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J.-G.Talamoni : « Appel à la cohésion des élus corses »


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 17 Avril 2014 à 18:10 | Modifié le Samedi 19 Avril 2014 - 01:44


A l’issue des élections municipales et à une semaine du débat historique et ultrasensible du statut de résident à l’Assemblée de Corse (CTC), Corsica Libera fait le point sur les résultats électoraux et la nouvelle donne politique insulaire. Fustigeant les choix des leaders modérés et le Préalable imposé par leurs partenaires, le mouvement indépendantiste réitère son offre de dialogue à l’ensemble de la société corse et fixe ses priorités. Explications, pour Corse Net Infos, de Jean-Guy Talamoni, président du groupe à la CTC, qui revient sur la visite de Marylise Lebranchu, lundi, à Ajaccio.


Le bureau de Corsica Libera.
Le bureau de Corsica Libera.
- Quelle analyse faites-vous des élections municipales et du changement de donne politique en Corse ?
- Les élections municipales n’ont pas donné les résultats attendus de manière générale par les Nationalistes, à savoir des victoires nationalistes. Il y a eu des échecs et des victoires à la Pyrrhus. Nous devons en tirer les enseignements et nous projeter dans l’avenir.
 
- Ce scrutin a montré que les listes nationalistes d’union recueillent bien moins de suffrages que les listes séparées. N’est-ce pas une donnée à prendre en compte ?
- Oui ! Mais, nous n’avons jamais dit qu’il fallait à tout prix se présenter ensemble au 1er tour d’une élection. La jonction peut se faire au 2nd tour. Il faut, effectivement, prendre en compte ce qui s’est passé, en particulier à Ajaccio. Nous disions que le mouvement national devait être le moteur du changement. Or, les deux principaux leaders du mouvement modéré ont décidé d’exclure Corsica Libera en cédant aux diktats de leurs partenaires qui sont des antinationalistes. A Porto-Vecchio, le Parti communiste français a dirigé la manœuvre et imposé à Jean-Christophe Angelini de réactiver le Préalable de la condamnation de la clandestinité. A Bastia, cela a été fait par François Tatti. C’est une faute politique !
 
- Qu’entendez-vous par là ?
- Ce Préalable n’existe plus, aujourd’hui, pour la plupart des élus dits traditionnels, comme ceux qui représentent le PS français. Jean-Charles Orsucci et Emmanuelle De Gentili ont dit, publiquement, que Corsica Libera devait être associé à la solution politique. Au même moment, des leaders nationalistes acceptent de réactiver le Préalable ! Pour nous, c’est, d’une part, hors de saison et, d’autre part, une faute ! Jean-Christophe Angelini a commis une faute politique et a perdu. A Bastia, le système Zuccarelli a changé de leader. L’homme fort n’est plus un Zuccarelli, mais François Tatti dont on a vu le plébiscite à la CAB (Communauté d’agglomération de Bastia) !
 
- En n’appelant pas à voter Jean-Christophe Angelini à Porto-Vecchio, n’avez-vous pas contribué à faire élire George Mela ?
- On ne peut pas appeler à voter pour des gens qui nous excluent, nous montrent du doigt et réactivent un Préalable qui nous met en accusation ! Sachant que notre mouvement est, aujourd’hui, celui qui paye le prix fort en termes de répression avec des arrestations qui se poursuivent. Ceci dit, nous n’allons pas, à notre tour, faire preuve d’ostracisme ou jeter l’anathème sur qui que ce soit ! Nous n’allons pas restés indéfiniment dans le passé. Nous sommes résolument tournés vers l’avenir.
 
- Qu’allez-vous faire maintenant ?
- Nous allons continuer à dialoguer avec l’ensemble des composantes de la société corse, ceux qui veulent changer les choses comme ceux qui sont hostiles au changement. Nous avons l’espoir de les voir évoluer dans l’avenir. Dans cet esprit, nous prendrons, de nouveau, des contacts au titre de l’Exécutif, pour essayer de construire avec tous ceux, qui ne nous poseront pas de préalable, une solution politique pour ce pays. D’autre part, nous nous adresserons, dans cette période très importante, aux nombreux sympathisants de Corsica Libera qui, sans être des militants, adhèrent aux idées que nous portons, au travail que nous faisons et considèrent que nous incarnons le fil historique du nationalisme corse. Nous proposerons à notre Ghjunta de créer des Cumitati dans les différentes régions de l’île, où ces sympathisants pourront, s’ils le désirent, nous aider concrètement et s’investir à la mesure de leurs possibilités.
 
- Quelle est votre priorité ?
- Notre priorité, aujourd’hui, est de poursuivre le travail effectué par la CTC. Nous avons fait mettre à l’ordre du jour les éléments essentiels de notre programme. Le statut de coofficialité est une motion de Corsica Libera, votée par la CTC. La question du PADDUC reprend les grandes orientations de notre projet Corsica 21. En 2010, nous étions les seuls à défendre l’agenda 21. Le statut de résident, qui viendra en fin de semaine prochaine en débat, est une revendication que nous portions, seuls, à l’occasion des dernières Territoriales et pendant les Assises du foncier. Nous sommes heureux de voir qu’aujourd’hui, cette question va être examinée et fera, peut-être, l’objet d’un vote majoritaire.
 
