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Yannick Castelli : « Ce qu’il faudrait, c’est que nos populations ne soient plus en danger ! »


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 11 Novembre 2015 à 16:27 | Modifié le Mercredi 11 Novembre 2015 - 23:15


Les 1er et 2 octobre derniers, de fortes intempéries ont fait brutalement sortir le Fium’Alto de son lit. Une énorme vague s’est abattue sur la plaine de Folelli, commune de Penta-di-Casinca. Les dégâts sont considérables : deux maisons et une soixantaine de voitures emportées dans la mer, 110 habitations inondées, des dizaines de personnes relogées, certaines ne sont toujours pas rentrées chez elles. Lundi, le Préfet de Haute-Corse, Alain Thirion, est venu annoncer des mesures d’urgences. Ces annonces satisfont le maire, Yannick Castelli, qui espère que les dossiers sur les deux lotissements inondables, en attente depuis 30 ans, seront, enfin, traités ! Il explique, à Corse Net Infos, que l’enjeu est, avant tout, de sauver des vies.


Yannick Castelli, maire de Penta-di-Casinca et conseiller général, et Alain Thirion, préfet de Haute-Corse.
Yannick Castelli, maire de Penta-di-Casinca et conseiller général, et Alain Thirion, préfet de Haute-Corse.
- Etes-vous satisfait des mesures annoncées par le Préfet ?
- Nous sommes assez satisfaits de cette réunion. Cela fait 30 ans que les dossiers des Marines du Fium’Alto et de San Pellegrino sont sur la table. Nous voyons que les choses avancent. Le Préfet tient les engagements qu’il a pris il y a trois semaines. Il en a pris d’autres, aujourd’hui, devant nous, devant les élus de Penta-di-Casinca et d’autres communes pour que ces dossiers de préservation des vies, je tiens à le préciser, avancent le plus rapidement possible.
 
- Quels engagements le Préfet a-t-il pris pour votre commune ?
- Il nous a annoncé la réalisation d’une étude hydrologique sur un certain nombre de rivières dont le Fium’Alto, afin de mieux appréhender ces phénomènes de catastrophe naturelle. Les élus présents lui ont proposé de créer un réseau d’alerte sur ces rivières et fleuves pour que nous puissions avertir, en temps réel, nos populations d’évacuer. Le Préfet nous a, aussi, annoncé l’activation effective du Fonds Barnier qui nous permettra de régler un certain nombre de problèmes dans les lotissements des Marines du Fium’Alto et de San Pellegrino. Des ingénieurs et des géotechniciens viendront du continent et travailleront maison par maison pour déterminer ce qu’il y a lieu de faire sur ces deux lotissements de bord de mer. J’espère qu’ainsi, nous arriverons à régler ces problèmes rapidement et de façon définitive.
 
- Des balises d’alerte sur le Fium’Alto auraient-elles été efficaces lors de la crue d’octobre ?
- Oui. Nous avons demandé de créer, bien en amont du Fium’Alto, des balises d’alerte qui nous avertiront de la hauteur de l’eau pour que nous puissions évacuer les populations dans de très bonnes conditions, si cela s’avérait nécessaire. Si nous avions eu ces balises en octobre, nous n’aurions pas pu évacuer les deux lotissements de bord de mer qui étaient déjà infranchissables à 8 heures du matin alors que la crue est survenue à 9h30. Par contre, pour le lotissement du centre de Folelli, nous aurions pu, avec cinq minutes d’avance, l’évacuer très facilement.
 
- Dans le cas du bord de mer, les zones de refuge à l’intérieur des habitations, que préconise le Préfet, vous semblent-elles adéquates ?
- Bien entendu, si c’est une zone de refuge individuelle par maison, comme semble le proposer le Préfet. Pour les maisons à étage, celui-ci pourrait devenir une zone de refuge pour les habitants de la maison. Mais, pour les maisons de plein pied, le Fonds Barnier pourrait, apparemment, financer le Velux qu’il faudrait poser sur le toit, l’échelle qui permettrait de monter dans le grenier et d’évacuer par le toit. C’est une solution de pis-aller ! Ce qu’il faudrait, c’est que nos populations ne soient plus en danger ! Or, le problème que nous avons sur les lotissements de bord de mer, c’est qu’à la moindre petite crue, même une crue sans danger, ces lotissements se retrouvent isolés d’un point de vue routier.
 
