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Isulacciu : A la mémoire des 192 déportés du Fium'orbu…


Rédigé par Patrick Bonin le Dimanche 5 Juin 2016 à 20:25 | Modifié le Dimanche 5 Juin 2016 - 23:14


A l'initiative de l'association Mimoria et de son président Jean-François Vinciguerra, les 192 déportés du Fium'Orbu ont été honorés et commémorés, dimanche, au cours d'une cérémonie religieuse célébrée en la paroisse du village par l'abbé Renucci. Une bien sombre tragédie dont le contexte historique a été rappelé par l'historien Jacques Denis, accompagné de Jeanie Paoli spécialisée en généalogie.


L'abbé Renucci bénit les stèles sur lesquelles ont été gravés les noms des 192 déportés d'Embrun.
L'abbé Renucci bénit les stèles sur lesquelles ont été gravés les noms des 192 déportés d'Embrun.
Nous sommes un 6 juin 1808 au village d'Isulacciu.  Cette journée presque estivale s'annonce sous de bons auspices malgré les tensions qui règnent dans la région du Fium'orbu.  Une quinzaine de jours auparavant, une gendarmerie a été attaquée par quelques hommes qui n'acceptent pas le joug du pouvoir français en place.  Les restrictions sont importantes, la misère bien présente et les droits de la population corse réduits à leur plus simple expression. Pressé par l'armée, le maire de la commune en pensant éviter une répression sanglante est sommé de livrer le nom des coupables de l'attaque de la gendarmerie.  Ce faisant, il informe rapidement les auteurs et leur demande de prendre le maquis. 
En cette matinée du 6 juin 1808, le général Morand à la tête de troupes françaises va marquer à jamais la mémoire collective du village d'Isulacciu. La population est enfermée dans la petite église. Deux par deux , par les portes latérales, hommes et jeunes adolescents sortent de la bâtisse et rassemblés, sont escortés jusqu'à Corte puis Bastia où la plupart d'entre eux embarqueront pour Toulon puis le bagne d'Embrun.  Pour neuf autres jugés à Bastia le 4 août, ce sera la condamnation à mort et la fusillade sans délai.
Vêtus d'habits d'été, les déportés du Fium'orbu ne pourront affronter les rigueurs de l'automne puis de l'hiver vosgien. Près de quatre vingt d'entre eux périront en moins de six mois après leur arrivée suivis dans les mois d'après de leurs camarades d'infortune.  Ils seront enterrés de nuit, discrètement pour ne pas gêner la population locale, sans cérémonial, sans messe.

Une messe pour rappeler la mémoire de ses hommes victimes de la justice morandine

En présence de Jacques Denis, Jeanie Paoli et Pierre Jean Luccioni, Jean François Vinciguerra a tenu à remercier les personnes présentes.
En présence de Jacques Denis, Jeanie Paoli et Pierre Jean Luccioni, Jean François Vinciguerra a tenu à remercier les personnes présentes.
Cette messe, la bénédiction des âmes de ces fiumorbais déportés loin de leur île, l'abbé Renucci la célèbre fidèlement depuis 1992, date de création de l'association Mimoria.  Dans l'église d'Isulacciu, le chant de jeunes du Fium'orbu épaulés par Jean Noël Profizi résonne entre les murs pour s'élever vers ceux qui, plus de deux cent ans plutôt, furent arrachés à leur terre, à leurs familles.  Emportés par le flot sans cesse alimenté de la violence et de la répression, ces bergers, pères de famille, fils, cousins ou amis, connurent un triste sort dans les geôles d'une terre inconnue et hostile.  
Après l'office,  une procession , à laquelle ont participé de nombreux fidèles, s'est rendue jusqu'au monument qui à l'entrée du village rappelle ce triste jour du 6 juin 1808.  Tandis que le Dio vi salvi Regina était entamé par chanteurs et processionnaires, l'abbé Renucci a procédé à la bénédiction des trois stèles sur lesquelles sont inscrits les noms des déportés. Un travail de mémoire rendu possible par les  recherches historiques de Jacques Denis et de Jeanie Paoli.


A l'issue de la procession, une conférence de Jacques Denis, en présence de nombreuses personnes, a permis de replacer cet évènement dans un contexte historique plus large de tensions entre la France et la population insulaire du Fium'Orbu. Une population composée pour l'essentiel de bergers et de leurs familles privés de bon nombre de leurs droits.  Une pression sur le monde agropastoral ainsi que des inégalités de traitement qui à l'époque ne pouvaient dès lors que déboucher sur une violence rude  et sur un sentiment d'injustice , véritable nourriture ici comme ailleurs de la révolte des peuples. 

Le diaporama de la commémoration


L'interview de Jacques Denis et Jeanie Paoli

Jacques Denis et Jeanie Paoli.
Jacques Denis et Jeanie Paoli.

interview_jacques_denis_et_jeanie_paoli.mp3 Interview Jacques Denis et Jeanie Paoli.mp3  (5.4 Mo)



Le Dio vi salvi Regina chanté en mémoire des déportés.




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