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Pierre Ghionga : « La réforme institutionnelle de la Corse est le véritable enjeu des Sénatoriales »


Rédigé par Nicole Mari le Dimanche 21 Septembre 2014 à 20:16 | Modifié le Dimanche 21 Septembre 2014 - 21:05


Le 28 septembre, les élections sénatoriales promettent d’être fortement disputées en Haute-Corse avec pas moins de 6 candidats. Un scénario inédit qui pourrait, selon Pierre Ghionga, conseiller exécutif à l’Assemblée de Corse, conseiller général, président de l’Office de l’Environnement et rapporteur du statut de coofficialité de la langue corse, réserver quelques surprises. Se présentant sous l’étiquette « régionaliste de gauche », ce proche de Paul Giacobbi affronte, notamment, un autre élu de la majorité territoriale, le président du Conseil général, Joseph Castelli. Il explique, à Corse Net Infos, les enjeux de ce scrutin sur fond de réforme institutionnelle.


Pierre Ghionga, conseiller exécutif à l’Assemblée de Corse, conseiller général, président de l’Office de l’Environnement et rapporteur du statut de coofficialité de la langue corse.
Pierre Ghionga, conseiller exécutif à l’Assemblée de Corse, conseiller général, président de l’Office de l’Environnement et rapporteur du statut de coofficialité de la langue corse.
- Pourquoi êtes-vous candidat aux élections sénatoriales ?
- Je suis candidat car je pense avoir une double légitimité. D’abord, je suis le suppléant du sénateur François Vendasi. Ensuite, je suis conseiller exécutif. Je pense avoir fait la preuve de mon engagement au service de la Corse dans mes domaines de compétences que sont l’environnement et la langue corse.
 
- Que pensez-vous de l’autre candidature de gauche, celle de Joseph Castelli, avec laquelle vous êtes en concurrence ?
- L’autre candidature est tout à fait légitime. Le président du Conseil général a, bien entendu, toute sa place dans une élection sénatoriale. Je ne me situe pas, dans cette élection, dans un affrontement droite-gauche. Je pense que ce qui va nous occuper dans les prochaines semaines, c’est la réforme territoriale où la Corse doit donner son avis et présenter, pour elle-même, un projet cousu main. Il faut envoyer au palais du Luxembourg un sénateur qui puisse donner son avis sur cette réforme et défendre notre projet. En dehors de moi et de Jean-Félix Acquaviva, je n’ai pas entendu les autres candidats se positionner pour ou contre cette réforme institutionnelle et cette nouvelle organisation territoriale.
 
- Quelle est, justement, votre position sur la réforme territoriale ?
- La réforme territoriale est nécessaire et vitale, mais son défaut principal est d’être imposée par Paris dans la plus pure tradition jacobine. Elle aurait dû émerger des territoires, comme c’est le cas en Corse. Concernant la réforme institutionnelle de la Corse, je milite pour une collectivité unique à deux assemblées, pour la reconnaissance de la langue corse, pour une fiscalité spécifique, pour le statut de résident, pour le paiement de l’accès aux espaces naturels protégés, etc. Je voudrais bien entendre ceux qu’on présente comme les favoris s’exprimer sur ce sujet qui est le véritable enjeu de l’élection !
 
- Ces favoris se trompent-ils, selon vous, d’enjeu ?
- Non ! Nous sommes dans une élection très importante du point de vue politique. Il me semble que certains restent toujours dans des schémas des années 2000 ou des années antérieures.
 
- Paul Giacobbi, le patron de la gauche corse, n’a pas voulu prendre position et trancher entre Joseph Castelli et vous. Comment réagissez-vous ?
- Je suis très satisfait ! C’est la décision que j’attendais ! Elle est logique. Paul Giacobbi est ami avec Joseph Castelli et ami avec moi. Je pense qu’il était difficile pour lui de trancher !
 
- Pourquoi avoir choisi Etiennette Antonetti-Cristini comme suppléante ?
- Etiennette est, d’abord, une amie. Nous partageons, ensuite, beaucoup de points sur notre vision de l’avenir de la Corse. Ce choix confirme que je suis au-dessus des partis politiques, attaché au développement de notre île dans le respect de son identité et de son environnement.
 
- N’est-il pas préférable pour un parlementaire d’appartenir à un parti politique ?
- Non ! Il n’est pas nécessaire d’appartenir à un parti politique pour s’investir dans l’action publique. Néanmoins, je suis un progressiste. Si les grands électeurs m’élisent le 28 septembre, je siégerai dans le camp de la Gauche. Je me suis enregistré comme régionaliste de gauche.
 
