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Inseme per a Corsica : L’appel au combat


Rédigé par Nicole Mari le Dimanche 7 Avril 2013 à 23:38 | Modifié le Mardi 9 Avril 2013 - 20:09


C’est une assemblée générale de combat et d’appel à la mobilisation qu’ont tenu, ce dimanche à Corte, les Nationalistes modérés d’Inseme per a Corsica. A quelques jours de débats et de votes décisifs à l’Assemblée de Corse (CTC) et en cette année préélectorale, le mouvement de Gilles Simeoni a adopté une motion d’orientation générale, présentée comme la boussole d’action pour les futures échéances politiques et électorales. Une feuille de route basée sur la défense des fondamentaux, le choix exclusif et réitéré de l’action démocratique et la lutte contre le système claniste et clientéliste. Explications, pour Corse Net Infos, de Gilles Simeoni qui appelle à la mobilisation générale pour contraindre l’Etat à prendre en compte la question corse.


Inseme per a Corsica : L’appel au combat
« L’heure est plus que jamais au combat. Notre discours, s’il est de paix, n’est pas un discours de renoncement ». C’est, en ces termes forts que le leader d’Inseme per a Corsica et élu territorial a ouvert l’assemblée générale de son mouvement à une période cruciale, voire critique, pour la Corse. Après avoir exprimé sa solidarité envers les cinq personnes soupçonnées d'avoir apporté leur soutien à la cavale d'Yvan Colonna et dont le procès en appel se tiendra jeudi et vendredi prochain à Paris, Gilles Simeoni a rappelé les raisons de ce combat centré sur la lutte contre le système claniste et clientéliste. « Si nous n’avons pas une vision claire de la façon dont ce système pervertit l’économie, la jeunesse…, nous risquons de nous égarer. Nous courons le risque d’oublier que notre combat n’est pas seulement pour être maire ou conseiller général. Nous ne voulons pas d’une Corse qui serait autonome mais resterait aux mains des clans et des groupes de pression ». Cette exigence démocratique, d’emblée réaffirmée, le mouvement modéré a présenté, à ses militants, le bilan d’un an d’action politique sur des domaines clés comme la langue ou le développement de l’intérieur.
 
Pas de statut Canada Dry pour la langue
L’appel au combat, c’est, ensuite, l’élue territoriale Mattea Lacave qui le lance, à quinze jours du débat à la CTC sur le statut de la langue. Expliquant les enjeux de ce vote, qualifié « d’historique », elle fait le point sur le travail effectué par les élus modérés sur le statut de coofficialité et l’avènement d’une société bilingue. « Ce statut n’est qu’un moyen d’arriver au bilinguisme. C’est une étape juridique indispensable pour obtenir la garantie des droits linguistiques des citoyens et une politique publique interventionniste pour les mettre en œuvre ». Cette enseignante bilingue ironise sur « ceux qui prétendent sauver la langue, mais veulent, en réalité, la réduire à une option de vie. Pour nous, la langue est pour tous ». Mettant en garde contre « un statut Canada Dry », vidé de son contenu que certains tenteront de faire voter le 25 avril, elle rappelle que le vrai combat sera de convaincre le gouvernement de modifier la Constitution. Promettant de « ne pas faiblir », elle demande aux militants de se mobiliser et de se tenir prêts à descendre dans la rue pour défendre « l’élément le plus visible de notre identité culturelle ».
 
Des lois non-appliquées
Le combat pour le développement de l’intérieur, Jean-Félix Acquaviva, maire de Lozzi et président de l’association des élus de montagne, en a fait son credo. « La question du développement de la montagne est la question du développement de la Corse. Elle doit être posée, dans le PADDUC, en termes de filières, d’espaces et de contraintes ». Il dénonce la non-application par l’Etat des lois qui permettent d’adapter celles-ci à la spécificité de chaque massif montagneux et rendent obligatoire le développement des territoires ruraux. « Chaque fois qu’elle tend vers la diversité, la loi n’est pas appliquée. Le combat de revitalisation de l’intérieur n’est pas de sauver quelques chapelles ou de mettre en survie le territoire, mais d’aller vers une liberté économique, sociale et culturelle ». Pour cela, il préconise de « sortir du tête-à-tête avec Paris, de le contourner car il nous empêche d’avancer » et de se tourner vers l’Europe et la création d’un « groupement européen de coopération territoriale des îles de montagne en Méditerranée ».
 
