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Jean-Frédéric Poisson : "Je veux dire aux Corses que je comprends leurs réactions lorsque l’Etat est injuste à leur égard"


Rédigé par le Lundi 17 Octobre 2016 à 22:19 | Modifié le Lundi 17 Octobre 2016 - 23:09


Jean-Frédéric Poisson, député des Yvelines, président du Parti Chrétien-Démocrate, vice –président de la Commission des lois à l’Assemblée Nationale, est candidat à la primaire ouverte de la droite et du centre des 20 et 27 novembre prochains. Il sera en Corse de vendredi - Ajaccio - à dimanche- Biguglia. Interview


Jean-Frédéric Poisson : "Je veux dire aux Corses que je comprends leurs réactions lorsque l’Etat est injuste à leur égard"
- Vous venez pour la première fois en visite officielle en Corse. Ce déplacement s’inscrit dans le cadre de la primaire ouverte de la droite, que venez-vous dire aux Corses ?
-Entre la Corse et moi un vrai dialogue constant s’est noué depuis plusieurs années. J’y ai des nombreux amis et plusieurs membres de mon équipe sont corses. La situation de l’île est un sujet récurrent de nos échanges.
Ma candidature à la primaire a pour objectif d’œuvrer au ré enracinement des personnes et des peuples, d’être un rempart à la toute-puissance de l’argent. C’est pourquoi je souhaite consolider les réseaux de solidarités naturelles que sont la famille, l’entreprise, l’association et le territoire. Ces enjeux rejoignent ceux de l’île.
 
De l’histoire est née une relation complexe entre l’Etat et votre île. J’ai bien conscience de cela.  Michel Rocard, dans son célèbre discours de 1988, avait bien résumé la situation « la France a acheté ses droits de suzeraineté sur la Corse à Gênes et il fallut une guerre pour les traduire ». 
 
Plus tard, la Corse paya lourdement le prix du sang durant de la première guerre mondiale. Au lendemain de celle-ci, beaucoup quittèrent leur patrie pour les colonies. L’empire colonial français s’est construit en grande partie grâce aux corses. Cela est encore une fierté pour beaucoup d’entre eux. Toutefois, ce fut là un frein porté au développement de l’île.
Depuis deux siècles,  les corses contribuent à la grandeur de la France, parmi lesquels des  résistants,  de grands avocats, des artistes, des parlementaires, des médecins…
Si les corses se sont illustrés, le plus souvent c’était loin de leur terre. Il y a là une forme de paradoxe.
 
Dans les années 60-70, l’île connut plusieurs épisodes sociaux qui participèrent au réveil de l’appartenance des corses à leur petite nation. Ce fut un tournant historique.
S’en suivirent 40 années de revendications trop souvent exprimées dans les troubles et la violence.
Attaché à l’enracinement des personnes et des peuples, je partage la volonté des corses de transmettre leur culture, leur langue et leur histoire mais cela doit se faire dans la paix. Je fus frappé dans les années 90 par les différentes marches des femmes qui appelaient à la paix.
Je sais aussi que certaines incompréhensions peuvent naitre entre la Corse et le Continent par manque de connaissances réciproques. La laïcité en est l’exemple le plus criant.
Société laïque parce que chrétienne, assurant la liberté de culte, la Corse n’a pourtant pas vocation à devenir une société multiculturelle et rejette le laïcisme en vigueur sur le continent.  La Corse est généreuse, hospitalière et solidaire. Les corses l’ont démontré à de multiples reprises dans l’histoire.
Il y a là une certaine vision de la société qui m’est chère.
Désormais, les tensions et oppositions doivent être derrière nous. Il convient d’ouvrir un dialogue apaisé et serein entre l’Etat et les Corses.
Dans ce sens, je plaide pour une loi sur l’autonomie de l’île avec ouverture d’un chapitre particulier dans la Constitution.
Enfin, je veux aussi dire aux Corses que je comprends leurs réactions lorsque l’Etat est injuste à leur égard, l’affaire du drapeau corse interdit dans le stade de Nice, les jugements disproportionnés, le vote en catimini au Parlement de mesures concernant l’île, l’ignorance des délibérations de la CTC malgré de très larges majorités, en sont des exemples récents.
C’est un dialogue de confiance que je souhaite construire.


