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Femu a Corsica propose un pacte démocratique


Rédigé par Nicole Mari le Dimanche 15 Septembre 2013 à 23:37 | Modifié le Lundi 16 Septembre 2013 - 09:19


Rentrée politique de Femu a Corsica, à quelques jours du débat et du vote de la réforme constitutionnelle à l'Assemblée de Corse (CTC). Pour les Nationalistes modérés, la Corse est à l’heure des choix tant politiques qu’électoraux. S’ils se félicitent d’avoir gagné la bataille des idées, ils proposent un pacte démocratique pour nouer des convergences avec les Indépendantistes et les progressistes, tant au niveau de la CTC que des prochains scrutins. Ils appellent les élus à faire preuve de courage politique, la société insulaire à se mobiliser et l’Etat à changer son rapport à la question corse.


Les élus territoriaux de Femu a Corsica.
Les élus territoriaux de Femu a Corsica.
Après leurs confrères indépendantistes, les jours précédents, c'est au tour des Nationalistes modérés de Femu a Corsica de faire leur rentrée politique avec la même ligne de mire de la réforme constitutionnelle et institutionnelle qui sera en débat les 26 et 27 septembre prochains à l’Assemblée de Corse (CTC). Mais, aussi avec d’autres enjeux plus électoraux, notamment pour les deux leaders, Gilles Simeoni et Jean-Christophe Angelini, qui partent à l’assaut de deux citadelles emblématiques : Bastia et Porto-Vecchio. Et ce, même si le leader bastiais a pris soin de préciser, d’emblée, que l’objectif de cette rentrée n’était pas électoral.
 
Une feuille de route
Si Femu a Corsica a décidé de réunir ses militants à l’Université de Corte, c’est surtout, explique Gilles Simeoni, « pour avoir les idées claires, pour donner une feuille de route et des arguments pour convaincre ». Et pour avoir les idées claires, rien de mieux qu’une plongée historique avec une réaffirmation des fondamentaux. « Ce qui se passe aujourd’hui à la CTC engage la Corse dans son entier. C’est le résultat d’un combat âpre de plus de 30 ans à qui on va donner une traduction politique d’ampleur. Nous allons porter sur les fonds baptismaux une démarche nouvelle et l’espoir de réaliser des avancées qui, il y a quelques temps, relevaient du fantasme et s’inscrivaient dans l’action politique », ajoute Jean-Christophe Angelini. Pour inscrire les avancées présentes dans une histoire faite « de combats, de sang et de larmes, pour dire que le peuple corse existe et qu’il est vivant », un film de 6 minutes, U filmu di a storia, réalisé par Julien Angelini, chargé de la communication, est projeté, notamment à l’intention des plus jeunes.
 
Capitaliser les efforts
Ce fil historique va rythmer les quatre interventions qui se succéderont.
La première débute par une acclamation, celle qui accueille François Alfonsi, auréolé de sa belle victoire au Parlement européen après le vote-plébiscite (92% pour), mercredi dernier, de son rapport sur la diversité culturelle et les langues régionales. L’eurodéputé révèle, opportunément, que sur les 26 voix qui ont voté contre son rapport, 50% étaient françaises alors que les députés français ne représentent que 10% des députés européens. Mais, le maire d’Osani reste confiant : « Un vote à 92% pour prouve que nous sommes dans l’air du temps et que nous sommes tournés vers l’avenir ». Pour lui, si le chemin pour convaincre Paris reste long et ardu, il est nécessairement électoral et démocratique. « Nous sommes, aujourd'hui, une force qui portons le nationalisme corse d'une façon décisive. Il y a des moments de capitalisation des efforts. Les élections municipales vont être absolument cruciales avec les candidatures de Jean Christophe et de Gilles. Nous sommes dans une démarche historique, multipliez les efforts sur le terrain. Maintenant, c'est l'heure ! Si nous sortons renforcés au niveau régional, nous emporterons les négociations avec l'Etat français ».
 
Réaffirmer les fondamentaux
Les élections, l’élu territorial et maire de Cuttoli, Jean Biancucci, les évoque à travers sa propre expérience, « une expérience formidable, une route neuve qui pourrait être ouverte dans tous les villages ». A cet effet, il prône de mettre en œuvre « une politique de compromis en gardant la tête froide et les pieds sur terre. Le compromis doit être un moyen et non pas une fin ! ». In lingua nustrale, il refait l'historique de la lutte pour mieux réaffirmer les fondamentaux, notamment la reconnaissance du peuple corse, « clé de voute de l’avenir », et mesurer les avancées politiques obtenues. « La sauvegarde de notre langue, de notre terre et de notre culture est, aujourd’hui, revendiquée par la société corse tout entière. C’est un signe de réussite. Nous devons continuer à dialoguer avec quiconque le souhaite. La persuasion vaut mieux que la contrainte ! ».
 
