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Communes de Corse : Leur nombre est-il trop élevé ?


Rédigé par Nicole Mari le Lundi 30 Décembre 2013 à 22:41 | Modifié le Lundi 30 Décembre 2013 - 23:43


La Corse compte 359 communes dont 236 en Haute-Corse et 124 en Corse du Sud. L’acte III de la décentralisation, qui donne la part belle aux intercommunalités, et la réforme cantonale, censée mutualiser les moyens, posent, en ces temps de disette budgétaire, la question de survie des petites communes très peu peuplées, notamment en montagne. Michel Castellani, élu territorial de Femu a Corsica, conseiller municipal d’Inseme per Bastia, professeur d'économie et responsable pédagogique du Master 2 administration des entreprises à Corte, donne, à Corse Net Infos, quelques éléments de réponse. Il analyse la structure des communes insulaires, les disparités rurales et urbaines et leur évolution. Avec quelques surprises.


Michel Castellani, élu territorial de Femu a Corsica, conseiller municipal d’Inseme per Bastia, professeur d'économie et responsable pédagogique du Master 2 administration des entreprises à Corte.
Michel Castellani, élu territorial de Femu a Corsica, conseiller municipal d’Inseme per Bastia, professeur d'économie et responsable pédagogique du Master 2 administration des entreprises à Corte.
- Comment définissez-vous la structure des communes corses ?
- Elle est très particulière. Elle est marquée, tout d’abord, par l’abondance de petites communes. Il suffit de savoir que 119 d’entre-elles n’atteignent pas 100 habitants, avec une moyenne de 55 habitants. Les 23 plus petites réunies en totalisent à peine plus de 500. L’autre caractéristique est la concentration vers le haut : la population des trois plus grosses communes est supérieure à celle des 341 les moins peuplées de l’île. 52 insulaires sur cent vivent dans 10 communes, 48 sur cent dans les 350 autres.
 
- Quelles sont les plus petites communes ?
- En Haute-Corse, Erone, Ampriani, Tarranu, Mausoleu et Piazzali regroupent 64 habitants en tout ! Avec Alzi, Pedipartinu, Rapaghju, Campi et Lanu, le total grimpe à 163… Ces communes relèvent, toutes, de la Castagniccia et du Boziu.
 
- Et en Corse du Sud ?
- Mela, Zerubia et Cardo Torghja ne font guère mieux. 37 des 124 communes de Corse du Sud ne comptent pas 100 recensés !
 
- Vous décrivez une poussière de petites communes. Pourquoi une telle structure ?
- Elle correspond à l’ancienne activité reposant sur la polyculture et l’élevage, donc sur l’autoproduction. Les villages étaient beaucoup plus peuplés. Le territoire utile était entièrement occupé et la population de tous ces villages, fort active. Avant le grand mouvement de départ des Corses et le massacre de 1914, la Corse des villages primait, et même des gros villages, très actifs. Puis, les choses ont fondamentalement changé.
 
- En quoi ?
- Tout ceci a été bouleversé par le mal-développement, le départ des actifs, puis la reconquête démographique dans le cadre d’une économie littorale et dépendante. Lors du recensement de 1876, 194 communes comptaient plus de 500 habitants contre 88 actuellement. Inversement, les dix plus importantes rassemblaient 60 000 personnes contre 160 000 aujourd’hui, soit moins de 23 % du peuplement à l’époque, plus de 52 % aujourd'hui. Pendant que Bastelicaccia multipliait sa population par 6,4, Bastelica divisait la sienne par 5,5…
 
- Des villages ont-ils disparu ?
- Oui. Ce qui marque, dans cette structure spatiale de la fin du XIXème, est la présence, aujourd'hui disparue, d’un chapelet de petites cités de montagne qui constituaient autant de pôles de peuplement. Isulacciu di Fiumorbu, Santa Lucia di Tallà, Brandu, Bocugnà, Zicavu, Olmetu, Ghisoni, Cervioni, Venacu, Levie, Roglianu, Coti Chjavari, Vicu, Luri, Calenzana et Bastelica comptaient chacune plus de 1 500 habitants ! Elles représentaient 16 des 24 communes les plus peuplées de l’île, classement d’où elles ont, d’ailleurs, toutes disparu. Il faut dire que 30 000 personnes y habitaient, pour 13 000 aujourd'hui.
 
- Cette structure communale n’est-elle pas devenue artificielle ?
- Il est certain que la structure communale actuelle multiplie les besoins en réseaux et rend aléatoires les équilibres budgétaires. D’autant qu’il faut souvent sur-dimensionner les infrastructures, compte tenu du sursaut estival.
 
- Y a-t-il trop de communes ?
- La faiblesse relative du peuplement rend, à contrario, élevé le nombre de communes : 360 pour 310 000 habitants. Mais j’aimerais surtout dire qu’il n’y a pas de relation entre le nombre d’habitants et le bonheur potentiel. La solitude est un problème, c’est vrai ! Mais les fortes densités ne sont pas pour autant synonymes de mieux vivre.
 
- Peut-on véritablement parler de désertification de l’intérieur ?
- Les densités sont faibles sur une grande partie du territoire. Mais parler de désert, comme on le fait couramment, est abusif. D’autant que pratiquement toutes les communes de Corse récupèrent, maintenant, des habitants : en dix ans, 53 communes ont perdu 764 habitants, mais 307 en ont gagné près de 49 000. Ensuite, il faut comprendre que les données de population permanente ne sont qu’un aspect des choses. A part quelques-uns particulièrement isolés, nos villages connaissent un sursaut estival, mais aussi de fin de semaine. Ils sont directement intégrés dans la vie de beaucoup d’urbains, même si ces derniers sont recensés ailleurs.
 