- Quel est donc votre projet pour la Corse ?
Après tant d’années de violences et de drames, il importe que chacun prenne ses responsabilités. Les Corses expriment un souhait clair depuis plusieurs années, la trêve du FLNC ainsi que le renouvellement des élus locaux (Ajaccio et Bastia en 2014, territoriales en 2015) illustrent une volonté de paix et de démocratie.
Je prends acte de cette volonté de changement, d’aération de la société insulaire. Elle est salutaire. Mon projet pour la Corse s’articule en plusieurs points. Premièrement, une loi sur l’autonomie. Je souhaite échanger avec mes interlocuteurs sur la place qu’ils comptent donner au bilinguisme, à la lutte contre la spéculation immobilière, aux compétences transférées et aux dérogations en matière fiscale. Ma volonté n’est pas de venir imposer ma vision mais de construire ensemble l’avenir de la Corse. Deuxièmement le rapprochement des prisonniers à motif politique, enfin un essor économique et démographique.
 
Concernant les prisonniers, je plaide pour une application du droit commun qui assure le rapprochement des détenus. En ce sens, la loi pénitentiaire doit être complétée. La loi Gandolfi-Scheit me semble être une piste intéressante afin d’éviter la double peine du détenu et de sa famille. Par ailleurs, je ne veux pas que les prisonniers corses soient traités comme les djihadistes.  


Vous évoquez le développement économique qu’entendez-vous par là ?
Un développement économique intégral est une nécessité afin de créer puis partager justement les richesses. Il est de surcroit le meilleur paratonnerre à la violence. Je suis frappé par le déséquilibre entre la situation économique de l’île et le dynamisme de la diaspora corse sur le continent. Les forces vives ne sont pas toujours là où elles devraient être. Le problème démographique doit aussi être posé. La Corse est l’île de Méditerranée la plus vieillissante, son taux de pauvreté est criant et son taux de natalité demeure faible.
Dans le même temps, personne ne peut nier son potentiel.
La Corse possède de nombreux atouts : une situation géographique stratégique, un environnement à préserver, des ressources naturelles (l’eau, le bois, le vent, la vigne, la châtaigne…) d’une grande qualité, une culture latine qui l’ouvre sur le bassin Méditerranéen.
Il est temps de sortir d’un modèle économique principalement basé sur le tourisme de masse. Je souhaite libérer les initiatives locales. Oscaro, Pietra, le renouveau des Eaux D’Orezza, le Sporting Club de Bastia ces entreprises illustrent cette capacité. Et il y en a d’autres.
 
Je ne viens pas en Corse en donneur de leçon. Au contraire, je viens discuter, voir comment développer l’île dans le respect des compétences de Paris et de l’Exécutif corse. Je ne crois pas en l’Etat omnipotent et ingérant. Je souhaite m’enquérir des initiatives locales en matière de continuité territoriale méditerranéenne avec les Etats voisins. A ce titre, les actions de l’Exécutif visant à tisser des liens avec la Sardaigne, la Catalogne me semblent tut à fait appropriées. Je souhaite aussi voir comment les acteurs locaux peuvent créer les conditions d’un retour des membres de la diaspora en les associant aux décisions qui engagent l’avenir de leur terre.  Par ailleurs, les corps intermédiaires étant au cœur de mon projet, j’interrogerai mes interlocuteurs sur la place qu’ils souhaitent donner au Conseil Economique et Social Corse.


-  Vous êtes le « quasi-inconnu » de cette primaire, comment comptez-vous résorber ce déficit de notoriété ?
- Je passerai trois jours plein à parcourir les routes de l’île pour rencontrer et écouter les corses. En plus de deux réunions publiques que j’animerai à Aiacciu (vendredi 21 octobre, 18h30 Palais des Congrès) et Biguglia (dimanche 23 octobre, 11h, à l’hôtel de ville), je rencontrerai également des élus, des chefs d’entreprise, des syndicalistes.
Je présenterai mon livre sur le massacre des chrétiens d’Orient à la librairie Les Palmiers d’Aiacciu le samedi 22 à 10h30. J’attends beaucoup de ces échanges.


- Dans vos visuels, vous employez les mots « Corsica », « Aiacciu », pourquoi ce choix de corsiser votre communication ? 
-  En tant que chrétien et philosophe, je fais du principe de subsidiarité un axe politique de premier rang. L’Etat jacobin est fini. Le bilinguisme et la double culture des corses est un atout. Je n’ai pas peur de cela. Au contraire, c’est une marque de respect à leur égard, « A Rome, fais comme les romains », « en Corse, fais comme les Corses ».
A l’occasion de mon déplacement aux Antilles, j’ai communiqué ainsi, il est tout naturel que je le fasse aussi ici.
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Programme du déplacement 
  • Aiacciu  vendredi 21 octobre 18h30 Palais des Congrès salle Claude Papi
  • Biguglia dimanche 23 octobre 11heures hôtel de ville



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