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Yvan Colonna : la commission d’enquête parlementaire rend son rapport


CNI avec AFP le Dimanche 28 Mai 2023 à 10:44

Après six mois de travaux, la commission parlementaire qui a enquêté sur l’agression mortelle d’Yvan Colonna à la prison d’Arles, présente ses conclusions mardi 30 mai 2023, dans un rapport qui devrait pointer une série de défaillances.



Le rapporteur de la Commission d’enquête, le député Horizons de la 1ère circonscription de Corse du Sud, Laurent Marcangeli, et le le président de la Commission d’enquête parlementaire, le député nationaliste de la 2nde circonscription de Haute Corse, Jean Félix Acquaviva.
Le rapporteur de la Commission d’enquête, le député Horizons de la 1ère circonscription de Corse du Sud, Laurent Marcangeli, et le le président de la Commission d’enquête parlementaire, le député nationaliste de la 2nde circonscription de Haute Corse, Jean Félix Acquaviva.
Le président de la commission Jean-Félix Acquaviva (député Liot de la Haute-Corse) et le rapporteur Laurent Marcangeli (député de la Corse-du-Sud, Horizons) tiendront une conférence de presse à l’Assemblée mardi à 17 heures.
Le 2 mars 2022, Yvan Colonna, qui purgeait une peine de réclusion à perpétuité pour l ’assassinat du préfet Claude Erignac en 1998, avait été violemment agressé dans la salle de sports de la prison par Franck Elong Abé, un homme radicalisé de 36 ans condamné notamment dans un dossier terroriste.
Yvan Colonna était mort 3 semaines plus tard.
 

Au cours de ses travaux — 71 personnes entendues au cours de 37 auditions — la commission s’est intéressée au traitement carcéral de Franck Elong Abé, aux circonstances entourant l’agression et aux raisons du maintien du statut de «détenu particulièrement signalé» (DPS) d’Yvan Colonna, qui empêchait son transfert vers une prison corse.
Avec une question en toile de fond : pourquoi Franck Elong Abé était-il en détention ordinaire et comment a-t-il pu se retrouver seul avec Yvan Colonna pendant 15 minutes ?
Car les auditions, notamment du chef du parquet antiterroriste, de celui de l’administration pénitentiaire, et de celle du renseignement pénitentiaire, ont mis en lumière le profil inquiétant avant et pendant la détention de cet homme, également classé DPS, parti combattre auprès de talibans en Afghanistan au début des années 2010 et qui a multiplié les incidents en prison.
Au point qu’il n’avait pas été jugé utile en 2019 de faire passer le détenu classé «terroriste islamiste» en quartier d’évaluation de la radicalisation (QER) tant sa «dangerosité» avait été «avérée» par «son passé et son comportement en détention», avait notamment expliqué le procureur antiterroriste Jean-François Ricard.



Une étonnante « mansuétude »
Lors de son audition, l’ex-directrice de la prison d’Arles, Corinne Puglierini, avait elle assuré que le « comportement» du détenu, atteint de troubles psychiatriques à son arrivée à Arles, « ne permettait pas une évaluation au QER ».
Elle avait toutefois ensuite fait état d’une évolution positive qui avait justifié qu’on lui accorde fin 2021 un poste convoité d’«auxiliaire», pour faire le ménage dans les salles de sport de la prison. Une étonnante « mansuétude » selon la commission, et «aux antipodes» du traitement carcéral « excessivement rigoureux » d’Yvan Colonna, sur lequel le rapport devrait largement revenir.
Les élus corses et les familles d’Yvan Colonna, Pierre Alessandri et Alain Ferrandi (également condamnés à la perpétuité pour l’assassinat du préfet Erignac) demandaient depuis des années, en vain, la levée de leur statut DPS qui empêchait leur transfert vers la Corse — un choix uniquement « politique » selon eux.
Le statut DPS de Pierre Alessandri et Alain Ferrandi avait été levé quelques jours après l’agression d’Yvan Colonna. Ils avaient été rapidement transférés au centre pénitentiaire de Borgo, avant de se voir accorder une semi-liberté début 2023.



L’agression avait provoqué  émoi et colère, avec des manifestations parfois violentes partout sur l’île, derrière un mot d’ordre largement partagé de «Statu Francese assassinu» «Etat français assassin».
Une colère notamment motivée par la longueur de l’agression d’Yvan Colonna, près de huit minutes, sous le regard d’une caméra de surveillance, sans qu’aucun surveillant ne vienne intervenir. C’est l’agresseur lui même qui avait alerté les gardiens, expliquant que Colonna avait « fait un malaise ».
«La réalité peut hélas dépasser la fiction», avait reconnu le directeur de l’administration pénitentiaire Laurent Ridel devant la commission qui s’étonnait de l’étrange «a lignement des planètes » ayant permis l’agression.



Le rapport devrait, comme celui de l’Inspection générale de la Justice (IGJ) rendu en décembre et qui avait entraîné des poursuites disciplinaires contre la directrice et un surveillant, insister sur le manque de moyens notamment humains, et de formation, notamment à la vidéosurveillance, des surveillants.
Quant aux «zones d’ombre», comme les motivations de l’agression mortelle — Franck Elong Abé l’a justifiée par une série de « blasphèmes»  d’Yvan Colonna — la commission devrait espérer les voir éclaircies par l’enquête judiciaire, dans laquelle il est mis en examen pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste ».