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« On a besoin de ressources pour créer un modèle de développement original »


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 7 Août 2014 à 17:53 | Modifié le Samedi 9 Août 2014 - 09:58


Conseillère exécutive en charge des affaires européennes et de l’enseignement supérieur à l’Assemblée de Corse (CTC), 1ère adjointe à la mairie de Bastia, secrétaire départementale et membre du bureau national du Parti socialiste, Emmanuelle de Gentili a participé, dimanche dernier, à Corte, à son 2ème débat des Ghjurnate, organisé par Corsica Libera. Interrogée sur la fermeture du gouvernement, elle exhorte à la patience et à un travail de pédagogie. Elle explique, à Corse Net Infos, qu’un nouveau statut permettra à la Corse de définir un vrai modèle économique.


Emmanuelle de Gentili, Conseillère exécutive en charge des affaires européennes et de l’enseignement supérieur à l’Assemblée de Corse (CTC), 1ère adjointe à la mairie de Bastia, secrétaire départementale et membre du bureau national du Parti socialiste.
Emmanuelle de Gentili, Conseillère exécutive en charge des affaires européennes et de l’enseignement supérieur à l’Assemblée de Corse (CTC), 1ère adjointe à la mairie de Bastia, secrétaire départementale et membre du bureau national du Parti socialiste.
- Selon vous, la position gouvernementale n’est pas si fermée qu’elle n’y paraît. Qu’entendez-vous par là ?
- Le gouvernement est pluriel. En son sein, les positions sont partagées, comme elles le sont en Corse. L’important est qu’il existe des relais, des gens à l’écoute, comme Marylise Lebranchu qui a pu entendre la diversité des opinions existant dans l’île. Elle a pris le temps d’entendre, à la fois, l’Exécutif en entretien privé, les élus de la CTC et toutes les personnes pouvant apporter une contribution au débat actuel. Son intervention devant les élus était assez claire. Elle a montré qu’elle était prête à soutenir nos revendications au plan national, même si elle a exprimé les difficultés qu’elle pouvait percevoir concernant certaines d’entre-elles.
 
- Lesquelles ?
- La ministre est réticente sur le statut de résident. Nous lui avons dit que nous pouvons travailler à faire évoluer cette position émanant d’un vote qui nous a permis de nous rassembler. Nous ne sommes pas fermés à des contrepropositions ou à travailler sur des questions de fiscalité concernant le foncier ou l’environnement. La Corse a besoin de trouver des recettes et des ressources pour pouvoir financer ses politiques et créer un modèle de développement original.
 
- La ministre veut des solutions généralisables à tout le territoire français. Pourquoi, tout en insistant sur la spécificité corse, pensez-vous que ce serait un atout ?
- Cette vision de la ministre est intéressante. Il faut, chaque fois que c’est possible, l’utiliser et demander que les réformes, que nous souhaitons, puissent être généralisées, même si 90% de leur application se fera sur des cas corses. Prenons l’exemple des Arrêtés Miot, si une loi était votée au niveau national sur cette problématique, il n’y aurait que quelques cas sur le continent dans une ou deux régions. Par contre, il y aurait énormément d’applications en Corse.
 
- La Corse pourrait-elle s’en contenter ? 
- Je crois qu’on peut se contenter de cette vision-là dans la mesure où elle nous permet de solutionner une problématique. En même temps, d’autres sujets, comme la coofficialité de la langue, ne peuvent être gérés que dans le cadre corse. Nous sommes d’accord pour entrer dans un cadre général quand c’est possible. Nous ne voulons pas systématiquement être hors cadre ! Au contraire !
 
- Le gouvernement a-t-il, enfin, pris conscience du fait majoritaire en Corse sur un certain nombre de dossiers qu’il rejette ?
- Je n’en suis pas encore sûre ! Si je veux être objective, je dirais qu’il faudra attendre l’échéance de 2015. Les élections territoriales démontreront vraiment que ce fait est majoritaire. Pour l’heure, il est important de continuer à faire de la pédagogie, à expliciter, et à montrer que nous avons, à la fois, une vision politique et une vision technique de ce dont la Corse a besoin. C’est par notre expérience et par la démonstration que nous devons essayer de convaincre nos représentants au niveau national.
 
- Avez-vous le sentiment que le chef de l’Etat reste frileux sur la Corse ?
- Oui ! J’ai le sentiment que le chef de l’Etat est, encore, assez frileux sur la question corse. Il est important de travailler à démontrer, point par point, ce que pourrait apporter à la Corse tous les éléments que nous mettons les uns à côté des autres. Tant que nous n’aurons pas fait la démonstration qu’une politique intégrée nous permettra de sortir de l’ornière, on va nous opposer que les statuts, que nous avons déjà obtenus, n’ont pas permis de régler toutes les problématiques. C’est une contrevérité ! S’il est vrai que les statuts n’ont pas tout réglé, ils ont permis des avancées conséquentes. Ils apportaient des solutions sur un sujet donné. Nous avons eu des compétences en culture ou en économie, mais il n’y a jamais eu une vision globale.
 
