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Visite présidentielle : Le discours de Gilles Simeoni


Rédigé par le Jeudi 2 Mars 2017 à 13:01 | Modifié le Jeudi 2 Mars 2017 - 13:32


François Hollande est depuis jeudi matin en visite dans l'île, accompagné de trois ministres: Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Baylet, ministre de l’Aménagement du territoire, et Annick Girardin, ministre de la Fonction publique.

Après un dépôt de gerbe en hommage au Préfet Erignac et un bref passage à la préfecture de Région à Ajaccio tôt dans la matinée, le Président de la République s'est ensuite rendu à l'Assemblée de Corse. Jean-Guy Talamoni fut, à son arrivée dans l'hémicycle, le premier à s'exprimer, suivi de Gilles Simeoni.

Ci-dessous, la vidéo du discours du Président du Conseil exécutif, communiquée par les services de la C.T.C.



Texte du discours:
 
Monsieur le Président de la République 
Madame la Ministre de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche 
Monsieur le Ministre de l’Aménagement du Territoire, de la Ruralité et des Collectivités Territoriales 
Madame la Ministre de la Fonction Publique 
Monsieur le Préfet de Corse 
Messieurs les Parlementaires 
Monsieur le Président de l’Assemblée de Corse 
Messieurs les Présidents des Conseils Départementaux 
Mesdames et Messieurs les Conseillers Exécutifs et Conseillers de l’Assemblée de Corse, Chers Collègues 
Mesdames et Messieurs, 

Je veux d’abord, en quelques mots, et bien au-delà des formules protocolaires, vous dire, au nom de la Corse et des Corses, combien nous sommes heureux, Monsieur le Président, de vous accueillir aujourd’hui dans l’île. 
Et ce, d’autant plus que vous nous avez fait l’honneur de venir accompagné de plusieurs Ministres : 
  
Mme Najat Vallaud Belkacem, qui avait prévu de venir en Corse le mois dernier, et que nous nous réjouissons de revoir, tant nous avons avec elle des dossiers importants à concrétiser ; 
  
-     Mme Annick Girardin, Ministre de la fonction publique, dont nous sommes heureux qu’elle puisse nous conseiller dans un domaine qui est essentiel : réussir la construction de la future collectivité territoriale dans le respect des droits et garanties des plus de 4.500 agents appelés à en faire partie, et en les impliquant activement dans cette construction ; 
M. Jean Michel Baylet, enfin, qui a eu un rôle majeur et irremplaçable dans les avancées fortes et significatives de tous les dossiers majeurs concernant la Corse qui lui ont été confiés ; 

Monsieur le Président, vous avez donc voulu que votre première visite en dehors d’un bâtiment de l’Etat soit pour notre institution, la Collectivité territoriale de Corse, qui a en charge les affaires de la Corse, et qui est donc, à ce titre, la garante des intérêts matériels et moraux du peuple corse. 
  
C’est un geste dont nous mesurons l’importance symbolique et politique. 
  
Bienvenue, donc, en cet hémicycle, celui de l’Assemblée de Corse, cœur battant de la démocratie insulaire. 
  
Simu felici d’accoglie vi qui, ind’è iss’Assemblea, ind ‘è a nostra casa cumuna, chì hè quella di u populu corsu. 
  
Nous sommes heureux de vous accueillir dans cette Assemblée, qui est aussi notre maison commune et celle du peuple corse.
 
 
Cette Assemblée de Corse, devant laquelle, le 13 juin 1983, François Mitterrand s’exprimait en ces termes : 
 « Votre Assemblée, devant laquelle j’ai l’honneur de me trouver, est une Assemblée originale. Pourquoi ? Parce qu’un premier principe anime mon action et occupera mon discours : la Corse doit être elle-même. Je le répète : la Corse doit être elle-même, et dans une démocratie, quel est le meilleur moyen de s’affirmer soi-même sinon un peuple, des élections, des élus, des compétences, et des pouvoirs. On ne peut a priori considérer que la meilleure façon de représenter ce peuple corse, ce serait autre chose que le suffrage universel ». 
  
L’essentiel, déjà, était dit : 
  
-     Une Corse qui doit être elle-même ; 
-     Un peuple qui forme ses choix à travers des élections, et qui les affirme et les met en œuvre à travers l’exercice des compétences et des pouvoirs confiés aux institutions qui sont les siennes ; 
-     Un peuple corse qui trouve à s’accomplir à travers un projet qui ne peut bien évidemment résulter que d’une démocratie pleine et entière ;  
Ces paroles avaient, déjà à l’époque, la force de l’évidence. 
  