- Un mois après les inondations, dans quel état sont les sinistrés ?
- Ce n’est pas fini ! Vues les hauteurs d’eau atteintes dans les 110 maisons sinistrées, il y a encore du travail à faire, notamment de voirie et de remise en état. La commune reste mobilisée auprès de sa population. Un certain nombre de familles n’ont pas encore pu rentrer chez elles. Il reste, aussi,  un gros travail de remise en état du bord de mer qui est jonché de dizaines de milliers de m3 de bois. Des véhicules sont encore dans la mer, des cuves à gaz… Imaginez tout ce que peut charrier une rivière qui est passée au milieu des maisons !
 
- Des gens sont-ils toujours provisoirement relogés ?
- Oui ! Encore aujourd’hui ! Essentiellement grâce à la générosité de la population de la microrégion. Je tiens, encore une fois, à remercier l’ensemble de la population corse qui est venue en aide aux sinistrés de Penta-di-Casinca pour leur dévouement, leurs gestes, leurs dons… A qui à donner un frigo, à qui est venu aider à enlever la boue dans une maison… Nous avons été très touchés par cet élan de générosité qui s’est exprimé ici au début du mois d’octobre.
 
- Que va-t-il se passer pour ces relogés ?
- Ces situations sont temporaires. J’espère qu’elles rentreront très rapidement dans la normale grâce à la déclaration d’état de catastrophe naturelle, parue au Journal Officiel, il y a une semaine. Les assurances sont en train de dégager des fonds pour que les travaux puissent commencer le plus rapidement possible. On espère que les gens pourront retrouver leurs habitations d’ici à un mois ou à un mois et demi.
 
- Vous disiez, il y a un mois, que ces gens étaient traumatisés. Gardent-ils des séquelles ?
- Oui ! Je pense qu’on ne peut pas sortir indemne d’une catastrophe d’une telle ampleur et d’une telle violence. L’eau est montée de façon extrêmement rapide et soudaine. Ces populations qui, pour certaines étaient peut-être déjà habituées à subir des inondations, se sont retrouvées en danger de mort. Quand on peut penser mourir, on reste traumatisé pour un très long moment et cela rend plus vigilant sur ce qui pourrait arriver.
 
- Allez-vous mettre en place le Plan de sauvegarde conseillé par le Préfet ?
- Bien entendu ! Un plan de sauvegarde acte un certain nombre de mesures pour faciliter l’évacuation des personnes et définir les rôles de chacun au sein d’une collectivité. Qui fait quoi ? Comment on évacue ? Où on évacue ? Nous avions commencé à y travailler en septembre dernier. Le vote était prévu pour le Conseil municipal de décembre. Nous avons prévu de mettre en place, en début d’année 2016, un système d’alerte par SMS pour les riverains qui vivent en zone inondable. Penta-di-Casinca sera, ainsi, la 4ème ou 5ème commune à adopter ce type de plan en Haute-Corse.
 
- Ces intempéries changent les données du risque inondation. Devrez-vous adapter, en conséquence, le PPRI (Plan de prévention du risque Inondation) et le PLU (Plan local d’urbanisme) des communes ?
- Honnêtement, pour nous, il n’y a aucun souci de ce point de vue-là. Concernant le PPRI, il n’y aura que des ajustements à la marge. Même dans les zones qui seront impactées par le futur PPRI, les constructions sont strictement interdites. Il n’y aura, donc, pas d’impact majeur sur le PLU.
 
- En tant que maire, quelles leçons tirez-vous de ces inondations ?
- La leçon est qu'on aurait pu régler les dossiers bien plus en amont. Ces dossiers, je le répète, sont en attente depuis plus de 30 ans ! Il a fallu arriver à une catastrophe qui, heureusement, ne s’est pas transformée en drame, pour réussir à travailler avec les services de l’Etat et tenter de trouver une solution. Nous avons eu beaucoup de chance ! Les deux permis de construire des deux lotissements des Marines du Fiumalto et de San Pellegrino datent de 45 ans. A l’époque, ce n’était ni les maires, ni les communes qui signaient les permis, mais l’Etat. Dans la mairie de Folelli, il y a un dossier, qui doit mesurer 50 cm de hauteur, contenant les divers courriers aux services de l’Etat. Des courriers qui, jusqu’à aujourd’hui, n’ont pas abouti. J’espère que nous allons, enfin, en sortir et régler ces problèmes de façon pérenne.
 
- Les gens sont-ils devenus plus conscients qu’on ne peut pas construire n’importe où ?
- Aujourd’hui, avec les documents d’urbanisme existants, il me semble inconcevable que l’on puisse délivrer une autorisation de construire dans une zone inondable et dangereuse ! Notre commune n’a jamais demandé la révision du PPRI qui nous convenait très bien, sauf sur les zones des Marines. Mais, sa modification n’aura pas d’impact sur la construction. Il ne peut plus y avoir un seul m2 de construit dans ces lotissements, même pas un petit garage. C’est strictement interdit !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 




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