Une bataille gagnée
Les avancées politiques engrangées en 40 ans de luttes, Gilles Simeoni va les lister : du Vazzio à l’incinérateur, de l’université à l’enseignement du corse, de la défense des Arrêtés Miot à celle de la terre, des statuts particuliers au combat pour la démocratie... « Nous avons gagné la bataille des idées. Aujourd’hui, nous considérons comme naturel d’avoir une Assemblée de Corse avec deux présidents, mais les statuts particuliers, qui l'ont permis, ont été arrachés de haute lutte contre les élus de la classe traditionnelle et contre leur volonté ! ». Il rappelle que ces idées « bonnes, justes, fondées, aujourd’hui largement majoritaires au sein de la société corse » et même reprises par de nombreux élus des partis traditionnels, « les Nationalistes ont été, pendant des décennies, les seuls à les porter ». Pour lui, cette victoire valide la stratégie de Femu a Corsica, initiée depuis les Municipales de 2008 et qui s’établit autour de 4 axes : la fidélité aux fondamentaux, le choix clair de l’action démocratique, l’ouverture à toutes les forces vives de la société corse et la recherche de convergence avec les autres Nationalistes et les progressistes.
 
L’heure des choix
Mais, pour le leader bastiais, les avancées d’hier ou d’aujourd’hui ne peuvent certifier les victoires de demain. Comme toujours, il martèle que rien n’est encore gagné. Les élections, affirme-t-il, « ne sont qu’un moyen parmi d’autres. Gagner, c’est réussir politiquement, pas seulement électoralement. Chacun, aujourd’hui, est à l’heure des choix : la Corse, comme l’Etat ». Le choix est, d’abord, dans l’île, où la classe politique traditionnelle est, selon lui, en pleine recomposition avec « l’émergence d’un véritable clivage entre progressistes et conservateurs à droite et à gauche ». Il fustige, notamment « l’attaque violente » de Francis Riolacci contre Maria Guidicelli et « l’ambiguïté » d’une majorité territoriale où ceux, qui partagent le pouvoir, font montre de leurs profonds désaccords. Il demande aux élus de faire preuve de courage politique et à la société corse de s’impliquer. « Il faut, désormais, une mobilisation sans précédent pour que les conservateurs et les archaïques reculent sous le souffle puissant d’un peuple qui marche vers son émancipation ».
 
Un pacte démocratique
Le choix est, ensuite, au niveau de l’Etat, qui « doit changer radicalement son rapport à la question corse » et tirer les leçons de la situation politique actuelle. Gilles Simeoni avertit que les « stratégies de marginalisation du mouvement national sont vouées à l’échec. Paris ne pourra plus jouer une partie des nationalistes contre les autres. Sur cette approche-là, nous sommes unis ! ». Il pose crûment la question de savoir si l’Etat se conduira « en partenaire loyal » ou continuera à rester « l’adversaire irréductible de nos aspirations au progrès, à la démocratie et à la prise en compte de notre identité collective ».
Enfin, le leader modéré définit la stratégie pour les mois à-venir autour de deux points-clés. D’abord, obtenir la révision constitutionnelle qu’il estime indispensable pour assurer l’avenir du peuple corse. Face à ses détracteurs, il assène : « Le bilan catastrophique de la Corse d’aujourd’hui est le bilan de 2 siècles et de 50 ans de droit commun, sans politiques fiscale et foncière spécifiques ». Ensuite, construire, par le biais de plateformes de valeurs et de projets, un « pacte démocratique » à l’occasion des votes à la CTC et des prochains scrutins, une majorité capable d’assumer cette réforme. « Il nous faut être à la hauteur des enjeux ».
 
Des droits à recouvrer
A sa suite, Jean-Christophe Angelini enfonce le clou en posant un choix clair entre deux stratégies : celle du maintien du statut quo ou de l’avancée institutionnelle. Il tire à boulets rouges sur « le torrent d’inepties des responsables politiques français qui ont cru bon de nous donner des leçons. Ils nous ont expliqué que la meilleure manière d’avancer était de ne rien faire ! ». Et, si, indique-t-il, la Corse s’enfonce dans la crise, c’est qu’on lui a ôté tous ses droits, des droits qu’il est temps de récupérer. « Nous sommes un élément capital de ce peuple en devenir et en lutte et nous le resterons tant que l’ensemble de nos droits ne seront pas recouvrés un par un ! Ce pourquoi nous nous battons depuis des décennies est, désormais, ce qui rythme l’agenda politique de l’Assemblée de Corse. Ce qui relevait de quelques illuminés, il y a quelques années, est, aujourd’hui, l’apanage d’un peuple tout entier ».
 
Le combat électoral
Du combat politique au combat électoral, le leader porto-vecchiais aborde la question de la campagne en cours pour les Municipales de mars 2014. Il annonce que la bataille sera rude, et pas seulement dans les deux bastions emblématiques que Femu a Corsica compte emporter. « Les municipalités tremblent désormais sous les coups de boutoir que nous leur assénons. Certaines vont tomber dans quelques mois. Mais, toutes emblématiques qu’elles soient, les deux batailles de Bastia et de Porto-Vecchio, ne doivent en rien éclipser les centaines de batailles que nous nous apprêtons à livrer dans toutes les communes ». Il promet, non seulement des « résultats historiques » dans les deux villes phares, mais aussi des victoires aux quatre coins de l’île qui « incarneront la volonté de changement ». Une charte municipale sera bientôt rendue publique pour permettre des convergences et la fédération des élus sera relancée dans quelques jours.
Enfin, Jean-Christophe Angelini lance un appel aux militants pour renforcer Femu a Corsica, lui donner une force nouvelle, et pointe, dans son viseur, les Territoriales de 2015. « Nous devons remporter ces combats électoraux parce qu’une victoire nous permettrait de franchir une étape supplémentaire dans la lutte historique pour le droit à la vie du peuple corse ».
 
N.M.




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