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Serge Orru : "Malgré l'exemple corse, les sacs plastiques traînent toujours dans le reste de le France"


Rédigé par le Dimanche 21 Février 2016 à 23:19 | Modifié le Lundi 22 Février 2016 - 13:22


Serge Orru, auteur de cette tribune, aime à le rappeler très souvent : "En Corse, dès le 1er août 2003, suite à la campagne Halte aux sacs plastiques lancée par le Festival du Vent en 1998 et grâce à un référendum populaire tenu en mars 2003, l’Île de Beauté a interdit les sacs de caisse plastiques à usage unique dans la grande distribution, privilégiant les sacs réutilisables." L'inventeur de feu le Festival du vent de Calvi, écologiste joyeux comme il se décrit, nous livre ici sa réflexion sur un sujet, qu'il connaît puisqu'il a contribué à l'initier en Corse, et qui lui tient particulièrement à cœur


Serge Orru : "Malgré l'exemple corse, les sacs plastiques traînent toujours dans le reste de le France"

Dans le reste de la France, après trois lois non appliquées, 10 ans de tergiversations, et malgré cet exemple insulaire probant, nous peinons et traînons encore à passer du jetable au durable, alors que d’autres États ont progressé et nous ont même devancé.
Malgré les déclarations de madame Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, nous avons découvert avec stupéfaction la dernière mouture du décret d’application de la loi de transition énergétique.

 

Déjà, cette loi distingue les sacs de caisse et les autres sacs à usage unique (fruits et légumes), interdisant l’usage de sacs biodégradables et compostables pour les premiers, mais l’autorisant pour les seconds, au 1er janvier 2017. Une différence de traitement difficilement compréhensible qui ne laissera, comme alternative, que le sac en papier qui sera plus difficile à utiliser pour la collecte des déchets de cuisine à cause de son manque d’étanchéité.
La dernière version du décret d’application nous laisse perplexes.
 

Tout d’abord, l’interdiction est encore repoussée de six mois par rapport à la date inscrite dans la loi.
Ensuite, cadeau ultime fait aux plasturgistes réfractaires à tout changement, les sacs à usage unique sont seulement définis par une limite d’épaisseur (en deçà de 50 microns). Le volume du sac n’est plus pris en compte, alors que la version précédente du décret avait retenu la limite de 25 litres.
Nous risquons désormais de voir fleurir dans nos campagnes, nos fleuves et nos mers les mêmes sacs plastiques, mais, cette fois, encore plus épais, encore plus polluants et surtout, ni biodégradables ni compostables !

 

La montagne va accoucher, non pas d’une souris, mais bel et bien d’une montagne de sacs plastiques.
Pourtant, madame Ségolène Royal ne cesse d’insister sur l’intérêt de créer une filière pour les plastiques biodégradables et compostables en France. Belle ambition, mais il  faut s’en donner vraiment les moyens.

 

L’exemple Corse et la toute première loi de 2006 avait permis de voir éclore de nombreuses initiatives de recherche pour développer de nouveaux plastiques biodégradables tout en limitant leur dépendance aux pétroles.
On ne peut manquer d’ambition, après le succès de la COP 21. Même le forum de Davos, pourtant guère réputé pour son allant écologique, attribue dans un rapport récent sur la "nouvelle économie des plastiques " un rôle essentiel aux bioplastiques pour repenser le plastique du futur.


 

La France peut s’enorgueillir de la présence dans ce secteur de nombreux industriels novateurs. Nous les connaissons bien, car après nous être affrontés vigoureusement, au début de la campagne Halte aux sacs plastiques, nous avons appris à échanger et à nouer des rapports constructifs. Ces entrepreneurs ont donc travaillé dans le sens de l’économie du moindre impact pour l’environnement. Ils sont à même de créer une filière relocalisée dans notre pays qui représente plus de 4.000 emplois.

 

Pourtant, nous légiférons encore à petit pas dans une mauvaise direction. Peut-on vraiment se permettre de passer à côté d’une telle occasion dans la dynamique actuelle ? Cette filière donnerait à la France un positionnement utile dans l’économie circulaire. Car les plastiques biodégradables et compostables ne constituent pas seulement une solution pour relocaliser une industrie plastique, enfin plus respectueuse de l’environnement.

 

Regardons ainsi l’exemple significatif de la bioraffinerie de Porto Torres  en Sardaigne (480 emplois et 500 millions d’euros d’investissement), dont la matière première est le chardon qui pousse autour de l’usine, sans intrant chimique et qui produit du bio-plastique.

 

La loi de transition énergétique prévoit d’ailleurs de généraliser la collecte des biodéchets pour les valoriser par compostage ou la production de biogaz. De nombreuses villes ont déjà démontré l’utilité d’une telle démarche, à l’instar de Milan, San Francisco ou d’autres villes françaises comme Libourne et bientôt Paris (2e et 12e arrondissements). Il est donc nécessaire de pouvoir disposer de plastiques biodégradables et compostables selon la norme NF EN 13432. Avec cette loi, ce ne sera pas le cas…
 

Comprendre et prévoir pour définir la voie à emprunter est sans conteste le premier devoir du politique et du citoyen, mais, lorsqu’il est en responsabilité, son véritable rôle est de favoriser et de montrer la direction d’une économie non prédatrice de notre environnement immédiat et lointain.
Le sac en plastique à usage unique, non biodégradable et non compostable, est l’icône de la société du jetable (17 milliards de sacs distribués en 2014, soit 80.000 tonnes de plastique). Nos océans et nos terres et l‘ensemble de nos écosystèmes ne digèrent plus nos comportements qui les plastifient.

 

En Chine vers moins 500 ans avant J-C, on disait que ceux qui sont aptes à commander mais qui sont incapables de préserver les forêts, les rivières et les marais avec respect ne sont pas dignes de prendre le pouvoir.
Pour résumer, un sac plastique est soit dégradant, soit biodégradable – il est impossible qu’il soit à la fois l’un et l’autre comme il est impossible qu’il ne soit ni l’un ni l’autre. Récusons donc les mille nuances derrière lesquelles l’art de polluer prospère et faisons enfin un choix clair : celui d’une société de sobriété et non d’abondance.
Agissons en faveur de la planète, de l’emploi, donc de la paix.




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