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Corsica Maritima : « Notre offre de reprise de la SNCM est la meilleure et la seule sécurisée »


Rédigé par Nicole Mari le Mardi 13 Octobre 2015 à 00:13 | Modifié le Mardi 13 Octobre 2015 - 03:15


Le 14 octobre, le tribunal de commerce de Marseille examinera les quatre offres de reprise de la SNCM restant en lice, après l’abandon du groupe STEF : celle du groupe corse Rocca, celle du consortium d’entrepreneurs corses Corsica Maritima, celle de l'ex-directeur du port de Marseille, Christian Garin, et celle de Daniel Berrebi. La décision pourrait se jouer entre les deux offres insulaires qui ont la faveur des juges. Corsica Marittima, qui regroupe 120 entreprises, et s’appuie sur l’expertise de Brittany Ferries, estime qu’elle présente la meilleure offre, la plus financièrement, socialement et juridiquement sécurisée. Explications, pour Corse Net Infos, de François Padrona, gestionnaire de deux centres Leclerc à Ajaccio et PDG de la Corsica Maritima.


François Padrona, gestionnaire de deux centres Leclerc à Ajaccio et PDG de la Corsica Marittima.
François Padrona, gestionnaire de deux centres Leclerc à Ajaccio et PDG de la Corsica Marittima.
- Dans quel état d’esprit êtes-vous à 48 heures de l’audience du tribunal de commerce ?
- Très serein. Très détendu. Tout va bien !
 
- Pourquoi dites-vous que votre offre est la meilleure ?
- Notre offre est la meilleure parce qu'elle est la seule qui soit sécurisée juridiquement, socialement et financièrement. Juridiquement, elle est la seule à avoir obtenu une lettre de confort de la Commission européenne. Celle-ci a décidé de surseoir à l’amende pesant sur la SNCM et sur le repreneur à condition que l’offre retenue fasse preuve de discontinuité avec l’ancienne entreprise SNCM, de discontinuité sociale, juridique et financière. Il ne faut, donc, pas avoir de lien juridique ni avec les anciens actionnaires de la SNCM, ni avec les anciens co-délégataires, sous peine de récupérer l’amende de la SNCM. Ce qui était le cas de l’offre STEF, actionnaire majoritaire de la CMN, elle-même co-délégataire de la SNCM.
 
- Qu’entend l’Europe par discontinuité sociale et financière ?
- L’Europe conseille au repreneur de ne pas intégrer plus de 800 salariés, sous peine, là aussi, de réactiver l’amende qui pèse sur l’entreprise. L’offre devra être discontinue au niveau financier dans la mesure où l’Europe refuse que les business plans des repreneurs intègrent la totalité de l’enveloppe de continuité territoriale telle qu’elle existait jusqu’à présent. Une offre avec des actionnaires proches de la SNCM ou basée sur 50 millions € de DSP (Délégation de service public) et plus de 800 salariés, n’est pas dans la discontinuité. Ce sont des balivernes ! Notre offre est la seule qui garantit que, sur ces trois points, nous nous confortons aux exigences européennes. Nous avons, donc, obtenu une lettre de confort qui assure que, de ce point de vue-là, nous sommes juridiquement impeccables. Comme du côté de l’Autorité française de la concurrence.
 
- C’est-à-dire ?
- L’Autorité française de la concurrence surveille les concentrations, les monopoles et les situations de concurrence, d’abus de position dominante ou d’intégration verticale. L’offre de STEF établissait une situation de futur monopole sur les lignes de Marseille déjà assurées par la CMN. A l’inverse, notre offre est verrouillée au plan juridique par une lettre de confort disant que, contrairement à toutes les autres, nous n’avons aucun problème sur ces aspects de concurrence, de monopole ou d’intégration verticale.
 
- La question de l’intégration verticale concerne-t-elle vos concurrents ?
- Oui. Quand on est transporteur routier et qu’on devient transporteur maritime, on acquiert, par rapport aux autres transporteurs routiers, une force inégalable en matière de tarification sur le maritime et en matière de places. Imaginez que, demain, le propriétaire de la compagnie maritime, en plus délégataire de service public, soit un transporteur routier comme peut l’être le groupe STEF ou le groupe Rocca. Imaginez qu’au mois d’août, il y ait 50 remorques à envoyer à Bastia, mais seulement 30 places de fret. Que pensez-vous que ce transporteur embarquera : les remorques de son concurrent ou les siennes ?
 
- Votre consortium étant constitué d’entreprises ayant de gros besoins en transport de fret, ne pourrait-on pas, aussi, vous reprocher de privilégier les intérêts de vos actionnaires ?
- Non ! Pas  du tout ! Ce n’est pas du tout la même chose ! Nous sommes les seuls à avoir une lettre de l’Autorité de la concurrence qui précise bien que nous ne sommes pas dans cette situation. Tout simplement parce qu'au capital de notre société Corsica Marittima, il y a 120 entreprises de poids sensiblement égal. Le Conseil d’administration est composé de 15 membres : des distributeurs, des transporteurs, des agriculteurs, des producteurs de bière… En aucune manière, un distributeur ou un transporteur pourrait instaurer une loi à son avantage. Il y a, d’un côté, un projet industriel de businessman, qui génère des problèmes de distorsion de concurrence, et, de l’autre, un projet collectif. C’est pour cela que nous nous sommes rapprochés de Brittany Ferries.
 