- Dans cette modification profonde de la hiérarchie urbaine de la Corse, que retenez-vous comme évolution significative ?
- Je ne parlerai pas des villages dont la plupart (293 communes en tout !) ont vu leur population s’évaporer plus ou moins fortement. 108 ont même perdu plus des 4/5èmes de leur peuplement par rapport à 1876. Inversement, 26 ont triplé le leur. Furiani a multiplié sa population par 16 et Biguglia par plus de 48 ! Parmi les villes, on note le recul de Bonifaziu (perte de 450 âmes) et de Sartè (près de 1600). Si la première a maintenant renversé la tendance, la seconde continue de reculer.
 
- Que ressort-il de la comparaison entre les deux 1ères villes corses ?
- Ajacciu connait un dynamisme bien supérieur à celui de Bastia. En 1876, cette dernière était toujours la cité la plus peuplée de l’île. En 1962, l’écart s’était renversé de 2 200 habitants en faveur d’Ajacciu. Il est actuellement de 22 000 ! Il est vrai qu’il faut considérer la différence de taille des territoires respectifs, quatre fois et demi plus étendu pour la ville impériale. Sur une superficie égale, l’agglomération de Bastia demeure largement la plus peuplée, (94 000 pour 88 000). Par ailleurs, le différentiel entre les deux départements est de l’ordre de 23 000 habitants.
 
- Comment expliquez-vous la différence de vitalité entre les deux cités ?
- Plusieurs éléments concourent à ce reclassement. D’abord, la concentration de la fonction politique et administrative. Je rappelle que le tertiaire non marchand représente 40% des valeurs ajoutées de la Corse. Des centaines de décideurs sont concentrées à Ajaccio, avec ce que cela représente de salaires directs ou induits, et d’attractivité. Pratiquement tout ce qui compte en Corse s’y déroule et s’y décide. Ensuite, la ville a su attirer et se doter d’équipements structurants : Palais des congrès, Fesch, Palatinu… Enfin, elle jouit d’une vie touristique avec une fonction de croisières réussie.
 
- Ce qui n’est pas le cas de Bastia ?
- Non. Ce sont autant de moteurs qui manquent cruellement à Bastia. Cette dernière, au paysage urbain incomparable, est toujours la ville-référence, la zone de chalandise et l’exutoire de 60% de la population insulaire. Ce sont d’énormes facteurs potentiels de réussite, mais qui ne suffisent pas en soi. Il faut, aussi, savoir mettre ces atouts en valeur, ce qui est loin d’être le cas !
 
- Qu’en est-il des villes secondaires ?
- Leur rôle de centre-relais dans leur microrégion respective est essentiel pour les services publics et privés basiques. Ce sont des pôles de peuplement. Mais, leurs dynamiques sont très diverses. Il faut mettre à part Porti Vechju qui s’est hissée au rang de troisième cité de l’île avec près de 12 000 habitants. Corti, cinquième cité derrière Borgu, a poussé au même rythme avec 1 200 habitants de plus en 20 ans. Elle demeure le seul pôle non-littoral notable. Les communes péri-urbaines poussent fort. On assiste même à un véritable reclassement : Borgu, qui a doublé sa population en 20 ans, est plus peuplée que Corti. Biguglia l’est davantage que Calvi. Furiani et Lucciana plus que Pruprià et Sartè.
 
- Quelles sont les communes les plus actives ?
- Il faut mettre de côté les petites communes pour lesquelles les données relatives ne sont pas significatives. Ampriani bat le record des reculs en perdant 19 habitants ! Verdese, celui des gains avec 22 habitants supplémentaires… Il est intéressant de noter les évolutions des binômes. Porti Vechju pousse largement plus vite que Bonifaziu. Les écarts sont encore plus nets entre Pruprià et Sartè. Aléria recule légèrement, alors que Ghisonaccia acquiert 10 % d’habitants supplémentaires. Ailleurs, les choses sont moins claires : Calvi compte 2 500 habitants de plus que l’Isula Rossa, mais cette dernière a connu une croissance relative légèrement plus dynamique.
 
- Qu’inspirent tous ces éléments à l’élu territorial que vous êtes ?
- Il faut partir de ces réalités pour définir la politique d’aménagement, notamment le PADDUC (Plan d’aménagement et de développement rural de la Corse) en cours d’élaboration. Mais, pour quoi faire ? En prendre acte ou tenter de les rééquilibrer ? Et, éventuellement, corriger le différentiel littoral-intérieur, atténuer la polarisation urbaine, repositionner Bastia dans la vie régionale… Il n’est jamais facile de modifier les tendances de fond d’une société. Il ne faut pas non plus, à ce propos, oublier les conséquences du choc migratoire.
 
- C’est-à-dire ?
- Sur les dix dernières années, si seules 74 communes enregistrent un excédent naturel, 337 connaissent un bilan migratoire positif. Au total, au cours de la décennie, l’île a vu sa population croître de 48 000 unités par attraction démographique, ce qui signifie qu’en fait, ce sont près de 100 000 personnes qui s’y sont installées. Pour nous, clairement, cette évolution pose le problème vital de l’intégration de ces milliers de migrants, intégration à des valeurs communes, à un sentiment d’appartenance, sans lequel une société n’est qu’un agrégat d’individus. Respecter les diversités et unir les individus est un redoutable mais impérieux problème que nous devons solutionner pour l’avenir.
 Propos recueillis par Nicole MARI




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