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J.-C. Angelini : « Je n’ai aucun doute sur l’issue des prochains scrutins ! »


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 8 Mai 2014 à 22:46 | Modifié le Samedi 10 Mai 2014 - 01:08


Après les élections municipales de mars dernier, le bilan du groupe Femu a Corsica est mitigé au plan électoral, mais très prometteur au plan politique. Victoire historique à Bastia, échec à Porto Vecchio, à Ajaccio et à Corte, des alliances inédites au destin divers, des coalitions attendues et peu fructueuses… Au final, des mairies conquises et plus de 400 élus dans les Conseils municipaux et les communautés de communes ! Pour Jean Christophe Angelini, président du groupe Femu a Corsica à l’Assemblée de Corse (CTC), conseiller municipal, communautaire et général de Porto-Vecchio, la vague nationaliste modérée apparaît, plus que jamais, porteuse d’une dynamique d’union, d’espoir et de changement. Il analyse, pour Corse Net Infos, les résultats et les conséquences de ce scrutin et donne son sentiment sur les échéances à-venir.


Jean Christophe Angelini, président du groupe Femu a Corsica à l’Assemblée de Corse (CTC), conseiller municipal, communautaire et général de Porto-Vecchio.
Jean Christophe Angelini, président du groupe Femu a Corsica à l’Assemblée de Corse (CTC), conseiller municipal, communautaire et général de Porto-Vecchio.
 
- Quel bilan personnel dressez-vous des élections municipales ?
- Un bilan, bien entendu, très mitigé puisque nous n’avons pas remporté cette élection à Porto-Vecchio. J’ai entendu un certain nombre de commentaires sur les choix d’union qui ont été faits et sur la démarche générale. Je n’ai ni regret, ni amertume concernant ces choix. Je pense que, si nous n’avions pas été confrontés à une telle machine clientéliste, à un tel déchainement de promesses d’emplois et de travaux, le résultat aurait été tout autre. Nous étions très largement en mesure de remporter cette élection, mais le contexte et les intérêts dans tous les sens du terme, de quelques personnes aux affaires en ont voulu autrement.
 
- Pourquoi avez-vous engagé un recours ?
- Il y a eu 1400 procurations sur plus de 8000 votants. Le nombre de votants équivaut, en théorie, à 90% des gens inscrits, puisqu’il y a eu près de 10000 inscrits sur une population de 11000 habitants. Autant de désordres qui nous ont conduit à introduire un recours devant le Tribunal administratif de Bastia ! Un recours que nous continuons d’alimenter avec beaucoup de travail et de sérénité et dont nous attendons l’issue. Le combat continue. Je reste engagé au Conseil municipal et au Conseil communautaire auprès des Porto-Vecchiais. Près d’un Porto-Vecchiais sur deux a voté pour nous, ce qui signifie qu’il y a une reconnaissance de la méthode, du travail et du projet proposés.
 
- Quel analyse faites-vous des résultats globaux de Femu a Corsica dans l’île ?
- D’un point de vue général, la démarche, engagée dans la Corse entière, a porté des fruits. A Bastia, je suis heureux et fier du résultat de mon ami Gilles Simeoni et de l’ensemble de sa liste de compromis, de renouveau et d’union. Mais, aussi, de l’élection de Jean Biancucci à Cuttoli-Corticchiato et de celle de nos candidats un peu partout. Au final, des centaines d’élus se réclament de Femu a Corsica, dans l’urbain comme dans le rural, à la proportionnelle comme au panachage, sur des listes ouvertes comme sur des listes plus rattachées à notre famille politique. Tous portent haut, aujourd’hui, les idées qui sont les nôtres.
 
- Allez-vous fédérer tous ces élus qui ne sont pas toujours visibles ?
- Oui. Tout cela va donner lieu à la remise en marche de la Fédération des élus de Femu a Corsica. Dans quelques temps, nous recenserons et remettrons en mouvement et en cohérence nos 400 ou 500 élus municipaux.
 
- Au regard de l’échec de Porto-Vecchio, d’Ajaccio et de Corte, la victoire de Bastia n’est-elle pas l’arbre qui cache la forêt ?
- Non ! C’est ce qu’on avait un peu dit aux dernières élections cantonales quand j’ai été élu conseiller général de Porto-Vecchio ! J’ai été, à l’époque, le seul conseiller général élu, cela n’a pas empêché Femu a Corsica de se développer et d’amplifier sa démarche. Les résultats des Municipales prouvent que la dynamique n’a pas du tout été altérée. Aujourd’hui, Gilles Simeoni est le seul de nos candidats à être élu maire d’une grande ville, mais des communes intermédiaires ou d’autres plus petites ont été conquises et sont, aujourd’hui, administrées par des élus de Femu a Corsica.
 