Et tous les sujets et toutes les questions qui nous préoccupent encore aujourd’hui étaient aussi évoqués, en des termes qui restent d’une troublante actualité : 
  
-     L’identité, la culture, et la langue, identifiées dans le discours présidentiel comme les marqueurs de « ce qui fait la continuité des générations, ce qui lie l’homme et sa terre, ce qui fait qu’il y a la Corse, puisqu’il y a les Corses » ; 
  
-     Développement des infrastructures « pour que l’on puisse mieux communiquer par cette montagne difficilement pénétrable » et nécessité pour l’île de maîtriser ses transports maritimes et aériens, « sujet cent fois débattu et que vous connaissez par cœur » ;  
  
-     Exigence d’un tourisme durable, avec des Corses « qui ne doivent pas être considérés simplement comme les habitants d’un pays qui seraient un peu les Indiens dans leur réserve » ; 

-     Nécessité de dispositions fiscales spécifiques, problèmes particuliers et conflictuels de caractère agricole, crise du bâtiment, effort en matière de formation… 
Comment ne pas nous dire, en relisant ce texte, que nous avons perdu du temps, beaucoup de temps, trop de temps ? 
  
Comment ne pas reconnaître, en nous retournant sur les 34 années écoulées depuis que ces mots ont été prononcés, que nous aurions pu, avec plus de lucidité, de volonté et de courage politiques, éviter bien des incompréhensions, bien des conflits, bien des drames ? 
  
Comment ne pas comprendre aussi le scepticisme, la colère, quelquefois la révolte, lorsque les mots ne sont jamais, ou si peu, traduits en actes ? 
  
Le moment est venu de balayer les doutes, de refermer les blessures, de dissiper les inquiétudes. 
  
Le moment est venu d’ouvrir un chemin, qui soit celui de l’espoir, de la reconnaissance de ce que nous sommes, de la confiance retrouvée, de l’apaisement définitif, du projet partagé.  
  
Il vous appartient de décider, Monsieur le Président, ce que doit être cette journée. 
  
Le contexte d’ensemble appelle, en effet, des mots, et des actes, à la hauteur des enjeux. 
  
La Corse est en effet incontestablement entrée, depuis les élections territoriales de décembre dernier, dans une période nouvelle de son histoire contemporaine. 
  
D’abord parce que l’accès des nationalistes aux responsabilités en cette occasion est un fait politique majeur. 
  
Une victoire électorale, acquise à la seule force des convictions, et grâce au soutien massif des forces vives de l’île, corses d’origine ou d’adoption, corses vivant sur cette terre, ou corses de la diaspora. 
  
Une victoire politique, inscrite dans le fil historique de la lutte du peuple corse pour la reconnaissance de ses droits. 
  
Une victoire de la démocratie, qui témoigne d’une aspiration au renouvellement et au changement qui va bien au-delà du cercle des vainqueurs du scrutin.
 
 
J’ai tenu à le réaffirmer de façon solennelle à l’occasion de mon discours de prise de fonctions en ma qualité de président de l’Exécutif le 17 décembre 2015 : cette victoire ne peut pas être celle d’un camp sur un autre. Elle doit être la victoire de tous les Corses, dans le cadre d’une démarche érigeant la démocratie réelle en méthode et en objectif central, avec la volonté de placer au cœur de chacun des choix l’intérêt général, et de construire une société corse ouverte, rayonnante, réellement émancipée aux plans politique, économique, social et culturel. 
  
Depuis notre élection, nous nous sommes consacrés de toutes nos forces à respecter cet engagement. 
  
En ma qualité de Président du Conseil exécutif et avec l’ensemble de celui-ci, en concertation et interaction permanentes et étroites avec le Président de l’Assemblée de Corse et l’ensemble de la majorité territoriale, nous avons mené un travail important de remise en ordre : fonctionnement et organisation de l’administration territoriale, remobilisation des fonctionnaires et agents grâce à un retour à l’équité et à la transparence, redressement budgétaire et financier, rigueur dans les procédures, notamment en matière de gestion des fonds publics et de marchés publics. 
  
Cette entreprise ardue, non encore achevée, a pu être engagée et est en train d’être menée à bien grâce au travail considérable accompli par notre administration territoriale, sous l’autorité de fonctionnaires de haut niveau et dotés d’une légitimité et d’un parcours administratif exemplaire. 
  