Agréger les compétences
Le combat, pour Inseme per a Corsica, se décline, aussi, au quotidien, par le travail et la construction d’une nouvelle Corse « qui veut vivre libre et émancipée ». A travers deux témoignages de militants très impliqués, par leur métier, dans la promotion d’un développement durable et équitable, le mouvement modéré a voulu montré sa différence et opposer l’espoir nationaliste au renoncement claniste. « Notre différence, c’est d’agréger, chaque fois que c’est possible, les compétences, d’identifier les expériences positives qui se pratiquent au quotidien pour définir, ensemble, la Nation dont nous rêvons et que nous voulons construire. Quand les compétences s’agrègent dans un petit pays comme le nôtre, c’est l’espoir qui se lève », déclare Gilles Simeoni.
 
La lutte contre le clanisme
La différence de comportement et le refus du clanisme « système scandaleux et méprisable », c’est également le combat de l’élu territorial, Hyacinthe Vanni. « Nous sommes la seule force d’opposition à la CTC, ce qui nous ferme toutes les portes et ne nous laisse aucune marge de manœuvre. Malgré cela, nous travaillons et nous sommes présents partout dans toutes les réunions et dans toutes les commissions ». Il fustige l’action de l’Exécutif, sa politique d’embauche, « de chantage aux subventions et à l’emploi », de « saupoudrage sans choix de développement » ou encore de formation professionnelle « qui ne recense pas les besoins des entreprises, mais qui n’est que du copié-collé d’une année sur l’autre ». Il tacle « le manque d’anticipation » au niveau des agences et offices, notamment l’office des transports et son budget en déséquilibre, désormais entre les mains du Préfet. « Ils ne pensent pas à la Corse, ils ne pensent qu’à être élus. Aujourd’hui, la somme des intérêts particuliers prime sur l’intérêt général. Face à ces pratiques, à ce système, notre détermination reste intacte. Nous ne reculons jamais. Nous nous y engageons. Vous pouvez comptez sur nous. Quand nous serons aux responsabilités, il n’y aura pas de chantage à l’embauche, au logement et aux subventions, pas de saupoudrage. Nous ferons une politique au service de la Corse car nous avons un pays à construire, pas une clientèle à satisfaire », conclut-il sous les applaudissements nourris des militants.
 
Une décentralisation pervertie
A sa suite, José Filippi enfonce le clou en dénonçant, chiffres et exemples à l’appui, le mode de gouvernance des collectivités locales. « La décentralisation n’a fait que renforcer le clientélisme local en définissant des périmètres territoriaux. Le système doit être le plus opaque possible. Des gens, qui n’ont pas de mandat, décident. Pour le clan, le contexte politique idéal est le département car le citoyen en perçoit très mal l’enjeu politique, tout en étant proche de son élu ». Pour lui, le peuple paye pour « l’incompétence, l’incurie et le clientélisme de ceux qui ont le pouvoir », pour leur « politique suicidaire d’emploi et de gestion de la dette ». Il propose, en contrepoint, une nouvelle gouvernance de type participatif et fédératif.
 
Se mobiliser pour le référendum
Le combat enfin, Gilles Simeoni y revient encore en présentant une motion fixant les orientations stratégiques sur fond d’échéances électorales. Insistant sur l’importance de l’heure et des enjeux, il balaye, d’abord, le bilan politique de l’année écoulée en se félicitant du travail accompli à la CTC pour tenter de tenir les promesses de campagne, du renforcement de la présence d’Inseme sur le terrain au niveau de la langue, des Arrêtés Miot, du Collectif du 5 mai… et de la percée historique aux législatives. Il définit, ensuite, les axes d’actions futures en appelant les militants à la mobilisation notamment en prévision du référendum sur la réforme constitutionnelle, qui devrait suivre les votes à la CTC. « Rien n’est acquis, ni gagné d’avance. En face, ils ont pris la mesure de l’urgence. Si nous gagnons, ils ne pourront plus nous arrêter. Pour cela, il faut lutter contre la fraude, contre la pression claniste, contre le mutisme de l’Etat pour faire que ces réformes, dont nous avons un besoin vital, soient validées par le peuple».
Après une charge féroce contre un gouvernement qui « incarne le plus la fermeture et le refus de notre identité », et dont « la politique est contraire à nos intérêts collectifs », il réaffirme la nécessité d’une reconstruction démocratique pour « opposer, aux clans et à l’Etat, la force du droit et de l’équité ». Enfin, il lance un appel au renforcement de la lutte sur le terrain et demande aux militants et aux Corses de « prendre leur destin en mains », de ne pas rater ces rendez-vous avec l’histoire.
 