- Certains objectent, à gauche, que ces évolutions sont inutiles. Que leur répondez-vous ?
- Nous ne demandons pas des évolutions pour le plaisir d’avoir des évolutions ! Les évolutions et les institutions ne sont que des outils au service d’une politique. Aujourd’hui, nous sommes face à de nouvelles problématiques. Nous avons besoin d’une vision globale. Le diagnostic est partagé par tous : nous avons un problème de foncier, de transports, de fiscalité, de protection de notre environnement… et surtout de financement de l’entretien de la qualité environnementale. Nous souhaitons que la CTC puisse disposer des ressources nécessaires pour financer les politiques qu’elle veut mettre en œuvre. Sur ces points, nous devons être entendus.
 
- Vous ne l’êtes pas. Or, vous exhortez à la patience. Pourquoi ?
- Nous avons fait une grosse erreur de penser que, parce que nous le demandions à un instant T, nous devions obtenir des résultats immédiats, dans la foulée. Il faut être patient. Nous devons expliquer les raisons de nos demandes. Les difficultés, que nous connaissons et que nous vivons au quotidien, nous en parlons avec des personnes qui ne les connaissent pas et vivent dans un autre environnement. Il faut, donc, leur expliquer ! Il y a, en plus, dans chaque camp, des conservateurs et des progressistes. Nous savons qu’il faut passer tous ces écueils. Nous devons travailler pour arriver, dans un délai court, à une solution permettant à la Corse d’avoir un vrai modèle économique.
 
- C’est-à-dire ?
- Un modèle qui ne repose pas uniquement sur la fonction publique et le BTP qui, lui-même, dépend de la commande publique. Il doit être productif avec la mise en valeur des ressources naturelles et un tourisme qualitatif afin de pourvoir, en même temps, préserver la Corse et la développer.
 
- La CTC doit remettre à l’Etat un projet de réforme institutionnelle en novembre. Serez-vous prêt ?
- Les discussions sont engagées avec la Commission Chaubon qui travaille depuis plusieurs années sur ce genre de sujet. Il reste trois mois pour échanger avec les formations politiques et faire des propositions. Je reste très confiante dans la mesure où le débat est latent depuis le référendum de 2004 qui s’interrogeait, déjà, sur la suppression des conseils généraux. Aujourd’hui, nous travaillons plutôt à chercher une architecture qui permettra de renforcer les intercommunalités, de travailler sur l’urbain et le rural, d’empêcher la désertification que nous connaissons et de renforcer le développement des villes.
 
- Vous militez pour de larges alliances de 2nd tour aux élections territoriales de décembre 2015. Le modèle bastiais est-il reproductible au niveau régional ?
- Je ne crois pas qu’il le soit en l’espèce ! Par contre, la philosophie, qui l’a permis, peut, elle, être reproductible. Collectivement, nous ne voulons plus d’une posture qui nous commande de faire obligatoirement des alliances à gauche, puisque nous sommes de gauche, même si nous ne partageons pas du tout le contenu des programmes. Ce qui doit nous rassembler, bien au-delà de l’appartenance à un parti politique, c’est, d’abord, un projet. C’est ce qui ressort du débat des Ghjurnate et des discussions que nous avons au quotidien sur le terrain. Là-dessus, il y a un vrai travail de fond à faire.
 
- Vous vous êtes prononcée pour l’intégration de Corsica Libera à une plateforme de gouvernance. Leur vision de la Corse n’est-elle pas très différente ?
- Pour moi, l’indépendance ou l’appartenance à la République n’est pas le sujet actuel ! Le sujet est de définir quelle Corse nous voulons pour demain, quel développement, sur quelles politiques voulons-nous mettre l’accent et comment allons-nous financer tous ces choix…?
 
- Le dépôt des armes par le FLNC facilite-t-il les discussions ?
- Le geste du FLNC est un geste fort. Au-delà du fait historique, il est un signe de maturité parce qu’il a été fait sans préalable. Il montre la volonté de rentrer dans le champ démocratique. La démocratie en sort renforcée. Effectivement, nous pouvons mieux discuter. Ce geste va poser un problème à ceux qui mettaient des préalables à l’ouverture de discussions avec des forces politiques qui, aujourd’hui, sont élues démocratiquement. L’important est de faire des choix et d’essayer de travailler à faire sortir la Corse par le haut de toutes les difficultés et de la crise mondiale que nous subissons.
 
Propos recueillis par Nicole MARI



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