Je tiens à rendre un hommage public à ces femmes et à ces hommes, élus ou fonctionnaires et agents, aux cotés desquels j’ai l’honneur d’œuvrer au service de la Corse et de l’intérêt général. 
  
Parallèlement à ces chantiers essentiels, nous avons également mené un travail de fond important sur plusieurs dossiers structurants : collectivité unique, fiscalité du patrimoine (dossier dit de « l’arrêté Miot », transports, formation et éducation, langue corse, schéma de développement de la montagne, économie, agriculture, tourisme, environnement, énergie), en prenant soin, en termes de méthode, d’impliquer dans le travail et les décisions l’ensemble des acteurs concernés, en revalorisant la place et le rôle du Conseil économique social et culturel, troisième organe de la CTC, et en étant en prise étroite avec l’ensemble des forces vives. 
  
Ce travail de fond a conduit à des avancées significatives, y compris en termes d’évolutions législatives : loi sur la collectivité unique, loi sur la fiscalité du patrimoine, inscription dans la loi du concept d’île-montagne, amendements au projet de loi de finances : diminution de la contribution de la Corse au redressement général des finances publiques, déspécialisation partielle de la dotation de continuité territoriale. 
  
Il faut à cet égard rendre hommage également à l’écoute et au soutien rencontré concernant ces dossiers auprès de l’ensemble du Gouvernement, et particulièrement des Ministres plus directement chargés de la gestion de certains d’entre eux. 
  
Il sera permis de citer plus particulièrement Mme Lebranchu, puis M. Baylet, pour la partie institutionnelle, Mme Royal, pour le développement durable et l’ensemble des dossiers particulièrement sensibles afférents - et leurs cabinets - dont l’implication déterminante a été louée par l’ensemble des élus corses, toutes familles politiques confondues, ainsi que les Préfets et services de l’Etat dans l’île. 
  
Le processus de co-construction ayant présidé aux travaux menés en cette occasion a permis aux participants d’apprendre à se connaître et à s’apprécier. 
  
Enfin, et en termes de valeurs, des évènements et incidents à fort potentiel de dégradation et fortement médiatisés (l’affaire dite des Jardins de l’Empereur décembre 2015 ; celle de la plage de Siscu août 2016 par exemple) ont permis à la nouvelle majorité territoriale et à ses responsables élus de démontrer in concretoleur engagement en faveur d’une société corse apaisée, respectueuse des valeurs universelles de fraternité et de tolérance, notamment religieuse, mais également déterminée à combattre tous les fanatismes et tous les intégrismes. 
  
Nous nous sommes donc efforcés, depuis notre élection, de servir la Corse et l’intérêt général. 
  
C’était notre engagement, et c’est notre devoir. 
  
Mais la lucidité et l’honnêteté politique commandent de dire que d’autres éléments concourent de façon tout aussi importante à dessiner la nouvelle donne de la situation politique corse.
 
 
Il faut d’abord rappeler que si les nationalistes représentent une partie importante du peuple corse, ils ne sont pas tout le peuple corse. 
  
Celles et ceux qui sont aujourd’hui dans l’opposition et ne partagent pas nos convictions doivent être écoutés et entendus tout autant que la majorité. 
  
Et la situation complexe dans laquelle se trouve la Corse exige la recherche permanente de points d’équilibre qui soient acceptables par le plus grand nombre. 
  
C’est la recherche permanente de ce point d’équilibre qui sous-tend la logique d’écoute réciproque, de respect et d’estime mutuels autour de laquelle s’organise désormais la vie publique de l’île, et je rends là encore hommage à tous les élus de notre Assemblée pour la qualité du dialogue que nous conduisons en permanence . 
  
Cette logique d’apaisement est un bien précieux. Nous devons tous ensemble la garantir et la renforcer, pour la rendre irréversible. 
  
Car comment, enfin, passer sous silence un autre fait politique majeur, qui a contribué de façon décisive à l’émergence de la nouvelle donne politique corse : la décision du FLNC de mette un terme définitif à son action clandestine. 
  
Un choix qui est une contribution majeure à la dynamique de paix, et dont l’importance et les conséquences positives doivent être enfin appréciées à leur juste mesure par Paris. 
  
Le contexte est donc à l’évidence historique. 
  
Jamais la situation n’est apparue aussi favorable à la formalisation et à la mise en œuvre d‘une solution politique globale, permettant de tourner définitivement la page d’un demi-siècle de conflit pour la période contemporaine. 
  
