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Corte : Xylella Fastidiosa ou la chronique d’une catastrophe annoncée


le Jeudi 30 Juillet 2015 à 04:02 | Modifié le Jeudi 30 Juillet 2015 - 09:00


Le collectif contre la Xylella Fastidiosa s’est de nouveau réuni à Corte hier soir à l’Université de Corse, presqu’un an jour pour jour après sa constitution à Riventosa en août 2014. Cette fois environ 500 personnes ont assisté à la réunion. Certains d'entre eux ont rencontré le Ministre de l'Agriculture dans la journée et présenté le contenu de ces échanges lors de cette assemblée.


Un public attentif et fortement sensibilisé depuis la découverte de la bactérie tueuse dans l’île et qui confirme les pires craintes du collectif émises depuis sa création. « Il batterio killer » comme l’appellent les italiens aura même fait se déplacer le Ministre de l’Agriculture. Stéphane Le Foll s’est rendu sur l’exploitation oléicole de Fabienne Maestracci dans l’extrême sud, à Bonifacio, où il a rencontré des oléiculteurs qui lui ont fait part de leur inquiétude face à cette menace bactérienne. Ils ont rapporté le contenu de ces échanges lors de la réunion publique d’hier.
Une réunion élargie bien au delà des oléiculteurs, avec des représentants d’autres filières du monde agricole mais aussi des associatifs, des politiques, des institutionnels, des universitaires, et notamment le Président de l’Université de Corse. 


Ces nombreuses présences témoignent sans doute d’une prise de conscience de l’urgence et du danger imminent que représente cette bactérie pour le couvert végétal insulaire, cultivé ou sauvage. Il a été rappelé qu’il n’existe aucun moyen de l’éradiquer. Son histoire le démontre : cela fait plus d’un siècle que l’on connaît l’existence de la Xylella Fastidiosa. Elle a d’abord décimé les vignes californiennes , connue sous le nom de « Maladie de Pierce ». Elle s’est ensuite répandue en Amérique Latine, ravageant les agrumes au Brésil. Elle peut s’attaquer aux arbres fruitiers, maraichage, plantes d’ornements mais aussi plantes et arbres sauvages… et aucun remède n’a encore été trouvé pour soigner les végétaux atteints. De plus, cette bactérie n’est détectable à l’œil nu qu’une fois la plante « hôte » condamnée. Mais il arrive parfois que les plants contaminés ne déclenchent aucun symptôme, malheureusement ils restent contaminants pour les autres. Laissant les insectes piqueurs et suceurs propager la bactérie comme cela a été le cas dans les oliveraies italiennes depuis 2013. Novembre 2013 étant la date de son apparition officielle dans les Pouilles, reconnue par l’Europe, qui a pris diverses mesures de confinement des zones infestées . Mesures de toute évidence insuffisantes, en tout cas inefficaces, puisque l’épidémie s’étend inexorablement dans toute la botte italienne et remonte vers le Nord… 


Le Ministre de l’agriculture venu en Corse, a lui aussi annoncé plusieurs mesures, notamment l’augmentation du nombre d’agents de la FREDON présents sur l’île. La Fédération Régionale de Défense contre les Organismes Nuisibles n’en compte actuellement qu’une douzaine. Il a aussi promis des moyens financiers, près de 500 000 euros pour lutter contre la bactérie, dont 100 000 destinés à la FREDON. La cellule scientifique demandée depuis longtemps va être mise en place avec l’appui de l’Université de Corse. Paul-Marie Romani, le président de l’Université, a d’ailleurs annoncé qu’un spécialiste serait recruté dès la rentrée prochaine. Autour de lui une « Task force », c’est-à-dire une équipe dédiée à cette mission va être créée.
Pour le collectif, la seule véritable solution serait l’interdiction totale d’entrée des végétaux sur l’ile, la même demande réitérée depuis le début de sa création mais qui prend désormais un relief tout particulier. Un blocus total, à l’exception de certaines importations placées sous contrôle scientifique très précis. Ce qui se heurte aux limites réglementaires européennes et en tous cas n’est pas prévu par le Ministre de l’agriculture, bien qu’il souhaite améliorer le dispositif en limitant les dérogations. Même si Stéphane Le Foll a répété qu’il « ne fallait pas céder au catastrophisme » et que le Préfet avait « pris des mesures qui vont au-delà de ce qui a été fait dans le reste de l’Europe ». Certes, répond le collectif, mais toujours pas assez loin. 
Les priorités soulignées par le collectif sont claires : trouver au plus vite et éradiquer le foyer ET stopper toutes les arrivées de plantes.


Une cinquantaine de prélèvements ont été réalisés dans la zone qui entoure le premier plant contaminé. Tous négatifs. Le foyer peut se trouver n’importe où. Mais pour identifier la souche de la xylella, il faudra encore une quinzaine de jours, le temps que l’INRA d’Angers en fasse l’analyse. D’où la demande de Joseph Colombani, président régional de la Chambre d’agriculture, qui demande la création d’un laboratoire dédié en Corse.
En attendant le retour des analyses, d’autres professionnels manifestent leur désarroi. Cest le cas de  Marc Furfaro. Il est pépiniériste, c’est lui qui a vendu en 2010 le plant de polygale à feuille de myrte qui s’est avéré positif à Propriano. Pendant la réunion, il a souligné le manque de contrôle dans sa profession. Il a lui-même contacté les autorités compétentes en apprenant d’où venait l’infection. Bien que la plante ne soit pas le foyer puisqu’elle a été plantée en 2010, et sachant qu’un arbre contaminé meurt très vite, dans les mois suivant la contamination. Mais il a tout de même fermé sa pépinière. Il raconte : « Cela fait 4 mois que l’on demande une audience au Préfet. L’arrêté préfectoral ne tient pas la route. Les grandes surfaces sont peu voire pas du tout contrôlées lorsqu’elles importent des plantes. Moi-même, en 13 ans, mon entreprise n’a été contrôlée que 3 fois, sans compter ces derniers jours bien sûr… »


Ce rappel du nombre important des importations de divers végétaux met en exergue l’absence ou la rareté de producteurs insulaires, puisqu’il y a peu de pépiniéristes qui produisent eux-mêmes ce qu’ils vendent.
De nombreux intervenants demandent des moyens massifs de détection, et de contrôle, « militaires » selon certains. En plus de l’embargo, la demande de session exceptionnelle à l’Assemblée de Corse a été faite. Reste encore à organiser une cellule de crise. Agnès Simonpietri, conseillère territoriale et membre du collectif : « Il faut faire un état 0. Une cellule de crise pour mettre en place le plan de bataille et réaliser une campagne massive d’information. De plus, la mobilisation doit aussi se faire à travers les agents forestiers, du parc, de l’office, etc, un réseau de sentinelles. »


La compétence sanitaire et sociale relève de la seule compétence de l’Etat. Pour beaucoup, il faudrait que celle-ci soit transférée à la CTC. Il s’agirait d’une solution pour mettre en place l’embargo comme cela a été le cas à la Réunion ou aux Açores par exemple. Fabienne Maestracci rappelle que : « Schengen oblige la libre circulation des biens en Europe, donc la libre entrée des maladies… » . Un problème qui peut être contourné mais visiblement l’Etat n’a pas prévu de le faire. Le collectif invite donc la population à se rendre vendredi matin://4  au Conseil d’Administration de l’ODARC à 9h30 à Bastia. Le but n’est pas d’interpeller l’ODARC qui a toujours soutenu le collectif, mais de signifier au Préfet, convié à la réunion, que les promesses sont insuffisantes.  



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