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Roccu Garoby : « La génération Europe, de l’autodétermination »


Rédigé par Nicole Mari le Samedi 8 Mars 2014 à 22:31 | Modifié le Lundi 10 Mars 2014 - 01:56


Lors de l’assemblée générale des jeunes de l’Alliance Libre Européenne (ALE) qui s’est tenue en février à Saint Jacques de Compostelle, Roccu Garoby, membre du PNC Ghjuventu, ancien assistant parlementaire de François Alfonsi et actuel collaborateur du groupe Verts-ALE au Parlement européen, a été réélu, pour deux ans, à la tête de la section Jeunes. Une quinzaine de motions et un programme politique pour les élections européennes de mai prochain ont été adoptés. Issu de la génération Europe, Roccu Garoby explique, à Corse Net Infos, qu’il ne peut imaginer vivre hors de l’Union européenne (UE), mais souhaite la réformer. Il milite pour une Europe des peuples, fédérale, plus forte et plus démocratique.


Roccu Garoby, membre du PNC Ghjuventu, collaborateur du groupe Verts-ALE au Parlement européen, président de la section jeunes de l’Alliance Libre Européenne (ALE).
Roccu Garoby, membre du PNC Ghjuventu, collaborateur du groupe Verts-ALE au Parlement européen, président de la section jeunes de l’Alliance Libre Européenne (ALE).
- Que représente l’ALE jeunes ?
- Elle représente une trentaine de partis issus d’une quinzaine d’Etats-membre de l’Union européenne (UE) et d’autres pays hors UE comme la Macédoine. Un nouveau membre, qui a adhéré cette année, vient des Iles Féroé au Danemark et demande l’indépendance de ce petit territoire qui jouit, déjà, d’une très large autonomie.
 
- Quelle est la spécificité de la section Jeunes par rapport au parti-mère ?
- Nous partageons, bien sûr, la même vision. Nous sommes des partis nationalistes, régionalistes, autonomistes ou indépendantistes qui, tous, condamnent la violence et refusent toute forme de racisme, de xénophobie ou autre. Pour nous, le chemin ne peut être que public, politique et démocratique. Mais, nous avons, aussi, quelques différences par rapport à notre parti-mère.
 
- Lesquelles ?
- Principalement trois points. Le premier, c’est que nous sommes, très souvent, appelés : la génération Europe. Nous n’avons vécu que dans l’Europe. Et ce qui, il est vrai, n’est pas forcément naturel pour nos Anciens, est évident pour nous. Nous savons que nous allons vivre dans l’Europe, nous ne pouvons pas imaginer vivre en dehors et nous voulons la réformer. Le deuxième point, c’est que nous sommes aussi désignés comme la génération sacrifiée. Le taux de chômage moyen chez les jeunes Européens atteint 25 %. Il est 2 fois plus élevé que le taux moyen européen qui se situe à 12 %. Dans certaines régions d’Europe, le taux de chômage des jeunes dépasse 50 %, voire 60% et même 70%, par exemple en Andalousie ! Le troisième point est que nous sommes la génération de l’autodétermination.
 
- Etes-vous sûrs que vous vivrez dans des territoires autonomes ?
- Oui ! C’était notre slogan de campagne ! Nous savons que nous allons vivre dans des territoires autodéterminés, dans une Ecosse et une Catalogne indépendantes, dans une Corse autonome, dans une Bretagne réunifiée... Nous n’avons aucun doute là-dessus. La question, qui se pose pour nous, est de savoir quand. Commence-t-on aujourd’hui afin que, dans 10 ou 15 ans, nous ayons les outils juridiques, techniques et législatifs pour atteindre l’objectif final qui est la survie de nos peuples, de nos langues, de nos cultures, de nos façons de vivre, de nos patrimoines et de nos terres ? Ou alors, commence-t-on dans 30 ou 40 ans et il sera, alors, trop tard pour sauver tout ça ! C’est la même question qui se pose en Corse avec la coofficialité, le statut de résident et la révision constitutionnelle.
 
- La jeunesse européenne est-elle impliquée dans ces questions-là ou est-ce seulement une minorité politisée ?
- D’une manière ou d’une autre, la jeunesse s’implique. Certains, par une expression politique, d’autres par le biais des associations, d’autres encore de différentes façons, par exemple en discutant, en réagissant ou en donnant leur point de vue sur les réseaux sociaux. Nous leur disons que communiquer sur les réseaux sociaux est utile, mais ne remplace pas un vote. Le vote est l’acte final d’un citoyen qui veut s’exprimer. Les jeunes sont très intéressés par la vie politique, mais sont parfois un peu perdus parce qu’ils ne savent pas comment s’exprimer. Nous leur disons une chose simple : nous sommes le seul parti politique qui répond à la double demande de la jeunesse.
 
