Notre présence, ici, est naturelle. Elle s’inscrit dans la logique de l’union que nous avons construite, du contrat de mandature que nous avons scellé, et des responsabilités que nous exerçons ensemble depuis le vote des Corses, le 13 décembre dernier. Corsica Libera a invité Femu a Corsica. D’où la présence de nombreux militants et responsables de notre mouvement. Corsica Libera a, également, jugé bon d’inviter le Conseil exécutif de Corse. Je suis, donc, venu non seulement en ma qualité de militant, mais aussi de président du Conseil exécutif de Corse pour présenter l’action que nous avons mise en œuvre depuis notre élection. Pour dire, aussi, ce que nous ferons dans les semaines et les mois à venir, dire là où nous avons avancé et là où nous nous heurtons encore à des difficultés. Pour dire, enfin, que nous gardons toujours en tête que les Corses nous ont fait confiance pour changer radicalement la façon de concevoir la politique.
 
- Vous avez parlé de Ghjurnate historiques. En quoi le sont-elles ?
- Depuis le 8 décembre dernier, nous vivons, tous, des moments que nous qualifions d’historiques. Je crois que c’est la séquence, que nous sommes en train de construire ensemble, qui est historique. Pour la première fois, des idées, pour lesquelles des générations de femmes et d’hommes se sont battues, sont portées par des élus en situation de responsabilités. Ce qui s’est passé, dimanche, à Corte va bien au-delà du nationalisme. Nous sommes venus réfléchir au meilleur moyen de construire la nation. Je l’ai souvent dit : la nation, ce sont tous les Corses, qu’ils vivent dans l’île ou à l’extérieur, pas seulement les Nationalistes. Notre devoir, notre vocation et notre responsabilité sont de travailler au service de tous. Les diverses interventions ont montré que tous les membres du Conseil exécutif, le président de l’Assemblée et l’ensemble des militants ont conscience qu’il faut répondre à cet enjeu-là.
 
- Ne craigniez-vous pas des divergences d’enjeux entre Corsica Libera, plus militant, et Femu a Corsica qui prône l’ouverture la plus large ?
- Femu a Corsica, qui est une force politique identifiée, a eu un rôle moteur dans la victoire. Corsica Libera est partenaire dans un contrat de mandature validé par les Corses. Ces deux formations ont leurs propres options politiques, mais, en même temps, convergent pour travailler à une certaine idée de la nation corse, au service de l’intérêt général et du peuple corse.
 
- Cela signifie-t-il que vous repartirez aux élections territoriales de 2017 sur les mêmes bases qu’en 2015 ?
- Nous ne sommes pas encore en 2017 ! Avant les élections, il y a surtout la nécessité de travailler tous les jours sur tous les terrains, dans les domaines économique, social, culturel et politique avec l’ensemble des Corses. C’est à cette condition que nous pourrons être collectivement à la hauteur des enjeux.
 
- U Rinnovu est le grand absent de ces Ghjurnate et de l’union du mouvement national. A-t-il vocation, selon vous, à intégrer cette union ?
- Bien sûr ! De façon évidente ! Notre devoir et notre responsabilité sont de travailler avec tous les Nationalistes, y compris celles et ceux qui, pour l’instant, ne sont pas intégrés dans la majorité territoriale. Au delà des Nationalistes, de nous adresser à tous les Corses. C’est, comme cela que nous passerons d’une logique d’affirmation du nationalisme à une logique de construction nationale. 

Gilles Simeoni aux Ghjurnate di Corti.
Gilles Simeoni aux Ghjurnate di Corti.
- Aller au-delà du nationalisme, est-ce vraiment possible ?
- Bien sûr ! Non seulement c’est possible, mais c’est indispensable ! Nous avons montré le chemin. La société corse a, aussi, beaucoup évolué. Chacun a fait sa part de chemin. La Corse est, aujourd’hui, dans une logique irréversible de paix et d’émancipation, notre devoir est de la consolider et de l’enraciner partout et, en même temps, d’offrir des perspectives politiques.
 