N.M.
 
 

Gilles Simeoni, leader d'Inseme per a Corsica
Gilles Simeoni, leader d'Inseme per a Corsica
Gilles Simeoni : « Il faut contraindre l’Etat par un rapport de forces politique et démocratique »

- Pourquoi qualifiez-vous cette assemblée générale « de combat » ?
- De combat ou de mobilisation ! Nous pensons que l’heure est très importante. Nous sommes, dans doute, à un carrefour. Il faut donc sensibiliser, informer et mobiliser. Nous avons la chance de pouvoir compter sur une base militante très dynamique composée d’acteurs de terrain très engagés dans la vie politique, sociale, économique, culturelle et associative. Un maillage très fort de la société qu’il nous faut dynamiser parce que la Corse ne peut pas se permettre de manquer les rendez-vous, qu’elle a avec l’histoire, dans les semaines et les mois à-venir.
 
- Quels rendez-vous jugez-vous les plus importants ?
- Au plan institutionnel, un premier vote interviendra à la fin du mois sur le statut de coofficialité de la langue corse. Ensuite, probablement fin mai, un nouveau débat et un nouveau vote sur le principe d’une révision constitutionnelle intégreront la question foncière, le statut de résident, le statut de la langue, le transfert de compétence fiscale et l’évolution institutionnelle de la Corse. Ces questions fondamentales permettent de répondre à un certain nombre d’urgences qui sont des priorités absolues.
 
- Ne craignez-vous pas des textes à minima pour obtenir un vote ?
- A l’occasion de ces deux votes, nous allons tout faire pour qu’au terme des débats, les textes ne soient pas édulcorés, mais soient à la hauteur des attentes et des enjeux et qu’un vote, si possible, très largement majoritaire entérine les principes débattus. Dans cette perspective, nous espérons que ceux qui, dans les partis traditionnels, s’affirment comme des éléments de rénovation de la vie politique insulaire, mettront en accord leurs discours avec leurs actes et prendront leurs responsabilités afin de construire une majorité large.
 
- Vous lancez un triple appel, aux militants, aux nationalistes et aux partis traditionnels. Quelle est sa teneur ?
- Nous lançons un appel aux militants afin qu’ils s’engagent de manière déterminée. Devant l’état économique, social, culturel et même éthique et sociétal de ce pays, devant ces difficultés majeures, l’urgence et la gravité de la situation, le seul engagement des élus ne peut pas apporter une réponse globale. Les Corses doivent prendre leur destin en mains, c’est la condition sine qua non de la réussite. L’ensemble des forces nationalistes, représentées à l’Assemblée de Corse, votera, naturellement, afin d’entériner des principes pour lesquels nous nous battons, tous, depuis des décennies.
 
- Que demandez-vous aux partis traditionnels ?
- Les faits et les résultats électoraux prouvent que les idées, que les nationalistes étaient, hier et pendant longtemps, les seuls à défendre, sont, aujourd’hui, largement majoritaires au sein de la société corse et ont pénétré les forces politiques traditionnelles. Des élus, à gauche et à droite, sont prêts à prendre des positions courageuses. Nous les appelons à permettre la construction d’une large plateforme de progrès autour des revendications de coofficialité, de statut de résident et de transfert de la compétence fiscale. D’abord, pour répondre à des urgences vitales et, ensuite, pour préparer le socle d’une véritable solution politique qui engage ce pays sur un chemin d’espoir.
 