- Manuel Valls a annoncé que les élections cantonales et territoriales restent fixées à 2015. A l’aune du contexte actuel, quelle stratégie développerez-vous ?
- Nous n’avons pas encore envisagé la question des Territoriales de manière collective, nous n’en n’avons pas débattu. Je pense que nous donnerons une position claire dans le courant de l’été prochain. Aujourd’hui, nous travaillons sur l’essentiel qui est la réforme en cours et les négociations avec le gouvernement français. Nous y sommes investis de toutes nos forces. Franchement, à côté des enjeux attachés à la Réforme qui peut changer la vie des Corses, les questions des Municipales et même des Territoriales ne sont pas les plus importantes !
 
- Il faut quand même gagner les élections pour peser. Sans les 36% des votes nationalistes réalisées en 2010, les débats à la CTC seraient différents !
- Tout à fait ! Nous avons pesé avec les 10% réalisés au moment des Territoriales. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes investis tout au long des scrutins.
 
- Que pensez-vous de la dernière réunion, lundi, avec la ministre de la Réforme, Marylise Lebranchu ? On a l’impression que rien ne change, les lignes ne bougent pas !
- Non ! On ne peut pas dire que rien ne change ! On peut dire que les choses ne vont pas assez vite ! C’est ce que nous lui avons reproché ! En revanche, la question de la révision constitutionnelle qui était, quasiment écartée au début des discussions, est, aujourd’hui, validée par le gouvernement comme, non pas une nécessité absolue, mais une hypothèse de travail sérieuse. De plus, il y a quelques jours, Camille de Rocca-Serra a annoncé qu’une soixantaine de députés de droite seraient prêts à voter pour une révision constitutionnelle.
 
- Pour la Corse ?
- Oui. Cela change le paysage politique ! A un moment donné, le gouvernement se cachait derrière la nécessité d’obtenir 3/5ème du congrès pour procéder à une révision constitutionnelle, se défaussant, ainsi, de ses responsabilités. Nous lui avons demandé s’il était prêt à soutenir la démarche. Nous avons eu beaucoup de mal à obtenir une réponse. Mais, aujourd’hui, la position du gouvernement devient beaucoup moins tenable.
 
- Ne craignez-vous pas que l’accession de Manuel Valls à Matignon ne soit préjudiciable à la Réforme ?
- Manuel Valls n’a pas fait de déclaration à ce sujet. Mais, Marylise Lebranchu, qui représente le gouvernement, a dit clairement que, d’abord, il n’était pas question de fusionner la Corse avec la région PACA ! La rumeur a circulé dans la presse. J’ai entendu des observateurs prétendument avisés dire sur les ondes de la radio de service public que c’était l’option de Manuel Valls ! Cette mise au point de Mme Lebranchu est, déjà, une bonne chose car ce serait une provocation inadmissible ! Ensuite, elle a dit que la question de la révision constitutionnelle se posait et ce, d’autant plus que l’évolution de la droite donne la possibilité d’obtenir les 3/5ème du Congrès. Nous appelons, pour notre part, à la cohésion des élus corses, notamment ceux de la CTC, mais pas seulement… D’autres élus peuvent peser dans cette affaire pour arracher cette révision constitutionnelle. C’st vraiment le moment de mettre les bouchées doubles !
 
- Que vous inspire le récent sondage affirmant que 60% des Corses sont favorables à l’autonomie et 18% à l’indépendance ? Est-ce le signe d’un changement profond ?
- Oui. C’est évident ! Ce grand changement prouve que les idées nationalistes ont pénétré la société corse. Corsica Libera n’y est pas pour rien ! L’autre courant du Nationalisme non plus, d’ailleurs ! Il faut, aujourd’hui, capitaliser, pas au bénéfice du Nationalisme, mais de la Corse. Cela signifie mettre toutes nos forces dans la bataille avec tous les élus de la Corse et arracher la Réforme nécessaire pour assurer la pérennité des Corses sur la terre corse. Aujourd’hui, des Corses commencent à s’en aller, à quitter la Corse parce qu’ils ne peuvent pas se loger. La priorité des priorités est bien cette Réforme, notamment, la question de la résidence.
 
- Pensez-vous réussir à faire adopter le statut de résident qui est bien plus sensible que celui de la langue ?
- C’est, effectivement, encore plus sensible pour certains élus ! Nous avons l’optimisme de la volonté. Nous allons continuer, comme nous le faisons depuis 2010, à faire œuvre de pédagogie et à chercher à convaincre. L’enjeu est extraordinaire et justifie que nous livrions une bataille de conviction. Nous discutons avec tous. Des gens, qui y étaient hostiles, commencent à changer un peu de position. Chaque voix va compter. Toutes nos forces sont concentrées sur cet enjeu.
 
Propos recueillis par Nicole MARI



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