- Etes-vous confiant ? Pensez-vous créer la surprise ?
- Je suis confiant. J’appelle des maires, je discute avec eux, je leur présente les enjeux de cette élection. Ils y sont sensibles. Je pense que ce scrutin va nous réserver des surprises. Rien n’est joué ! Ce qui n’est pas habituel !
 
- Pourquoi ?
- C’est la première fois qu’une élection sénatoriale en Corse ne se déroule pas comme d’habitude ! Cette fois-ci, il n’y a pas seulement l’affrontement de deux personnalités, une disposant plus de voix que l’autre parce qu’elle a en main une institution… Cette fois, l’élection est un peu plus politique.
 
- Cette élection révèle des fractures à droite et à gauche. Aura-t-elle un impact sur les prochains scrutins, notamment territoriaux ?
- Oui ! Je pense qu’elle peut avoir des conséquences sur les prochaines Territoriales. Elle peut changer les règles du jeu et, surtout, le paysage politique. Les lignes bougent. Cette élection n’est pas neutre. Je suis étonné de la différence avec la Corse du Sud où l’élection reste très classique. Il semble y avoir moins d’enjeux et pas les mêmes problématiques. Je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas de candidat nationaliste.
 
- Si vous n’êtes pas en position éligible, quel choix ferez-vous pour le 2nd tour ?
- Je ne me place pas dans cette hypothèse ! Je suis sûr d’accéder au 2nd tour. Mais, je suis ouvert à une discussion avec, comme préalable, et comme seul préalable, la prise en compte des idées auxquelles je crois. J’ai des exigences politiques. Je veux un engagement sur la réforme territoriale. S’il y a un engagement dessus, il n’y aura pas de souci ! Je saurais faire mon choix.
 
- Ce choix ne sera donc pas forcément un report sur l’autre candidat de gauche, Joseph Castelli ?
- Il n’y aura ni allégeance, ni report automatique, sans engagement politique préalable !
 
- Si vous êtes élu sénateur, quelle sera votre première action ?
- Primo, je vais choisir un groupe politique de gauche. Comme j’ai la fibre écologique, je pense que le groupe qui me convient le plus, ce serait le groupe écologiste. Si je suis élu, je m’apparenterai à ce groupe.
 
- Que ferez-vous ensuite ?
- Je m’investirai totalement sur tous les dossiers avec, au cœur, l’intérêt supérieur de la Corse et des Corses. Je défendrai toutes les propositions qui sont au cœur de mon engagement dans cette élection : l’inscription de la Corse dans la Constitution, de plus larges prérogatives pour notre assemblée territoriale…
 
- Quelles prérogatives ?
- Par exemple, en tant que médecin, j’aimerais bien que la Corse bénéficie d’un transfert de compétences sur la carte sanitaire, c’est-à-dire qu’elle décide, au niveau régional, l’installation des structures sanitaires dans l’île. Il ne s’agit pas de transférer les personnels, mais la compétence. J’aimerais aussi que nous expérimentions un numérus clausus à l’installation des médecins parce que, si on ne change pas les règles d’installation, dans 20 ans, il n’y aura plus de médecin dans les zones rurales. Cela, je ne peux pas l’accepter ! Pour faire un aménagement cohérent du territoire, il est indispensable d’avoir des médecins sur tout le territoire, y compris par des mesures qui peuvent paraître draconiennes.
 
- Comment vous y prendrez-vous pour convaincre un Sénat très hostile au statut de coofficialité de la langue corse que vous avez porté ?
- Je ne suis pas sûr que le Sénat, qui représente les territoires, y soit si hostile que cela ! J’ai beaucoup tourné sur d’autres territoires où l’idée commence à faire son chemin. Par exemple, en Alsace ou au Pays Basque, l’idée de coofficialité n’est plus taboue ! En Bretagne, c’est plus difficile ! Il faut, surtout, présenter la coofficialité comme une chose naturelle qui ne fera pas éclater la République. Je suis républicain, mais j’ai une vision différente de la vision jacobine d’organisation de la République. Il y a d’autres manières d’organiser la République française sans risque d’éclatement. La langue participe à cette nouvelle organisation.
 
- Vous êtes un élu progressiste. Que vous inspirent les référendums d’autodétermination d’Ecosse et de Catalogne ?
- Je suis toujours favorable à la consultation du peuple. C’est bien qu’elle y soit. C’est un exercice passionnant. C’est la première fois qu’une démocratie se trouve confrontée à des problèmes de modification profonde de sa structure étatique par un acte démocratique, pas par un acte violent ! Nous pourrions nous retrouver, un jour, en Corse, dans cette situation ! Si l’Etat continue à nous refuser toute évolution, toute adaptation architecturale et institutionnelle, on pourrait être confronté à un nouveau référendum qui, cette fois, sera positif !
 
Propos recueillis par Nicole MARI
 



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