- C’est-à-dire ?
- D’une part, il faut construire l’Europe. Nous avons besoin d’encore plus d’Europe pour résoudre des problèmes qui sont d’ampleur mondiale comme le changement climatique, la régulation financière, la lutte contre l’évasion fiscale… mais aussi, au niveau intraeuropéen, pour intensifier les échanges, notamment culturels via Erasmus. D’autre part, il faut rapprocher le pouvoir des citoyens et des peuples par la décentralisation, l’autonomie ou même l’indépendance. La langue corse, ce n’est pas Paris qui doit la gérer, pas plus que la terre, le patrimoine, les Arrêtés Miot ou la culture… mais l’Assemblée de Corse, c’est évident !
 
- Face à de nombreux citoyens qui rejettent l’Europe, prônez-vous le réveil des citoyens par l’Europe ?
- Oui. Le citoyen et l’Europe ne sont pas deux entités contradictoires, mais complémentaires. Sur certains sujets, il faut rapprocher les compétences des citoyens et des peuples parce que c’est à eux de gérer au plus près les choses. Sur d’autres sujets, il faut transférer les compétences à une entité plus large, l’Europe, pour une souveraineté partagée. Un exemple : un Etat ne peut pas taxer les transactions financières pour obliger la finance à participer au retour de la croissance économique, seule l’Union européenne (UE) peut le faire. A l’inverse, la langue galloise n’a été sauvée que lorsque le Parlement gallois a eu la compétence de mener des politiques linguistiques et de créer des écoles d’immersion et des écoles bilingues. Les deux niveaux vont de pair.
 
- Pour vous, le problème est-il l’Etat, notamment l’Etat français, particulièrement jacobin ?
- L’Etat français est certainement le plus ultrajacobin et le plus ultracentraliste de l’UE. Rien que sur la coofficialité ou la Charte des langues régionales, il pose un gros problème ! La question n’est pas la suppression de l’Etat. Si, demain, l’Ecosse et la Catalogne deviennent indépendantes, le Royaume-Uni et l’Espagne continueront d’exister. Ce sera un nouveau Royaume-Uni ou une nouvelle Espagne. Il faut, en fait, rééquilibrer les trois échelons : l’Europe, l’Etat et la région.
 
- Militez-vous pour une démocratie participative ?
- Tout à fait. Nous voulons plus de démocratie. L’Europe souffre d’un déficit démocratique parce qu’on ne sait plus qui fait quoi ? Une Europe démocratique ne veut pas dire une Europe centralisée, un super Etat construit au dessus de tout, qui centraliserait tous les pouvoirs, cela nous le combattrons. Mais, au contraire, une Europe plus démocratique, à la fois, dans le processus de décision à Bruxelles, mais aussi au niveau des peuples, des régions et des nouveaux Etats qui vont naître comme l’Ecosse ou la Catalogne. Il faut construire l’Europe des peuples, une Europe fédérale. La construction doit partir d’en bas, des peuples, et non pas des Etats !
 
- L’ALE va-t-elle présenter des candidats dans tous les pays d’Europe ?
- Oui. Dans tous les pays où nous disposons d’un parti politique ALE : en Flandre, en Catalogne, au Pays basque, en Galice, en Ecosse, en Corse… Partout où il y a une minorité européenne, nous ferons campagne, non seulement pour soutenir les candidats à l’élection européenne, mais aussi les candidats à d’autres scrutins, comme les Municipales en Corse, les élections en Flandre et les référendums en Ecosse et en Catalogne.
 
- Ferez-vous campagne en Corse ?
- Oui, d’abord pour les Municipales, pour soutenir les jeunes du PNC Ghjuventu, comme Sinucellu Garoby à Biguglia, Vincent Gambini à Portivecchju, Arnaurd Sarti à Ajaccio, Antonia Luciani à Osani… Il est important de montrer au gouvernement français que le désir de changement des peuples, des Corses, des Occitans, des Basques… a une expression politique. Les élections municipales vont le montrer avec la possibilité de gagner à Portivecchju et à Bastia, de faire la bascule à Ajaccio… Il faudra, aussi, marquer le coup lors des Européennes et nous soutiendrons la candidature de François Alfonsi en Corse et dans le Sud-Est.
 
Propos recueillis par Nicole MARI




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