- Que vous inspirent les résultats décevants des coalitions nationalistes d’Ajaccio et de Corte ?
- Nous savions pertinemment que nous ne pouvions pas remporter les villes d’Ajaccio et de Corte. Nous aurions pu, peut-être, le faire en coalition à Ajaccio, mais cela n’a pas été le cas. Là aussi, un recours a été introduit au Tribunal administratif, nous verrons le destin qui lui sera réservé. Au-delà de ces deux cas, la démarche de Femu a Corsica continue de s’étendre et de s’amplifier. Sans être présomptueux, ni vendre la peau de l’ours, je n’ai aucun doute sur l’issue des prochains scrutins !
 
- L’union nationaliste est un échec électoral, la désunion aussi à Porto Vecchio, mais a permis la victoire à Bastia. Quelle lecture faites-vous de ces résultats peu lisibles ?
- Les élections municipales, par nature, ne peuvent pas imposer de grille générale de lecture ou de comportement. C’est aussi le cas à droite, comme à gauche. L’ensemble des formations politiques insulaires a été confronté à des situations variables d’un territoire à l’autre. On ne peut pas y appliquer mécaniquement, ni y reproduire de façon schématique, les mêmes attitudes. Il y a eu des choix différents, y compris pour Femu a Corsica et pour la famille nationaliste en général.
 
- Quelle leçon en tirez-vous ?
- Je tire, sans concession, sans acrimonie, ni polémique, un bilan qui est de double nature. Concernant le préalable qu’on a un peu agité durant cette campagne et que l’on nous a reproché, je tiens à dire qu’il n’y en a jamais eu de notre part ! Il y a simplement eu des partenaires politiques qui, pour nous rejoindre, exigeaient un certain nombre de clarifications qui sont attendues et demandées depuis des années. Ce n’est pas un débat récent ! Il n’est pas né avec les Municipales ! Il n’y a, donc, pas aujourd’hui, matière à laisser prospérer ce type de procès d’intention ou de critique. Cette affaire du préalable n’a, pour moi, pas de cohérence dans la durée. Au contraire !
 
- C’est-à-dire ?
- Il faut continuer le dialogue avec les Nationalistes et resserrer les liens qui, déjà, nous unissent historiquement. Il faut envisager, de façon concertée, une évolution vers un combat qui devienne exclusivement public et démocratique. A ce moment-là, le problème sera résolu, non pas par des discussions partisanes ou des négociations d’arrière-cours, mais par un véritable processus politique qui finira de mettre l’ensemble du mouvement nationaliste en cohérence et en synergie.
 
- Quel est le deuxième point ?
- Il est tout aussi déterminant. Certes, nous n’avons pas, au 1er tour, à Ajaccio et à Corte, remporté les résultats que nous attendions. Aussi, je crois qu' y compris aux Municipales, il convient, vraisemblablement, d’avoir, au 1er tour, des approches distinctes. La fusion des listes et des approches dès le 1er tour n’est pas forcément porteuse au plan électoral. Elle est, souvent, synonyme de contraction, bien plus que d’élargissement de l’électorat. Au 2nd tour, naturellement, tout reste à discuter.
 
- Est-ce une position officielle ?
- Non ! C’est une position personnelle ! Je n’ai pas, en l’occurrence, de certitude et Femu a Corsica n’a pas arrêté de position. Le débat reste ouvert. Mais je crois qu’à Corte, comme à Ajaccio, nous aurions, peut-être, gagné à porter des démarches séparées. Je le dis dans l’intérêt de Corsica Libera et des idées indépendantistes autant que dans l’intérêt de Femu a Corsica et des idées que nous portons. Je le dis, avant tout, dans le respect de nos électeurs et dans la volonté de réaliser des résultats meilleurs. Peut-être aurait-il fallu procéder différemment !
 
- Regrettez-vous ces alliances ?
- Non ! Comme pour Porto Vecchio, je n’ai aucun regret. Je pense qu’il y a juste des leçons à tirer et des discussions à avoir, en cohérence et en concertation.
 