La redéfinition des rapports entre la Corse et l’Etat fait également sens dans le contexte d’une Europe qui doit réinventer son identité politique, condition sine qua non de sa force et de sa cohésion, et dans celui d’une situation internationale marquée par la montée des risques et des périls, où la France et l’Europe ont besoin d’une Méditerranée innovante, développée, et solidaire. 

La Corse peut avoir dans cette perspective, et eu égard à sa signification symbolique, historique et politique, un rôle positif beaucoup plus important que ne le justifieraient les seuls indicateurs démographiques ou économiques. 
Jamais un homme d’Etat n’a donc eu, Monsieur le Président, et ce depuis 50 ans, à connaître d’une situation aussi favorable pour ouvrir des perspectives nouvelles. 
  
En sens inverse, il est de ma responsabilité de souligner que les éléments de crispation, les risques de radicalisation, les facteurs d’inquiétude existent également : 
  
-     absence de toute avancée sur la question extrêmement sensible aux plans politique et humain des prisonniers politiques (alors qu’elle pourrait faire l’objet d’avancées significatives par simple application du droit, y compris sur les cas identifiés par l’Etat comme les plus sensibles). Une maxime latine dit : « Summum jus, summa injuria » : une excessive rigueur dans l’administration de la justice aurait tous les caractères d’une tyrannique oppression selon la traduction de l’éminent Professeur Portalis. 
-     refus de principe de prendre en compte des délibérations votées à une très large majorité voire à l’unanimité par l’Assemblée de Corse ; 
-     risque avéré de radicalisation d’une partie de la base nationaliste, et notamment des plus jeunes, en l’absence de perspective politique annoncée suffisamment forte ; 
-     difficultés économiques et sociales importantes, au traitement desquelles nous voulons nous attacher de façon prioritaire ; 
-     processus de démocratisation réelle de la société corse non encore achevé : poids du clanisme et du clientélisme ; chantage à l’emploi et au logement ; pression spéculative, notamment sur le littoral, risques de pression sur les marchés publics… 

Rappeler ces risques et ces difficultés ne procède pas d’un quelconque chantage à la violence ou d’une volonté de jouer les Cassandre mais conduit simplement à souligner l’absolue nécessité de rendre irréversible la logique de paix, d’espoir et d’émancipation qui est aujourd’hui largement majoritaire et partagée en Corse. 

Elle peut s’appuyer et se développer à partir de thèmes partagés : existence du peuple corse, statut d’autonomie avec pouvoir législatif, inscription de la Corse dans la Constitution pour lever les verrous existant dans les domaines du statut de résident, de la coofficialité, du statut fiscal et social de la Corse… 
  
Pour que ces concepts désormais largement validés puissent prospérer, il faut ouvrir une perspective qui soit à la hauteur des enjeux. A enjeux historiques, perspective historique. 
  
Qui, mieux que vous, Monsieur le Président de la République, pourrait en affirmer le principe et en dessiner les contours ? 
  
Vous venez, pendant cinq ans, d’exercer la plus haute des fonctions et d’assumer la plus lourde des charges. 
  
Vous savez, mieux que quiconque, ce que sont les risques et les périls du monde nouveau dans lequel, au plan international, nous avons à avancer. 
  
Vous connaissez, mieux que quiconque, les difficultés auxquelles la France doit faire face. 
  
Vous avez choisi, et c’est une première dans l’histoire de la Vème République, de ne pas solliciter du peuple français le renouvellement de votre mandat  et êtes désormais exclusivement préoccupé de laisser à ceux qui viendront après vous l’héritage le plus favorable possible. 
  
C’est donc le moment où votre parole est la plus forte, parce qu’elle s’adresse finalement avant tout à l’Histoire. 
  
Et s’il vous fallait un dernier argument qui ne soit tiré ni de l’histoire, ni du droit, ni de l’exigence d’équité, de justice et de dignité, acceptez de voir dans les hasards du calendrier un signe du destin. 
  
C’est le 2 mars 1982 qu’était votée la loi sur le statut particulier de la Corse, première promesse faite au peuple corse qu’il pourrait être lui-même. 
  
35 ans après cette date, le 2 mars 2017, après une longue route de conflits, de drames, de prisons, de deuils, de sacrifices, de combats,  - tamanta strada -, faites que cette promesse trouve enfin à s’accomplir.



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