- Pensez-vous qu’il n’y aura pas de retour en arrière ?
- Nous avons collectivement montré la maturité qui est la nôtre. Nous avons, aussi, créé les conditions politiques pour que cette expression puisse devenir majoritaire. J’appartiens à un courant politique qui dit que la clandestinité a vocation à disparaître quelques soient les sacrifices consentis, qui ont été souvent décisifs, et la part déterminante qu’elle a pu prendre dans la lutte durant des décennies. La clandestinité ne correspond plus, aujourd’hui, aux attentes de la société corse. La décision du FLNC de s’engager dans un processus irréversible de sortie de la clandestinité a, aussi, contribué à créer une situation politique nouvelle. Tous ces éléments font que nous pouvons envisager l’avenir avec optimisme. En même temps, nous savons que nous sommes confrontés à une politique de fermeture totale de la part de l’Etat. La situation, au plan économique, social, institutionnel, budgétaire et financier, est extrêmement difficile. Le chemin est ardu, mais il existe !
 
- Pensez-vous atteindre les objectifs que vous vous êtes fixés ?
- Nous atteindrons les objectifs qui sont les nôtres parce que, tout en restant irréductiblement fidèles à l’idéal pour lequel nous nous sommes battus, nous avons la volonté de nous adresser à tous les Corses, à ceux qui ont voté pour nous pour la première fois et qui ne partagent pas forcément toutes nos idées, et même à ceux qui n’ont pas voté pour nous mais qui se reconnaissent, aujourd’hui, dans l’action que nous menons et dans la vision de la Corse que nous incarnons. Nous voulons que tous puissent s’impliquer dans la démarche nouvelle d’ouverture et de respiration démocratique qui a été validée le 13 décembre dernier afin de réussir ensemble. Nous avons la responsabilité de mettre en œuvre cette politique que les Corses ont voulue à travers la décision du suffrage universel. Notre responsabilité est immense, nous en avons, collectivement et individuellement, conscience.
 
- Quel bilan tirez-vous de ces huit premiers mois de mandature ? Etes-vous satisfait de votre action ?
- C’est trop tôt pour tirer un bilan ! On n’est jamais satisfait ! On ne peut jamais considérer qu’on a tout fait de ce que l’on voulait faire. Nous avons hérité, à notre arrivée aux responsabilités, d’une situation très difficile dans tous les domaines, y compris au plan budgétaire et financier. Nous nous sommes beaucoup investis, nous avons énormément travaillé sur la méthode et sur le fond. Nous commençons à obtenir des résultats considérables et à créer les conditions pour que, dans les mois et les années à-venir, les choses changent de façon structurelle. En huit mois, nous avons fait la preuve auprès des Corses, y compris ceux qui n’ont pas voté pour nous et qui étaient même inquiets de notre victoire, que nous sommes des gens de paix, de travail et de recherche de consensus.
 
- Vous dites qu’un pas a été franchi, d’autres restent à franchir. Quel est le prochain pas qu’il est indispensable d’accomplir ?
- Il y a tout à faire ! Ce pays est à construire, voire à reconstruire ! Les urgences sont partout ! Nous continuerons à nous adresser, d’abord aux élus de tous bords en leur disant que nous avons une méthode transparente, fondée sur la démocratie, l’équité et la lisibilité des décisions. Nous n’avons pas vocation à soutenir les uns et à diviser les autres. Chaque fois qu’un projet sera sous-tendu par l’intérêt général, nous le soutiendrons et le porterons ensemble. Au-delà des élus, nous continuerons à nous adresser à l’ensemble des Corses, des forces vives de l’intérieur et de l’extérieur, pour leur dire qu’une envie énorme de démocratie et une aspiration à l’émancipation traversent toute notre société et particulièrement la jeunesse. Je suis résolument optimiste parce que je pense que les années à-venir seront celles de la construction de la nation et de l’émancipation de notre peuple.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.



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