- L’union progressiste réalisée à Bastia est-elle, selon vous, transposable à d’autres scrutins ou d’autres territoires ?
- Sa philosophie est très exactement celle que nous portons depuis 2010. Dès les Territoriales, nous avions dit qu’il fallait ouvrir et rassembler, nous l’avions proposé entre les deux tours à certaines forces politiques. Nous l’avons redit, lors des Cantonales, quand j’ai été élu en 2011. Nous l’avons encore dit, lors des Municipales. Les circonstances politiques ont voulu que nous puissions l’appliquer à Bastia où nous avons gagné. L’union bastiaise n’est pas une union de circonstance ou une union uniquement locale, elle est durable, efficace et manifestement souhaitée par la majorité des Bastiais et des Corses.
 
- Comptez-vous la reproduire pour les élections territoriales ?
- Oui. Elle est la concrétisation politique de ce que nous incarnons et que nous continuerons de porter dans les années qui viennent. Nous voulons la proposer à l’échelle de l’île dans le cadre des Territoriales. Elle ne sera pas reproduite mécaniquement, on ne peut pas passer comme cela d’une situation à une autre. Il faut l’adapter, l’actualiser et tenir compte d’un certain nombre de paramètres.
 
- Peut-on imaginer une union rassemblant des progressistes aussi bien de droite que de gauche ?
- La volonté de Femu a Corsica n’est pas d’arriver au pouvoir à n’importe quel prix et dans n’importe quelles conditions ! On peut, effectivement, à partir de la représentativité nouvelle qui est la nôtre depuis 2010 et qui est confirmée à chaque élection, envisager tous les possibles. Mais, ce qui compte, c’est d’abord le projet qui, lui, n’est pas interchangeable. Il doit s’affirmer à travers des visions claires en matière de transport, de PADDUC, d’énergie, de langue, de culture… Il n’est pas concevable pour nous d’aller vers n’importe qui au prétexte que nous pourrions gagner ensemble ! Ce sont, d’abord, les idées, les convictions et les projets qui détermineront nos alliances, pas l’inverse !
 
- Y aura-t-il une liste uniquement Femu a Corsica au 1er tour ?
- Oui ! Le plus naturellement du monde ! Comme en 2010 et comme nous l’avons fait depuis, il y aura une liste Femu a Corsica. C’est une décision qui n’appelle aucune discussion tellement elle est légitime ! La liste sera portée au 1er tour avec une volonté de continuité et, je l’espère, de victoire plus nette.
 
- Serez-vous candidat aux prochaines cantonales ?
- Je ne sais pas encore ! D’autant que je suis, une nouvelle fois, comme en 2011, frappé par le cumul des mandats. Je n’ai pas vocation à l’être régulièrement ! Je vais me concentrer sur un ou deux mandats qui me tiennent particulièrement à cœur. Après mûre réflexion partagée au sein du groupe Campà Altrimenti, j’ai décidé que, dans les semaines qui viennent, quand j’aurai finalisé l’ensemble de mes dossiers au département, de quitter, à regret, le Conseil général pour rester concentré sur mon mandat municipal et de conseiller communautaire et, bien sûr, mon mandat à la CTC. Je ne me projette pas sur les élections futures, j’entends mener à bien et à terme l’ensemble des missions que m’ont confiées les Porto-Vecchiais et les Corses.
 
- Pourquoi êtes-vous dubitatifs sur le sort réservé à la Corse dans le projet de loi sur la décentralisation ?
- Au vu de la façon dont les choses se déroulent depuis quelque temps, nous sommes relativement inquiets et même définitivement sceptiques quand à la prise en compte de notre réalité corse dans le projet de loi. C’est la raison pour laquelle nous nous adressons, avec fermeté et solennité, directement à l’Etat en lui demandant, non pas une série de discussions sans contenu, ni calendrier, avec une méthode à géométrie variable, mais un véritable processus politique. Alors même que la CTC a voté, à une large majorité, parfois même à l’unanimité, des thèmes qui nous sont particulièrement chers, l’Etat ne peut, durablement, demeurer absent ou en retrait. Il doit s’impliquer résolument et sincèrement, avec précision et clarté, dans un processus politique, comparable à ce qui a été mis en œuvre à l’époque de Matignon et qui, aujourd’hui, ne peut pas continuer à faire défaut à la Corse.
 
- Appelez-vous à manifester le 10 mai à Bastia avec le Collecif Simù di stu paese ?
- Oui. Nous serons présents aux côtés de la jeunesse et de l’ensemble des organisations qui ont appelé à manifester. C’est naturel et légitime d’être présents pour porter dignement et pacifiquement, de manière responsable, des idées qui sont, aujourd’hui, partagées par la majorité des Corses.
 
Propos recueillis par Nicole MARI




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