- En quoi ce rapprochement est-il motivé ?
- Nous avons exactement les mêmes gènes et la même genèse. Brittany Ferries a été créée, dans les années 70, par des agriculteurs bretons qui se retrouvaient, chaque année, confrontés au même problème lorsqu’ils devaient envoyer leurs artichauts ou leurs choux-fleurs à leur premier client, l’Angleterre. C’est ce que nous subissons depuis 60 ans ! Chaque année, en période de clémentines, c’est le même problème ! Des producteurs de vins se sont retrouvés, en période de foire au vin, avec des centaines de milliers de commandes de distributeurs nationaux en rade, le bateau ne partait pas ! Des commandes annulées, c’est la confiance rompue pour plusieurs années et des distributeurs qui vous en tiennent rigueur. Ils se moquent pas mal de savoir si c’est à cause de la grève, des bateaux ou de quoi que ce soit !
 
- Suivrez-vous la même démarche que Brittany Ferries ?
- Oui ! Des agriculteurs et des acteurs économiques bretons se sont réunis pour gérer, eux-mêmes, leur destin et leurs transports maritimes. Brittany Ferries est devenue la 1ère compagnie de ferries français et le premier employeur de marins français. Notre démarche Corsica Marittima n’est pas de défendre tel intérêt personnel, mais de défendre l’intérêt de l’économie corse. Les entrepreneurs corses, ne peuvent-ils pas déployer tous les meilleurs moyens pour bien fonctionner et pérenniser leurs activités ! Un des principaux moyens, c’est le transport maritime.
 
- Avez-vous négocié avec les syndicats de la SNCM ?
- Il n’y a pas à négocier ! Nous avons discuté avec les syndicats pour leur présenter notre offre. Chaque fois que nous nous rencontrons, nous nous comprenons de mieux en mieux. Comme nous sommes arrivés plus tardivement, nous avions plus de terrain à rattraper. C’est fait maintenant. Notre offre apparaît, aux syndicats, comme étant la plus sérieuse et la plus pérenne. Il ne faut pas regarder avant l’attribution au Tribunal, mais à partir de cette date. Pour les 25 prochaines années, qui fait l’offre la plus pérenne, la plus sérieuse pour, à la fois, l’entreprise, la Corse et les salariés ? C’est Corsica Marittima ! Nous avons, en plus, mis en place, pour les salariés, une prime d’intéressement de 25% du résultat courant. Les syndicats ont compris que nous sommes sur le même bateau et que nos intérêts sont convergents.
 
- Combien de salariés de la SNCM comptez-vous reprendre ?
- 800 salariés. Ces salariés de la SNCM sont le principal actif que nous aimerions reprendre. Ils nous intéressent bien plus que tout le reste ! Pour créer une compagnie, il faut embaucher des spécialistes, des gens qui sont de vrais armateurs et qui savent de quoi ils parlent. Cet actif n’est pas valorisé, aujourd’hui, pour des raisons médiatiques. Le 2ème actif, qui nous intéresse, est le port de Marseille qui a des capacités de développement phénoménales. Bien plus que le port de Toulon qui est au centre-ville et n’est pas adapté du tout. Le 3ème actif est les bateaux qui vont nous servir à acheter des bateaux neufs.
 
- Si le Tribunal de commerce opte pour votre concurrent, le Groupe Rocca, que ferez-vous ?
- Nous attaquerons la décision puisqu’il y aurait intégration verticale. Le groupe Rocca est un gros transporteur. Sa position dominante sur le transport maritime et routier engendrerait des distorsions importantes avec les autres transporteurs et, donc, avec les distributeurs. Les prix des denrées ne feraient que croître. Or, je me suis battu, pendant des années, pour que les prix baissent en Corse. Nous nous battons, aujourd’hui, pour préserver ou améliorer les conditions tarifaires de toutes les matières premières qui sont importées en Corse ou exportées. Ce serait une catastrophe inverse ! C’est, d’ailleurs, pour cela que le groupe Rocca n’a pas obtenu de lettre de confort de l’Autorité de la concurrence qui avertit qu’une enquête sera ouverte dès le lendemain de l’attribution de l’offre. Le Tribunal de commerce ne peut pas prendre le risque d’être co-responsable.
 
- Lancerez-vous, quand même, Corsica Marittima ?
- Oui ! Tout à fait ! Elle existe déjà. Elle n’a pas encore navigué, mais elle naviguera bientôt. Dans un premier temps, nous mettrons en place des row-row, des bateaux qui ne transportent que des remorques. Nous avons déjà des propositions pour louer des petits cargos mixtes qui peuvent contenir 200 passagers et 100 remorques. Le droit est avec nous. Rien ne s’oppose à ce que nous mettions en place ces cargos mixtes sur les lignes Marseille/Ajaccio et Marseille/Bastia.
 
- Avez-vous les moyens financiers de mettre en place cette compagnie ?
-  Oui ! Nous avons les moyens financiers de mettre en place cette compagnie et d’acheter des bateaux neufs. Sans l’aide de personne !  Les 120 chefs d’entreprises, qui composent la Corsica Marittima, sont déterminés à aller jusqu’au bout pour maîtriser eux-mêmes leur transport maritime. Ils se donneront les moyens de ne plus dépendre de qui que ce soit pour transporter leurs marchandises. Ce point de départ est le pilier d’une économie maritime. Sans cela, d’octobre en avril, aucune entreprise ne peut tenir.
 
- Y a-t-il de la place pour trois compagnies maritimes ?
- Ce n’est pas à moi de le dire ! Je n’ai pas fait d’études de marché. Ce que je sais, c’est le volume d’utilisateurs généré par cette association pour la défense et le développement de l’économie de la Corse. Nous mettrons tout en place pour ne plus dépendre de personne. Quoi qu’il arrive, nous n’accepterons plus de subir pour les 60 prochaines années ce que nous avons subi les 60 dernières années. Ce n’est plus possible !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 




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