- Vous avez dit aux militants que rien n’étant acquis, qu’il fallait se mobiliser. Concrètement, que peuvent-ils faire ?
- D’abord, sensibiliser l’opinion publique corse à l’importance de la période que nous sommes en train de vivre. Ensuite, au-delà des discussions feutrées de la CTC, il faut que Paris entende cette mobilisation. C’est le dernier niveau, mais ce n’est pas le moindre. La révision constitutionnelle implique que l’Etat s’engage dans un processus de réforme de la Constitution. L’Etat a une position de silence méprisant, entrecoupé de plages de prises de position démagogiques quand la Corse est sous les feux d’une actualité dramatique. Tout cela ne fait pas une politique. La seule politique de l’Etat, actuellement à l’œuvre et nous le regrettons, va à l’encontre des intérêts fondamentaux de ce pays.
 
- C’est-à-dire ?
- Qu’il s’agisse du soutien direct ou indirect au système claniste et clientéliste, des choix faits en matière d’urbanisation et de déclassement des terres agricoles, de l’inertie que l’on nous oppose pour mettre en œuvre, dans le système éducatif, l’enseignement de la langue corse…. Tout cela démontre bien la volonté féroce de l’Etat de ne pas prendre en compte la dimension globale politique de la question corse. Cela doit impérativement changer !
 
- Vous parlez de « contraindre l’Etat ». De quelle manière ?
- Le contraindre par un rapport de forces politique et démocratique. Il est, quand même, pour le moins singulier que, depuis 3 ans, malgré des Nationalistes élus avec 36 % des suffrages et l’aspiration profonde et largement majoritaire à un changement qui s’exprime dans toutes les forces politiques et l’opinion publique corses, Paris n’a pas eu le moindre signe d’une ouverture significative. Partout ailleurs en Europe, des régions à forte identité ou des nations sans Etat vivent, au quotidien, de façon naturelle, leur vie collective dans des institutions adaptées en parlant leur langue et dans des systèmes démocratiques modernes. On ne voit pas pourquoi la Corse resterait à l’écart de cette dynamique d’ensemble qui va dans le sens de l’histoire. L’Etat français, dans son rapport à la Corse et dans son refus obstiné de tout avancée, apparaît, aujourd’hui, comme très isolé sur la scène européenne et internationale.
 
- S’ouvrir à l’international est-ce une idée à creuser ou avez-vous déjà des pistes d’action ?
- C’est une idée ancienne. L’internationalisation de la question corse a commencé il y a plusieurs décennies. L’inertie totale de l’Etat français nous impose de passer à une étape supplémentaire. Il faut organiser la demande depuis la Corse à travers des votes largement majoritaires. Egalement, renforcer la pression par des forces supranationales comme les institutions européennes, voire internationales. La France est mise en cause, pour son attitude néocoloniale, à travers une résolution à l’ONU déposée par la Polynésie française et soutenue par un sénateur socialiste. Partout en Europe, dans des conflits nettement plus graves, on a essayé à travers, soit des appels internationaux, comme l’appel de Bruxelles pour la question basque, soit des processus négociés de sortir des logiques de conflit pour aller vers des solutions politiques. Même si les problèmes ne sont pas de même nature et de même intensité, il faut que l’Etat reconnaisse que le peuple corse existe et qu’il a droit d’exister.
 
- Nous sommes dans une année pré-électorale. Allez-vous présenter des candidats un peu partout pour les municipales ?
- Nous serons présents partout. C’est la conséquence de notre enracinement dans tous les villages et toutes les villes de l’île. Nous proposerons à nos partenaires de Femu a Corsica des démarches autour de chartes et de contrats de gestion municipale dans lesquelles nous rappellerons les valeurs auxquelles nous croyons, les principes d’actions intangibles comme la démocratie locale et le refus absolu de toute pratique claniste et clientéliste, indispensable dans le contexte actuel corse, et, enfin, la déclinaison de programmes adaptés aux réalités spécifiques de chaque ville et de chaque village.
 
- Pourquoi insistez-vous autant sur la démocratie ?
- Face à nos exigences légitimes en matière de défense de l’intérêt général, nous pensons que la démocratie est le seul combat qui permettra à la Corse de sortir durablement de la situation très difficile dans laquelle elle se trouve. Le dire, ce n’est pas sous-estimer la violence objective que représente le mépris de l’Etat ou la prégnance du système claniste et clientéliste, c’est au contraire leur répondre par les seuls moyens qui vaillent, les moyens de la démocratie, de la mobilisation populaire et de l’éthique. Nous voulons, sans intention moralisatrice, être une référence dans une société qui est en train de perdre ses repères.
 
Propos recueillis par Nicole MARI





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